David Dierickx, agent EDF et rôliste : “Tous les vendredis, c’est table ouverte”

Maître de jeu et rôliste, David Dierickx développe ses propres règles du jeu. ©Julien Millet/CCAS

Agent EDF à la Défense, David Dierickx, 51 ans, est un adepte des jeux de rôle. Depuis 20 ans, il enrichit REDON, son propre monde médiéval-fantastique inspiré de l’Oeil noir, le premier du genre en français. Une passion nourrie par ses rencontres, sans fard et avec conviction.

Chez lui, point de télé, “trop invasive”, mais plutôt une bibliothèque garnie… qui domine la table basse, centre de tous les intérêts. À la veille d’un rituel immuable, “tous les vendredis, c’est table ouverte”, David, passionné de jeux de rôle et maître de jeu, ouvre les portes de son univers, pour quelques pages de sa vie. Celle d’un homme, “plus bienveillant qu’altruiste”, issu d’un milieu ouvrier et élevé par ses grands-parents.

“Boulimique créatif”

Agent EDF, chargé de communication et de l’événementiel aux Systèmes énergétiques insulaires (SEI) de la Défense, dans les Hauts-de-Seine, le bachelier en économie a ainsi toujours défié le hasard pour se forger une identité au gré de ses expériences et de ses relations humaines, pierre angulaire d’un parcours de vie sinueux. “Boulimique créatif”, assoiffé de contacts et d’échanges, il n’a jamais hésité à se nourrir de ses contradictions pour apprendre et avancer. Et préfère ainsi sourire de cette parenthèse de jeunesse qui le fera intégrer une société d’assurances suisse ou encore le milieu du pétrole…

“Aujourd’hui, ma fonction me permet d’être cohérent avec mon engagement de militant politique d’antan. Et si je regarde le point commun entre mon parcours politique et professionnel et mon évolution dans le jeu de rôle, c’est toujours l’humain qui est au centre.” Avec comme but et philosophie, que ce soit professionnellement ou dans le cadre de ses loisirs, “de donner du plaisir aux autres”, en maniant l’art délicat de la mise en scène qu’il utilise avec maestria en tant que maître de jeu, orchestrant depuis des années des parties de jeu de rôle, y compris dans le monde qu’il a créé : REDON.

REDON, l’imagination au pouvoir

Créateur de pastilles vidéo, de films, organisateur de séminaires “pour les camarades de boulot”, David, a tapé il y a trente ans dans “l’OEil noir”, premier jeu de rôle du genre édité en français, qu’il découvre en 1987. Une “bonne semaine de lecture assidue et difficile des règles” du jeu plus tard, véritable “trésor” d’imagination, le jeune homme y plonge pour de bon, et se mettra lui-même quelques années plus tard à enrichir son propre trésor, en créant un jeu inspiré de “l’Oeil noir” : REDON.

REDON, c’est tout un monde à explorer, doté d’une histoire antédiluvienne et d’une géographie fantastique, peuplé de races et d’un bestiaire de 250 créatures, et surtout, on l’aura compris, régi par des règles. Un monde que David développe sans cesse et renseigne sur son blog, jusqu’à écrire une vingtaine de bouquins au total, téléchargeables gratuitement. Le but de cette immense production ? Permettre à tout joueur de s’emparer de REDON, et d’inventer sa propre histoire.

Carte de la planète Dère, ses quatre continents et deux archipels. Un continent, l’Ilvanir, forme le décor principale de REDON. Source : David Dierickx/redonjdr.free.fr

“A condition d’être un joueur pourvu d’une bonne imagination, et d’avoir un MdJ [ou maître du jeu, fonction qu’exerce David, ndlr] suffisamment ingénieux, on peut jouer trente ans avec les mêmes règles de jeu, sans jamais se lasser.” A la clé, la possibilité de tenir un rôle dans ce théâtre d’aventures épiques mêlant chevaliers héroïques, magiciens et druides, orques et dragons, et de réunir un, deux, trois copains et copines, “qui deviennent, au fil des aventures, des compagnons”. Car le jeu de rôle, ou JdR pour les initiés, repose essentiellement sur des règles, une feuille et des crayons, beaucoup de dés et encore plus de créativité.

“La supériorité du jeu de rôle : chacun a besoin de tous les autres pour parvenir à ses fins.”

“Ce qui fait la ‘supériorité’ du JdR [ou jeu de rôle], écrit David sur son blog, c’est la convivialité qui naît de cette ambiance ‘communautaire’, qui préside le plus souvent aux parties : chacun a besoin de tous les autres pour parvenir à ses fins.” Le jeu de rôle, ajoute-t-il, est “l’un des seuls jeux au monde où l’objectif n’est pas de ‘massacrer les gens’ avec qui on joue”. Plus qu’un loisir, une passion viscérale pour ce cinéphile averti, amoureux des mots, de Ferrat, de l’univers de Pagnol et de sa dimension sociale et humaine, ou encore de la plume de Cavanna.

