Handicap : une journée à Paris pour s’informer, danser et se rencontrer

Démonstration de langue des signes française (LSF) lors d'un atelier de l'association Micadanses, à Paris, le 6 octobre 2018. ©Charles Crié/CCAS

Démonstration de langue des signes française (LSF) lors d’un atelier de l’association Micadanses, à Paris, le 6 octobre 2018. ©Charles Crié/CCAS

Informer et échanger autour du handicap : tel fut de nouveau l’objectif poursuivi par la coordination territoriale des CMCAS d’Ile-de-France, en organisant, avec l’association Micadanses, le 6 octobre dernier à Paris, une journée mêlant ateliers de danse et information sur les droits familiaux.

“Si vous demandez à quelqu’un de vous dessiner quelque chose qui symbolise le handicap, neuf fois sur dix, vous verrez apparaître un fauteuil roulant sous ses coups de crayon, constate Olivier Goujon, président de la CMCAS Val-de-Marne pour lancer la journée. Mais le handicap ne s’arrête pas à un fauteuil roulant. Il y a des milliers d’autres facettes que l’on ne voit pas, et auxquelles on ne pense pas”, précise-t-il, animateur de la coordination territoriale des CMCAS d’Ile-de-France, qui organise la journée.

Dans le prolongement du “Week-hand pour tous” organisé à Merlimont en 2016, qui avait réuni les bénéficiaires d’Île-de-France autour d’ateliers artistiques et d’éveil, et d’informations pour les aidants des personnes en situation de handicap, la journée du 6 octobre a mêlé ateliers de danse et table ronde sur les droits de succession avec un notaire (lire plus loin), suivi d’un échange sur les activités de proximité. “Les Activités sociales sont à vos côtés tout au long de ces parcours parfois si difficiles à vivre. Des aides multiples adaptées à vos besoins existent au sein de nos organismes sociaux, qui sont mises à votre disposition pour gagner en autonomie et vous rendre la vie plus agréable” rappelle ainsi Olivier Goujon.


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Langage universel

Dans le studio de danse voisin, les enfants participent à l’atelier animé par Inès Hernandez et Fabien Almakiewicz. Les deux danseurs contemporains proposent des jeux dansés. “Le sculpteur touche tout doucement une personne qui a les yeux fermés. Il la déplace dans une forme qu’il aime. Après, on reproduit le geste de cette personne. Puis quand elle ouvre les yeux, elle défait sa sculpture”, raconte Inès, 8 ans. Son frère Sofiane, 9 ans, est heureux et enthousiaste. “J’apprends des gestes en dansant. J’adore ça.” Puis Léna, 7 ans, et Délia, 5 ans, inversent les rôles. Les deux sœurs ont appris la langue des signes pour communiquer avec leurs parents malentendants. Elles sont fières de transmettre au groupe quelques signes : “bonjour”, “merci”, “comment ça va ?”

Une autre forme de danse : celle des doigts qui parlent. ©Charles Crié/CCAS

Une autre forme de danse : celle des doigts qui parlent. ©Charles Crié/CCAS

En plein cœur de Paris, dans le quartier du Marais, l’association Micadanses-ADDP (association pour le développement de la danse à Paris) accueille, dans ses studios, les 70 participant(e)s. Dans ce lieu de culture, qui accompagne la création, produit et diffuse des spectacles et propose des cours, des ateliers, des stages pour les danseurs professionnels ou amateurs, la mixité entre danseurs valides et en situation d’handicap est effective depuis longtemps. “Elle est venue naturellement, explique Pascal Delabouglise, directeur administratif. Le projet Micadanses – mission capitale danses – développe la danse, toutes les danses, en cassant les barrières qui peuvent exister.”

