“ColoCovid” : une colo de malades !

Partis en colo à Étampes (Essonne), dans le contexte inédit d’une crise sanitaire, les ados de la dernière session d’août n’étaient pas en reste pour organiser collectivement leurs activités. ©Julien Millet/CCAS

Ils avaient prévu de découvrir la Thaïlande, de s’initier à la voile en Bretagne ou bien de tester le canyoning en Corse, et ont finalement posé leurs valises en Île-de-France. Le dépaysement à quelques kilomètres de chez soi, c’est possible ? Réponse à l’Île de loisirs d’Étampes, avec 24 jeunes âgés de 12 à 17 ans, partis en colo du 18 au 27 août dans ce contexte exceptionnel.

Il est 14 heures. Dans la semi-torpeur de l’après-repas, les ados sont éparpillés chacun de leur côté et vaquent à leurs activités. Arsène, Benoît, Mathieu et Nicolas ont fini leur partie de cartes, un “menteur” endiablé, et viennent de décider de s’atteler à l’organisation de l’après-midi. Ils convoquent une assemblée, et, en moins de cinq minutes, chacun quitte son poste et se rend devant la tente d’activités.

Parmi les plus jeunes de la colo, la bande des quatre est devenue, comme l’explique Mathieu, 13 ans et déjà une vingtaine de colos derrière lui, “experte de la négociation”. “Il faut bien, poursuit-il, parce qu’en général la seule chose sur laquelle on est tous d’accord, c’est qu’on voudrait se coucher plus tard !” Quelques minutes après, les jeunes déroulent l’ordre du jour, qui abordera aussi un sujet crucial : la préparation de la boum du lendemain. Musique, repas… tout est pris en charge par les ados.

“Nous avons décidé de partir de leurs demandes”

Sur le site de l’Île de loisirs d’Étampes, dans l’Essonne, où les petits bénéficiaires d’Île-de-France ont pu séjourner cet été grâce à un partenariat avec l’UCPA, le programme des activités est l’objet de débats entre les ados. “Nous avons rencontré des jeunes dont l’envie principale était de se dépenser et de partager du temps avec des copains de leur âge”, explique Ahmed Baghdadi, directeur du séjour, qui avec son équipe a saisi l’occasion de ces circonstances exceptionnelles pour proposer cette pédagogie particulière.

“Pour certains jeunes, qui n’ont pas eu l’opportunité de retourner à l’école avant les vacances, ce séjour était le premier moment passé en dehors du cadre familial depuis plus de trois mois, raconte Ahmed Baghdadi. Nous avons donc décidé de partir de leurs demandes, plutôt que de suivre un programme d’activités tout prêt ou d’imposer une façon de fonctionner qui répondrait à ce que nous, adultes, considérons comme intéressant.”


Chaque jour, les jeunes se relaient dans l’atelier de fabrication de tables et chaises en palettes de récup, proposé par Gédéon, animateur à la colo d’Étampes. Et pour savoir ce qu’il adviendra des meubles à la fin du séjour, il n’y aura qu’à voter ! ©Julien Millet/CCAS

Dans les faits, ce sont donc les jeunes qui ont collégialement décidé du déroulé de leurs journées. Première résolution commune des ados et de l’équipe d’encadrement, facilitée par la toponymie du lieu qui rendait difficile la séparation des groupes : faire tomber les barrières de l’âge, et se regrouper en fonction des activités, plutôt que selon la tranche d’âge.

“Sans ça, ou dans une colo avec des rythmes très établis, on ne se serait pas forcément rencontrés, témoigne Alix, 16 ans, qui est une habituée des séjours à la mer au programme d’activités bien chargé. Et puis finalement, ça nous laisse plus de choix, puisqu’on peut aussi bien participer aux activités des 12-14 qu’à celles des 15-17.”

“Ils fixent leurs règles, et nous n’intervenons que pour les aider à les respecter.”

“L’autonomie et la liberté des ados demandent paradoxalement une présence de tous les instants de la part des animateurs”, explique Céleste, qui encadre pour la première fois. Sa collègue Marion, un peu plus aguerrie, observe : “Ils fixent leurs règles, et nous n’intervenons que pour les aider à les respecter. L’objectif, finalement, c’est de leur faire percevoir qu’ils n’ont pas besoin des adultes.”

Et Arsène, 12 ans, y prend goût : “Ici, on apprend plein de choses différemment, juste en s’amusant, c’est ça qui est différent de l’école. On gère les machines à laver aussi bien que les jeux…” Élise, 16 ans, très autonome et habituée aux débats dans son établissement scolaire, constate que si cette organisation demande du temps, elle permet en revanche de faire exactement ce dont on a envie, le jour même, sans programme imposé.

Un nécessaire temps d’adaptation

“Dans une colo comme celle-ci, une colo-Covid où l’on n’est pas là par choix, il y a nécessairement un temps d’adaptation pour tout le monde”, explique Gabriel, animateur du séjour. Comme lorsqu’il a fallu composer, dès le premier jour, avec un nouvel arrêté préfectoral modifiant les règles de circulation en vigueur sur le site…

La décision du bureau du conseil d’administration de la CCAS de régionaliser les départs en colo est venue chambouler une année de travail destinée à offrir à 30 000 jeunes vacanciers le séjour de leurs rêves. Parvenir à réorganiser l’ensemble des séjours jeunes en un mois seulement, tel est donc le défi auquel la situation sanitaire a confronté les Activités Sociales cet été.

Anouck Bonnefoi, embauchée en mars comme assistante séjour activités à la CCAS, a connu un baptême du feu particulier. La jeune femme de 29 ans qui, avant ses nouvelles fonctions, a successivement été personnel de service, encadrante de colos – après un Bafa financé par la CCAS – et directrice adjointe de séjours jeunes, témoigne : “La régionalisation cet été nous a tous et toutes mobilisé·es. Il nous a fallu trouver très rapidement de nouveaux lieux et de nouveaux partenaires pour le contenu de nos séjours. En Île-de-France où nous accueillons habituellement 300 jeunes, nous avons triplé notre capacité !”

En cherchant dans de nouvelles directions, les équipes des Activités Sociales ont eu de bonnes surprises, comme en concluant un nouveau partenariat avec l’UCPA sur l’Île de loisirs d’Étampes, ou lorsque des salariés d’Engie sont venus animer une partie d’escape game sur le thème de l’énergie, dont ils étaient les créateurs.

“L’objectif principal de ces colos, hormis le fait de garantir la sécurité sanitaire, était simplement de permettre aux jeunes de passer du temps ensemble et de prendre plaisir à leurs activités, résume Anouck Bonnefoi. Ici, à Étampes, tout semble s’être bien passé puisqu’à la fin de chaque séjour nous avions 7 ou 8 jeunes prêts à repartir immédiatement pour la session suivante !”

 

0 Commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

dix + onze =

Mentions Légales    I    Vie privée    I    Informations sur les cookies   I    Qui sommes-nous ?    I    Plan du site    I    CCAS ©2018

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?