Il aide à apporter l’électricité à un village de Guinée… sans quitter Paris !

Éric Dueymes (à gauche) avec les représentants du village de Kambaco, en Guinée-Conakry, lors d’une réunion de travail en région parisienne en 2018. ©DR

Le projet Kambaco aura mis plus de quatre ans et traversé bien des mésaventures avant d’atteindre pleinement ses objectifs grâce aux lumières d’Électriciens sans frontières (ESF). Chargé de mission bénévole pour l’ONG, Éric Dueymes a piloté les travaux d’installation de l’électricité et de l’eau au village depuis la région parisienne. Il s’envole avec son équipe, ce samedi (29 janvier), pour la Guinée, où les attendent les 2 500 habitants de Kambaco.

« C’est évidemment frustrant mais j’ai vécu des moments incroyables durant ces cinq dernières années et, grâce à l’électricité et à la magie d’internet, j’ai pu voir la joie des habitants de Kambaco sur mon PC sans même quitter mon salon. » Éric Dueymes n’est pas un homme de terrain. Il ne creuse pas les tranchées, ne grimpe pas aux pylônes, ne tire pas les câbles. Il n’est même pas spécialiste en électricité. Éric Dueymes conçoit des projets, coordonne la levée de fonds, gère le transport, organise la logistique, dirige des équipes. Voilà pourquoi son profil a été retenu par Électriciens sans frontières, qui lui a confié le projet Kambaco en février 2017.

Sur son CV, on lit : trente-sept ans à EDF, dont vingt-quatre au centre de l’île de Chatou (ouest francilien). L’hydraulicien de formation ajoute qu’il a « pas mal circulé entre les services centraux de la production nucléaire, une unité opérationnelle de la production nucléaire et un centre d’expertise technique toujours sur l’atome ». Tout d’abord chercheur, il devient spécialiste technique puis manager. C’est lors de ses dernières années d’actif qu’il est séduit par Électriciens sans frontières. Mais parce qu’il a « toujours eu du mal à organiser [son] temps de travail », il reporte l’aventure ESF. « C’est la retraite qui m’a conduit à y entrer comme bénévole en 2016. »

« Je ne savais rien de la Guinée »

En février 2017, la délégation régionale Hauts-de-France-Île-de-France lui propose de travailler sur un projet en Guinée. « On n’y avait pas fait grand-chose et j’avais une bonne impression, les gens étaient motivés et surtout les villageois étaient acteurs de leur projet. J’ai accepté le poste même si je ne savais rien de la Guinée. »


Kambaco en bref

Le village de Kambaco, situé à 450 km de Conakry (7 à 8 heures de trajet), la capitale de la Guinée. Source : google.fr/maps

  • Situé en Afrique de l’Ouest, la Guinée est classée 179e sur 187 en termes de développement humain par le Programme des Nations unies pour le développement ;
  • Le pays compte 13,8 millions d’habitants, dont plus de la moitié est en situation de pauvreté ;
  • L’accès à l’eau et à l’électricité est rare en zone rurale (taux d’accès de 7 %) ; c’est le cas à Kambaco, village d’environ 2 500 habitants ;
  • Le poste électrique le plus proche de Kambaco se situe à Pita, à environ 35 km du village ; école, collège, marché, et poste de santé en pâtissent largement.

ESF avait été sollicité plus tôt par l’Association des jeunes et volontaires pour le développement de Kambaco (AJVDK) pour installer l’électricité et l’eau dans ce village rural. « Après que l’amie d’un ami du secrétaire à Conakry, qui connaissait quelqu’un à EDF, lui en a parlé », tente d’expliquer Éric Dueymes. Lequel va s’appuyer sur les représentants de l’association vivant en France pour obtenir les informations qui permettront de mieux définir le besoin et les solutions techniques. Après la validation du programme, la recherche et la collecte de financements, le matériel est expédié en mars 2020 vers la Guinée.

« Rien ne s’est passé comme prévu »

« On a malheureusement été perturbés par la pandémie. Une mission devait partir en avril pour accompagner le début des travaux mais la Guinée s’est confinée pendant quatre mois », explique le chef de projet. Qui, loin de baisser les bras, décide de faire faire les travaux à distance, « en essayant de limiter les risques et pour que ça fonctionne ».