“Pour moi, le jeu de rôle est une porte ouverte sur le rêve. C’est un paradis artificiel légal, sans toxicité. Mais c’est aussi un vecteur d’intégration et d’apprentissage” – sujet de son mémoire dans le cadre de la promotion ouvrière EDF-GDF Arcadre. Tout comme un terrain d’épanouissement et d’expression de toutes les classes sociales, “du directeur de banque à l’ouvrier automobile…” Et cette rencontre des genres, c’est ce qui plaît avant tout à cet hédoniste !


Pour aller plus loin

Plus d’infos sur REDON, jeu de rôle médiéval-fantastique : redonjdr.free.fr
Pour contacter David Dierickxredonjdr@gmail.com

En parallèle de REDON, David Dierickx a créé SF-2100, un jeu qui mêle science et politique fiction, “théâtre d’un antagonisme radical” entre quatre grandes puissances du futur : l’USDE, la PanAmérica, le Néo-Soviet et l’Alliance africaine.
Plus d’infos sur le blog de SF-2100 : sf2100.blog.free.fr 

 

4 Commentaires
  1. Roland S. 3 semaines Il y a

    Bonjour David,

    Je comprends mieux. De mon côté, ado au début des années 80, j’ai eu la chance d’etre lecteur de Jeux & Stratégie (que l’on trouvait chez tout marchand de journaux). Mon père m’y faisait chercher des problèmes d’échecs, mais ce sont d’autres articles qui m’émerveillaient. C’est par le biais de ce magazine que j’ai pu jouer pour la première fois, puis suivre les sorties des premiers jeux en VF.
    Au même moment où l’Oeil Noir sortait dans les grands magasins, ce fut un autre jeu de rôle qui attira mon attention. Un JdR tout aussi marquant à l’époque grâce à son mode de diffusion (la vente en kiosques) : MEGA vendu 25 francs et ses 60 000 exemplaires vendus. Mais ceci est une autre histoire… 😉

    Bonne continuation David

    • David Dierickx 2 semaines Il y a

      Salut à toi Roland,

      Oui je me souviens de Mega… Et de son beau succès.
      De mémoire il fonctionnait avec un système “d’icônes”… Ca me paraissait… “hiéroglyphique”… intriguant.
      Je me souviens bien de Jeux & Stratégie… Comme du magazine Graal, que tu as peut-être connu, sur une trentaine de numéro me semble-t-il… Et l’increvable Casus Belli, aux multiples vies (de qualité diverses), bien sûr… Que de souvenirs en effet.
      Cela me rappelle que j’ai découvert il n’y a pas si longtemps KODT (https://www.google.com/search?q=kodt&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b)… Dont trois BD, au style particulièrement dépouillé, ont été traduites en français (disponible d’occasion uniquement aujourd’hui). Les “Chevaliers de la Table of the Salon”. C’est très drôle… Et ça devrait te rappeler de nombreux moments de JdR.

      Amicalement,

  2. David Dierickx 3 semaines Il y a

    Bonjour Roland.
    Oui vous avez raison. Il y eut bien l’Ultime Epreuve avant l’Oeil Noir.
    En fait, l’idée que je portais dans l’entretien, c’est que l’Oeil Noir, paru en février 1984, et rapidement vendu à plus de 50.000 exemplaire (un record dans l’hexagone pour ce type de jeu) fut le premier Jeu de Rôle à avoir un impact aussi important sur la communauté des joueurs en France.
    Parce qu’il avait édité aussi par Gallimard (une version Schmidt était disponible également sous un autre format), soudainement ce loisir faisait son apparition sur les rayonnages des plus sobres librairies et débordait, du coup, le cercle alors extrêmement confidentiel (pour ne pas dire “underground”) des rôlistes avertis. C’est bien en ce sens que j’évoquais l’Oeil Noir, qui pour autant n’est plus qu’une infime partie du système de jeu que j’ai développé.
    Merci de votre vigilance Roland.

  3. Roland S. 3 semaines Il y a

    Article très intéressant. Il y a tout de même une erreur répétée à deux reprises : ” l’OEil noir, premier jeu de rôle du genre édité en français”

    C’est faux. Au début de 1983 sort l’Ultime Épreuve, premier jeu de rôle français, ainsi que la traduction de Donjons & Dragons (la fameuse boîte rouge). Un an plus tard l’Oeil Noir est traduit de l’allemand au français.
    Tous trois appartiennent indiscutablement au même genre.

    Source : http://www.legrog.org

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