Écoles de métiers du gaz : les anciens de Lyon-la Mouche ont fêté soixante ans d’amitié

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Les « A » (formation d’un an) et « B » (formation de 2 ans) de la promotion 1963-64 de l’école de métiers de Lyon-La Mouche réunis en 1962. En octobre, chaque élève recevait son « costume de sortie » (pantalon gris et veste bleue), taillé sur mesure, avec l’écusson de l’école sur la poche gauche. ©École de Lyon-La Mouche

Comme tous les deux ans, les anciens gaziers formés en 1962 et 1963 à l’école de métiers de Lyon-la Mouche se sont retrouvés près de Saumur pour fêter leur amitié. Et célébrer un modèle de formation qui a fait d’eux d’excellents techniciens mais surtout des hommes et des citoyens.

Les voix sont puissantes, la verve et l’enthousiasme intacts. Debout aux côtés de leurs épouses dans la salle du restaurant, ils entonnent la « chanson de l’école », composée il y a soixante et un ans par un compagnon d’internat :

Nous sommes tous animés par une même espérance
Et pourtant, nous venons de toute part en France
Réunis à la Mouche, nous voulons travailler
Pour que plus tard nous soyons tous de parfaits gaziers.

Depuis bientôt quatre décennies, les anciens des promotions 1962 et 1963 de l’école nationale de métiers de Lyon-la Mouche se retrouvent régulièrement pour célébrer ce qu’ils ont vécu : une expérience humaine très intense (une ou deux années) dans ce fameux centre de formation d’EDF-GDF qui a préparé de nombreux jeunes de 16 à 19 ans aux métiers du gaz, ainsi que des stagiaires jusqu’en 1996.

« Un état d’esprit qui n’existe pas dans d’autres professions »

Cette année, c’est Bernard Lacouture qui s’occupe de l’organisation. Son épouse et lui ont eu également droit à leur chanson, écrite par leurs camarades pour les remercier de leur engagement au service du groupe. Pas de doute, en cette soirée de septembre, au Domaine de la Blairie, près de Saumur, dans le Maine-et-Loire, l’esprit de « la Mouche » est bien vivant.

Les retrouvailles se déroulent toujours dans une ambiance conviviale, culturelle et gastronomique ! ©Samy Archimède/CCAS

« Entre nous, il y a un état d’esprit, une solidarité qui n’existent pas dans d’autres professions », atteste celui qui a terminé sa carrière comme chef de groupe à GDF Suez en région parisienne. « Je ne sais pas comment l’expliquer. » Bernard a concocté pour ses camarades un savoureux programme de découvertes entre Anjou et Touraine : visites de châteaux et d’un village troglodytique, balade en bateau sur la Loire, rencontre avec un viticulteur, « soirées animées »… Sans compter la présence quotidienne d’une guide touristique née dans le Saumurois, véritable encyclopédie sensible de la région et de son fleuve.



Autodiscipline, sport et esprit collectif

Pour que la mayonnaise prenne encore au bout de soixante ans lors des retrouvailles des anciens de « la Mouche », il faut de bons ingrédients. D’abord la philosophie développée dans ces écoles de métiers, qui mettait en premier l’autodiscipline. Jean-Bernard Aparicio en sait quelque chose, lui qui était en charge, en 1962-1963, de la faire respecter auprès de ses condisciples. « On était responsable du moindre de nos actes. Ça forge le caractère », témoigne-t-il.

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Récréation, hiver 1962-63. « Le thermomètre est descendu jusqu’ à -26°C, cette année-là. Je me souviens avoir eu à faire un exercice de nivellement : on n’arrivait pas à faire les réglages, car la lunette était gelée ! » se souvient Denis Prigent (assis, 1er à gauche). ©Denis Prigent, archives personnelles

« L’idée, c’était de faire de nous des adultes », enchaîne Élie Coulomb, venu du Vaucluse avec son épouse, Michèle. Le 2 septembre 1962, il n’avait que 16 ans quand son père l’a conduit à la Mouche pour y passer une année loin de sa famille. « L’école était très axée sur le sport. Tous les matins entre 6 heures et 7 heures, on mettait le short et les baskets et on partait courir autour du stade Gerland. On était très bons dans plein de sports collectifs. Moi, je faisais surtout de l’athlétisme, mais il m’est arrivé de remplacer un gars au pied levé dans notre équipe de foot, alors que je n’en avais jamais fait. »