Finalement, « tout ou presque a été fait par les Guinéens », se félicite Éric Dueymes. Durant quatre mois, il passe des heures au téléphone avec l’appui de son équipe pour essayer de joindre des gens et de résoudre des problèmes. « Évidemment, rien ne s’est passé comme prévu », dit-il avec le sourire aujourd’hui. Au Covid se sont ajoutés la casse matérielle au cours des trois mois de transport maritime, le vol de panneaux solaires sur le port de Conakry, des schémas électriques qui n’étaient pas les bons, le début de la saison des pluies…

Les villageois dans les tranchées

Les habitants de Kambaco ont été acteurs du projet en creusant eux-mêmes des tranchées de plus d’un kilomètre. ©DR

Pourtant, les travaux débutent enfin. Ce sont les villageois qui s’emploient à creuser les tranchées quand les techniciens locaux installent le matériel. « On avait prévu en étant sur place de superviser les opérations de branchement qui comportaient quelques risques de sécurité pour les intervenants et pour le matériel. On leur a fait une procédure ultra-détaillée sur PowerPoint… Je pense qu’ils ne s’en sont pas servis du tout [rires]. Je me mets à leur place. »

Les lampadaires solaires sont les premiers à fonctionner et assurent l’éclairage public à la fin juillet. Ensuite vient le conservateur de vaccins, autonome avec ses panneaux solaires. En novembre, Kambaco a changé de visage : il y a de l’éclairage dans les classes et au poste de santé. L’eau coule à l’école. La mission est une réussite. Éric Dueymes peut refermer le dossier et passer à un autre projet sans avoir vraiment pu ressentir le cadeau fait aux habitants.

« Les travaux avaient été faits comme prévu mais on n’avait pas une connaissance précise du fonctionnement des installations et de leur comportement. On se disait : ce sera compliqué le jour où il y aura un souci. »

Plus d’eau ni d’électricité

Fin avril 2021, il n’y a plus d’eau au village. Femmes et enfants reprennent le chemin du puits, 700 mètres avec des seaux sur la tête. « À 8 000 km, quand on me dit que la pompe est en panne, je ne sais pas pourquoi. L’électricien du village n’a pas trouvé la cause, celui de la grande ville d’à côté non plus. À Conakry, on nous a juste dit : ‘C’est cassé’. » Un violent orage s’abat ensuite sur la région et la foudre détruit un convertisseur. Kambaco est dans le noir. « Le fonds de secours d’ESF a permis de racheter le matériel puis de le transporter dans les valises de ressortissants rentrant au pays. Ça a pris six mois pour réparer. »

Avant l’installation d’une pompe immergée à courant continu, fonctionnant au fil du soleil, les habitants puisaient l’eau manuellement au forage du village. ©Électriciens sans frontières

Comme un cadeau de Noël, l’eau et l’électricité sont de retour fin décembre dernier. Éric Dueymes, qui n’a pu y aller en 2020 pour des raisons personnelles, prend samedi l’avion pour Conakry, et rejoindra Kambaco après huit heures de route. Ayant accepté de nouvelles responsabilités à ESF, il a rendu son tablier de chef de projet mais reste impliqué pour la phase 2. En tant que chef de projet adjoint. Ce second volet consistera à « alimenter en eau toute la population et mettre en place un dispositif électrique plus puissant » pour le développement industriel et commercial de la communauté.

Et après ? Éric Dueymes a été nommé « référent eau » pour la délégation régionale Hauts-de-France-Île de France. Comme un retour aux sources.

Le projet dans le détail

  • Éclairage public avec cinq lampadaires solaires ;
  • Éclairage d’une partie de l’école primaire et du collège ;
  • Éclairage et pose de prises électriques au poste de santé, qui assure 5 000 soins chaque année ;
  • Pose d’un conservateur de vaccins solaire ;
  • Installation d’une pompe solaire pour alimenter des bornes fontaines à proximité des écoles et du poste de santé.

Soutenir Électriciens sans frontières

Pour les salarié·es de certaines entreprises partenaires d’Électriciens sans frontières (notamment EDF SA, Enedis et RTE), une partie du temps consacré aux projets ou à la gouvernance de l’ONG peut être prise sur le temps de travail.

En savoir plus sur l’engagement bénévole

Grâce au soutien de ses 1 300 bénévoles et à des partenariats avec des acteurs locaux, ESF favorise le développement économique et humain en utilisant les énergies renouvelables. En 2019 et 2020, l’ONG a reçu le prix ONU pour l’Action climatique et le prix Zayed pour le développement durable.

Pour aller plus loin ou pour faire un don : www.electriciens-sans-frontieres.org et Twitter (@ESF_ONG).

 

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