“Quand on connaît l’autre, on en a moins peur”

L’après-midi, sur le plateau du grand studio, pieds nus et en chaussettes, seul·es ou deux par deux, les participant·es essaient de suivre les consignes des jeux dansés. “Commencez votre mouvement par le coude droit, puis le genou gauche, ensuite par la tête…” Timides au début, les mouvements s’amplifient de plus en plus. Une confiance, un lâcher prise, puis un plaisir de danser adviennent.

Atelier "Si Hand'dansait", animé par deux chorégraphes-danseurs. ©Charles Crié/CCAS

Atelier “Si Hand’dansait”, animé par Inès Hernandez et Fabien Almakiewicz, danseurs interprètes professionnels. ©Charles Crié/CCAS

“On a beaucoup à apprendre les uns des autres. Ici, nous sommes très sensibles à une forme de générosité et de porosité. Quand on connaît l’autre, on en a moins peur dans la représentation que l’on peut en avoir”, commente Pascal Delabouglise. La danse offre un rapprochement, une libre expression du corps dans un espace. “On ne s’autorise pas à danser, à bouger, à rencontrer l’autre. ‘Que va-t-on penser de moi ?’ Cet atelier est un facilitateur.”

Au cours de cette journée de sensibilisation à la différence, à la danse et au handicap, les Activités Sociales ont rempli leur mission en nourrissant le besoin de rapprochement et en cassant l’isolement. “C’est super bien, la danse” déclare Thomas. En cercle, main dans la main, chaque participant(e) se regarde, se sourit, puis s’applaudit dans une belle énergie de partage.


Handicap et droits de succession : y penser, maintenant

Deux questions à Maitre Alexis Baudry, notaire et conseiller à l’Unapei (Union départementale d’associations de parents et amis de personnes handicapées mentales)

Débat sur les droits de succession avec (de g. à dr.) : Alexis Baudry (notaire), Véronique Poirier (animatrice du groupe handicap national de la CCAS et le docteur Dina Bogos-Helfer (médecin conseil à la CCAS et modératrice du débat). ©Charles Crié/CCAS

Table ronde sur les droits de succession (de g. à dr.) : Alexis Baudry (notaire), Véronique Poirier (animatrice du groupe handicap national de la CCAS et Dina Bogos-Helfer (médecin conseil à la CCAS et modératrice du débat). ©Charles Crié/CCAS

Que se passe-t-il pour un enfant en situation de handicap après le décès de ses parents ?

Un décès est toujours une situation délicate dans toutes les familles. Pour un enfant en situation de handicap, cela prend une sensibilité particulière. Il est important que les parents anticipent en prenant des initiatives, des dispositions testamentaires ou en consentant une donation par exemple. Il existe de nombreux outils d’ingénierie patrimoniale qui sont adaptés à chaque situation. On peut citer l’habilitation familiale, qui permet de solliciter ponctuellement l’autorisation du juge pour représenter une personne qui ne peut pas manifester sa volonté, et d’autres outils permettant de désigner la personne qui s’occupera de l’enfant : curateur, lorsque le majeur a suffisamment d’autonomie pour certains actes et pas pour d’autres, ou tuteur, lorsque le majeur a besoin d’être représenté complètement.

Ces outils sont de nature à pacifier et à rassurer les parents et aussi la fratrie. Il faut aussi penser aux frères et sœurs de l’enfant handicapé car une taxation sur la succession pourrait être lourde à assumer pour eux. Le principal piège à éviter est l’attentisme : ne rien faire.

Pourquoi vous êtes-vous engagé auprès de l’Unapei ?

Au delà de l’aspect technique, il y a d’abord une inquiétude qui est exprimée. Ces familles ont besoin d’être conseillées, rassurées. J’y suis sensible. L’Unapei ou toutes autres associations similaires offrent un spectre large de conseils et de recommandations. C’est un enjeu majeur pour ces familles de faire le point avec un notaire, qui peut apporter une réponse sur les sujets transversaux, et qui est au cœur de ce double questionnement : qui va s’occuper de l’enfant au décès des parents ? Et comment transmettre ?

Site internet de l’Unapei : www.unapei.org

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