Élie relate avec fierté les exploits sportifs qu’il a effectués par la suite : il a gravi l’Everest (en partie) et le Kilimandjaro, fait le « tour des Anapurnas »… La Mouche, « c’est des souvenirs incroyables. C’était la voix royale. » Lui qui est devenu cadre en fin de carrière est persuadé qu’il aurait « fait le con » et aurait peut-être mal tourné s’il n’était pas passé par cette école. « Elle m’a donné la force de devenir un homme », conclut-il, gagné par l’émotion.

« Être des citoyens au service de la société »

« Au-delà de la formation gazière, on a appris à être des citoyens au service de la société », développe André Ollivro, figure de la lutte contre les algues vertes et l’agriculture productiviste dans les Côtes-d’Armor. « On a appris la fraternité, la solidarité mais on a aussi pu s’émanciper, développer notre personnalité. Ça nous a donné une grande force et de la fierté. » Comme Élie et Jean-Bernard, André tient à rendre hommage à Raphaël Esrail, leur directeur à Lyon-la Mouche, longtemps président de l’Union des déportés d’Auschwitz, qui est décédé en janvier dernier. « Il nous a également permis de faire du théâtre et de travailler avec les Célestins de Lyon et le TNP de Villeurbanne », détaille André.

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Dans cette école, il y avait beaucoup de sport, le matin et l’après-midi. La promo était divisée en petits groupes, et les élèves se retrouvaient pour les ateliers. On peut reconnaître sur la photo deux des participants aux retrouvailles de septembre 2022 : assis à droite en veste noire à manches longues, André Ollivro ; allongé, 2e à gauche : Christian Guittet. © EM GDF Lyon-La Mouche.

Au bar de l’hôtel-restaurant de la Blairie, les témoignages laudateurs sur l’école de la Mouche se succèdent. Au bout d’une table, Christian Guittet, ancien militant syndical à l’Iforep, a un autre point de vue à faire valoir. Certes, il garde lui aussi un très bon souvenir de l’école, mais il regrette « qu’on n’ait pas su défendre ce système de formation qui a formé de grandes figures de l’entreprise, de nombreux militants syndicaux » et des générations de techniciens du gaz et de l’électricité de haut niveau. Dès la fin des années 1960, les écoles de métiers d’EDF-GDF ont progressivement décliné, se transformant souvent en simples centres de formation. Elles seraient pourtant bien utiles aujourd’hui, estime Christian : « À Flamanville, ils sont maintenant obligés de mettre en place une école pour former les soudeurs ! »

« On s’est fait pirater nos métiers ! »

« Nos agents EDF-GDF ont formé des milliers de salariés des entreprises privées pour qu’ils puissent faire le boulot à notre place. On s’est fait pirater nos métiers ! », poursuit Christian Guittet. C’est vrai, répondent ses camarades. Mais comment défendre des écoles que l’État avait décidé de supprimer ? « Il y a eu une volonté délibérée de détruire la formation pour préparer la privatisation de 1997 », estime André Ollivro. Aujourd’hui, « on a objectivement besoin d’un service public avec des professionnels. » En 2013, par exemple, ERDF (devenu Enedis) a ainsi ouvert un centre de formation à Ploërmel, dans le Morbihan.

« J’ai quand même un espoir, lâche André Ollivro. L’espoir que la notion de service public puisse reprendre le dessus. Dans le contexte actuel de pénurie et de peur, il peut y avoir un rebond. » Rendez-vous dans deux ans pour poursuivre la discussion ?


Les anciens des écoles de métiers

Lire tous nos articles sur les écoles de métiers 

Les anciens élèves des écoles de métiers du gaz et de l’électricité peuvent se retrouver par l’intermédiaire :

  • de l’Association amicale énergie (AAE), fondée en 1948, qui promeut la formation professionnelle et donne, dans son bulletin annuel, des nouvelles des retrouvailles des anciens des écoles ;
  • du site personnel poulettou.free.fr, dédié aux anciens des écoles de métiers et géré par un agent en inactivité, sur lequel vous pouvez vous inscrire et partager avec d’anciens camarades.

 

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