Hyam Zaytoun (“Vigile”) : “Nos enfants ont été fiers de voir l’histoire de leur père partagée ainsi”

Hyam Zaytoun présentera son livre “Vigile” et en débattra avec les agents et leur famille en vacances à la CCAS cet été. ©Sarah Robine

Comédienne, Hyam Zaytoun a publié en 2019 son premier livre, “Vigile”, aux éditions Le Tripode. Un roman autobiographique où elle retrace la nuit et la semaine qui ont suivi l’arrêt cardiaque de son mari. Un livre sélectionné par la CCAS pour sa dotation livres 2021.

L’histoire

Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue liée à l’inquiétude  lui donnent un grand besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque.

“Vigile”, éditions Le Tripode, 2019, 128 p., 13 euros.

Vous avez écrit “Vigile” cinq ans après l’arrêt cardiaque de votre mari : vos souvenirs de ce moment étaient-ils toujours intacts ?

Hyam Zaytoun – Comme il arrive souvent dans ce genre de situation, j’ai conservé une mémoire vive de cette nuit-là, lorsque j’ai découvert le corps inerte de mon mari, mais aussi des jours qui ont suivi, lorsqu’il fut plongé dans un coma artificiel. Dans ce lot de souvenirs, je me rappelle fortement les sensations physiques, corporelles.

Il est possible que cela provienne de mon travail de comédienne, dans lequel le rapport aux corps – le mien et celui des autres – prend une place importante. Évidemment, il y a aussi des blancs, des absences. Je les raconte dans le livre : en toute transparence, j’évoque ce que je ne sais plus.

Vous évoquez, de manière épisodique, des moments de vie qui ont précédé le drame. Qu’apportent-ils au récit ?

H. Zaytoun – Le livre débute d’une manière abrupte. Sans préambule, on est plongé dans la nuit de l’arrêt cardiaque. Il fallait montrer que derrière ce présent, se cachait un passé épris d’amour et de mémoires heureuses. Sans son évocation, on ne peut mesurer la valeur de ce qui est en jeu, de ce qui risque d’être perdu. Ces allers-retours permettent aux lecteurs de s’attacher à ce couple, à cette famille, de comprendre leur histoire et qui ils sont.

Dans sa chambre d’hôpital, allaient et venaient sa famille, la mienne, ses amis, ses collègues : cette chambre était remplie d’amour, de vie.

Les personnages du livre apparaissent progressivement et successivement. Pourquoi cette mise en scène ?

H. Zaytoun – À l’époque, le personnel hospitalier a été touché par la présence des proches autour de mon mari. Dans sa chambre d’hôpital, allaient et venaient sa famille, la mienne, ses amis, ses collègues : cette chambre était remplie d’amour, de vie. Faire advenir les personnages les uns après les autres, au moment de leur intervention, était un moyen de mettre l’accent sur les moments de grâce, de solidarité et d’entraide qui ont accompagné ce drame.

Votre récit est très personnel et touche à l’intime. Selon vous, quel est son caractère universel ?

H. Zaytoun – Il parle de la vie, de la mort, de l’amour, de la famille : ce sont des thèmes universels. Et puis il y a aussi la description d’émotions qui peuvent parler à tout le monde.

Justement, parmi les différentes émotions qui vous assaillent à cette époque, laquelle est revenue le plus fréquemment : la détresse ? la culpabilité ? la peur ? la tristesse ? l’épuisement ?

H. Zaytoun – Je pense que c’est la peur. Le corps médical pronostiquait un espoir quasi nul de survie pour mon compagnon. Et même s’il advenait qu’il sorte de son coma, il ne serait sans doute plus le même, touché par de fortes séquelles… Alors, je redoutais le pire, j’étais dans une inquiétude active. En tant que femme bien sûr, mais surtout en tant que mère, pour nos enfants.

L’infarctus d’un être proche est un thème grave. Comment l’avez-vous appréhendé dans votre écriture ?

H. Zaytoun – Je pense qu’il y a nul besoin d’en rajouter pour toucher les lecteurs. J’ai essayé d’amener un style concis, sobre et précis. Les faits, les mots, les dialogues suffisaient à rendre, à mon sens, l’histoire intense. Je n’avais pas envie de tomber dans le pathos. Ni de trop en donner. J travaillé à l’économie, en coupant beaucoup, en faisant des ellipses – c’est parfois plus fort quand on en dit moins. Et plus pudique. Et puis, j’ai voulu amener de la respiration, je vais souvent à la ligne, dans le but de mettre en exergue une phrase, une idée, une sonorité. Le livre n’est pas très éloigné de la poésie ou du théâtre, du fait de sa structure en cinq actes, les nombreux alinéas, la musicalité, le rythme.

En tant que comédienne, pourquoi avoir choisi le roman comme moyen d’expression ?

H. Zaytoun – Je ne voulais pas écrire un témoignage, mais vraiment un récit littéraire. Cette forme permettait de fixer l’histoire au-delà d’une époque, d’un moment ; de l’inscrire dans un objet qui soit beau, qui résiste au temps. J’ai pensé aussi à un monologue de théâtre, mais le spectacle à un caractère plus éphémère.

Ce livre offre à nos enfants une double mémoire, ranime des souvenirs et les revisite avec un point de vue différent.

Comment votre mari a-t-il réagi à la lecture de “Vigile” ?

H. Zaytoun – Il a été touché, notamment par la déclaration d’amour que je lui adresse à travers ce roman. Et heureux pour moi, car il savait que depuis très longtemps je voulais écrire. Nos enfants ont été émus aussi, fiers de voir l’histoire de leur père partagée ainsi. Cela leur offre une double mémoire, ranime des souvenirs et les revisite avec un point de vue différent.

Vous partagerez votre histoire avec les agents et leur famille cet été dans les villages vacances. Comment appréhendez-vous ce moment ?

H. Zaytoun – C’est l’occasion d’éclairer ma démarche sur ce livre. De réaffirmer qu’il peut toucher les différentes générations, qu’il est façonné pour parvenir dans les mains d’amateurs de lecture comme dans celles de moins initiés. Son écriture est travaillée, mais elle se veut simple et accessible au plus grand nombre. Au-delà de la présentation et des échanges sur “Vigile”, je suis enthousiaste à l’idée d’ouvrir la discussion sur d’autres thèmes, notamment sur mon métier de comédienne, et pourquoi pas, je l’espère, parler de l’art en général !


Retrouvez Hyam Zaytoun dans vos villages vacances : le 16 août à Ispagnac (Lozère), le 17 août à Pleaux (Cantal), le 18 août à Super Besse (Puy-de-Dôme), le 19 août à Le Monastier-sur-Gazeille (Haute-Loire).


 

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