“Il faut recréer une solidarité financière entre les générations”

Gilles Canqueteau, président de la Camieg © Charles CRIE/CCAS

Gilles Canqueteau, président de la Camieg © Charles Crié/CCAS

Gilles Canqueteau, nouveau président de la Camieg, répond à nos questions sur la situation de l’organisme, son bilan et ses évolutions.

Neuf ans après la création de la Camieg, quel est son bilan ?

On ne peut parler du bilan de la Camieg sans revenir à la façon dont elle a été créée. Pour me résumer, je dirais qu’en 2007, date de sa création, les pouvoirs publics ont créé les conditions pour que l’on aille dans le mur. Concrètement, les décrets sont sortis le 30 mars pour une mise en application le 1er avril 2007. Le comité de coordination et les fédérations ont été informés six jours avant la sortie des décrets. Autrement dit, on a lancé dans la nature une caisse de sécurité sociale sans directeur, sans siège social, sans salarié, ni moyen technique, etc. On aurait voulu casser le régime spécial des électriciens et gaziers, on ne s’y serait pas pris autrement.

Il y a eu ensuite une longue bataille pour obtenir un effectif suffisant au bon fonctionnement (et il est encore de 250 emplois alors le conseil d’administration en préconisait 303). Nous avons mis plus de 4 ans à obtenir le système d’infogérance qui permet de traiter les dossiers. Sans le travail et l’investissement des CMCAS jusqu’à l’été 2008, le régime n’existerait plus. Nous avons eu la chance d’avoir à tous les niveaux de l’organisme, des personnes impliquées, élus et salariés de nos organismes. Beaucoup de nos collègues l’ignorent ou l’ont oublié, ils se souviennent plus des conditions de la mise en place de notre régime spécial.

Les problèmes médico-administratifs sont-ils réglés ?

En premier lieu, je constate que la dernière enquête démontre que neuf assurés sur dix se disent satisfaits ou très satisfaits de ses services. Ils sont autant à affirmer avoir confiance dans leur régime et en avoir une bonne image. Ces chiffres progressent constamment depuis 2012. Bien sûr, il y a encore de points à améliorer. Et parmi ces points, les questions médico-administratives (prescriptions de transport sanitaire, ententes préalables, etc.) représentent un point sensible, car elles sont souvent à l’origine d’un dossier « mal engagé »… c’est en cela que les accueils physiques, avec des professionnels de la Camieg restent plus que jamais indispensables.

Ceux de nos collègues qui sont concernés par des problèmes lourds, parfois récurrents, seront sans doute difficilement convaincus par ce constat ; mais c’est justement pour régler ces dernières difficultés que le conseil d’administration se mobilise en permanence auprès des pouvoirs publics, à partir d’un constat partagé par les fédérations syndicales. Notre objectif est simple, gagner les moyens nécessaires pour pérenniser le Régime et assurer un service de qualité dans toutes les situations vécues par les salariés, les retraités et leurs familles.

Quels sont les problèmes qui subsistent ?

A la marge, quelques réclamations restent parfois difficiles à régler ; toutefois l’origine du problème n’est pas forcément la Camieg. Il peut être le fait d’un professionnel de santé négligeant une réglementation, etc. C’est lorsqu’un dossier part dans la mauvaise voie que les délais ont tendance à s’allonger. Aujourd’hui, malgré les 270 permanences Camieg sur le territoire, il n’est pas toujours possible pour un assuré d’avoir un interlocuteur physique, au moment voulu, pour obtenir des explications. C’est un mouvement général de la société que de privilégier les permanences téléphoniques et nous ne sommes pas en dehors de cela.

Par ailleurs, nous demandons aux ministères de tutelle à pouvoir disposer d’un Fonds d’action sanitaire et social (FASS). Cela nous permettrait de régler certaines questions sociales difficiles, qui sortent du cadre réglementaire, par exemple lors de sortie d’hospitalisation, ou lorsque les restes à charge sont trop importants pour certains assurés. Aujourd’hui, la Camieg aurait les moyens de faire fonctionner un tel dispositif mais elle n’en a pas l’autorisation. Nous maintenons cette revendication : nous l’avons fait le 28 janvier dernier auprès des conseillers budgétaires de Marisol Touraine. Aujourd’hui, nous sommes contraints de repousser certaines demandes de réclamation alors que nous pourrions parfois y répondre favorablement si nous avions l’autorisation de créer ce fonds d’action sanitaire et sociale.

Quelles sont les évolutions majeures à prévoir pour les assurés ?

Le FASS dont je viens de parler en est une. Parmi les évolutions structurelles, mentionnons aussi le fait que le régime de la Camieg devrait fonctionner avec un compte unique regroupant actifs et inactifs. Actuellement, avec deux comptes séparés, la solidarité intergénérationnelle n’existe plus. Si la Camieg continue de dégager des excédents, cela pourrait changer à l’horizon 2018-2019. La politique de l’emploi, de nombreux départs en inactivité dans les trois prochaines années, risquent encore d’accélérer ce déséquilibre. Il est impératif de récréer un mécanisme de solidarité financière entre les générations, comme l’exigent les principes de la Sécurité Social. C’est l’une des conditions pour assurer la pérennité de notre régime sur le long terme. Enfin, nous voulons renforcer l’accueil téléphonique car avoir une bonne information dès le départ permet d’éviter beaucoup de problème par la suite.

Quelle est la situation financière de la Camieg ?

La Camieg continue de dégager des excédents mais cet excédent diminue côté actifs. Il faut que l’on trouve une mécanique de solidarité entre les actifs et les retraités. Si la baisse de l’emploi devait se confirmer dans les entreprises, le déséquilibre supposerait de revoir à la hausse le niveau de cotisation, niveau qui demeure aujourd’hui imbattable au regard des prestations fournies en retour, notamment grâce au principe de cotisation unique.

Quel est le rôle de la prévention au sein des orientations de l’organisme?

La prise en charge des soins est importante et nécessaire, mais avec un reste à charge minime ; c’est la condition pour ne pas limiter l’accès aux soins. La prévention et l’éducation à la santé représentent l’avenir en matière d’espérance de vie en bonne santé. Et de ce point de vue, les électriciens et gaziers semblent s’en sortir plutôt mieux que la moyenne de la population. Pour continuer dans cette voie, il faut avoir une politique ambitieuse. Nous avons par exemple mis en place le programme OP’S (Objectif prévention santé) à destination des 45-60 ans en collaboration avec l’Inserm. Aux campagnes du régime général que nous relayons, il faut ajouter 600 actions organisées avec nos partenaires (la Mutualité sociale agricole, les CMCAS, les centres de vacances, les entreprises, le régime général…). Ces actions ont touché 17 000 personnes en 2015, ce qui montre qu’elles répondent à une attente des assurés en proximité.

En quoi sont-elles différentes de celles du régime général ?

Tout d’abord, la Camieg est pleinement partie prenante des campagnes de prévention et de dépistage de l’Assurance Maladie. Mais notre Caisse développe aussi des actions spécifiques. Leur originalité est d’être organisées autour du contact direct avec l’assuré. Ces actions ciblées sur des petits groupes de population favorisent un travail interactif beaucoup plus efficace que lorsque l’on réunit 200 personnes pour une conférence ou un forum. Les thématiques sont la nutrition, le sommeil, la mémoire, les troubles musculo-squelettiques, les cancers, etc. Pour les mettre en place, nous nous appuyons sur quarante chargés de prévention répartis dans tout le pays.

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