La CMCAS Nord Pas-de-Calais fête le choro brésilien

De g. à dr. : Jean-Paul Segard, de la CMCAS Nord-Pas-de-Calais, Raul de Souza, parrain du festival et Roberto de Oliveira, son initiateur. ©Joseph Marando/ CCAS

Parrainé par Raul de Souza, une pointure mondiale du trombone, le Lille Choro Festival, dédié à la musique brésilienne, a tenu sa deuxième édition du 15 au 17 mars. Au programme de ce festival, dont la CMCAS Nord Pas-de-Calais est partenaire : concerts, master class et conférences.

“C’est vraiment une légende. J’avais 9 ans quand j’ai commencé à l’écouter, c’est un des musiciens qui m’a le plus inspiré.” Roberto de Oliveira, “ch’ti brésilien” multi-instrumentiste, n’en revient toujours pas que le Brésilien Raul de Souza ait “accepté tout de suite, sans hésiter, même sans argent” de parrainer le Lille Choro Festival dès sa première édition, l’année dernière.

Classé parmi les meilleurs trombonistes du monde par la revue américaine “Downbeat Magazine”, Raul de Souza est, ce samedi 16 mars, dans une salle de l’auberge de jeunesse de Lille. Il anime une master class au milieu d’une vingtaine de personnes. Longs cheveux noirs frisés, boucles d’oreilles, écharpe colorée sur un élégant costume sombre, Raul de Souza porte fièrement ses 84 ans.

Raul de Souza, 84 ans, vient de sortir un album, “Blue voyage”.

Raul de Souza enchaîne toujours les tournées. Il arrive d’ailleurs directement d’un concert à Lausanne. Avant d’offrir à l’assistance une interprétation improvisée en direct, le musicien raconte ses débuts. Traduit par Roberto, il se replonge dans les années 1950, quand il participe à ses premiers radio-crochets. “Cela faisait trois mois que personne n’avait gagné le premier prix et j’ai obtenu la note maximale, ce qui est très rare”, se souvient-il. Il retourne alors chez lui en train, des billets plein les poches de son costume, qu’il étale sur la table familiale, à la grande surprise de sa mère.

Le choro, késako ?

Le choro est la première musique urbaine du Brésil, née à la fin XIXe siècle à Rio de Janeiro. Musique à la fois populaire et savante, composée et construite, le choro laisse également place à l’improvisation. Les instruments de musique typiques du choro brésilien sont la guitare à sept cordes, la guitare, la mandoline, la flûte, le cavaquinho (parent du ukulélé) et le pandeiro (tambourin garni de cymbalettes). On peut y ajouter des cuivres ou un accordéon.

Au départ, un concours de circonstances

Jean-Paul Segard, de la CMCAS Nord-Pas-de-Calais (à g.) et Roberto de Oliveira, fondateur du Lille Choro festival.

Açai, l’association organisatrice du Lille Choro Festival, a été créée par Roberto en 2012 à Lille. Tromboniste lui-même, il était venu en France en 2009 pour une série de six festivals, dont le dernier s’est tenu à Bray-Dunes, dans le Nord, sur la Côte d’Opale. “Mon groupe est reparti au Brésil, j’ai décidé de rester”, confie-t-il. Il s’inscrit au conservatoire de Lille : “Au départ, je joue de la musique populaire, j’ai voulu découvrir la musique classique.”

Ancien agent EDF-GDF, à la retraite depuis deux ans, Jean-Paul Segard connaît Roberto depuis le fameux festival de Bray-Dunes. En raison d’une erreur d’organisation dans l’hébergement des artistes, il a à l’époque accueilli un groupe brésilien chez lui. “Ils ont passé une semaine à la maison, on a poussé les murs. Tous les midis, on était une trentaine à table. La musique, la danse : c’est inoubliable”, raconte-t-il, un sourire accroché aux lèvres.

Désormais secrétaire de l’association Açai, Jean-Paul a lui-même “découvert les percussions en Afrique en 1988, lors d’un congé sabbatique”. À la naissance du Lille Choro Festival, il a tout naturellement assuré le lien avec la CMCAS Nord Pas-de-Calais, qui, avec l’auberge de jeunesse de Lille, est un des plus importants soutiens du festival.

Une frontière ténue entre musique classique et populaire

Aperçu du festival (de haut en bas et de g. à dr.) : la famille Padua ; master class de pandeiro avec Alua Nascimento ; master class de samba gafeira (danse de salon) par Amanda Lopes Veloso ; le duo Bandolaxo ; Douglas Marcolino en solo d’accordéon.

Ateliers dans les écoles, les Ehpad ou les centres sociaux… Açai a développé ses activités, jusqu’à la création de ce festival en 2018, dont la deuxième édition, qui vient de s’achever, a proposé un riche programme de concerts, master class et conférences. Juste après l’intervention de Raul de Souza, c’est ainsi la cheffe d’orchestre Simone Menezes qui entame une conférence-débat sur le compositeur brésilien Villa-Lobos.

Née à Brasilia, elle a effectué une partie de ses études à Londres et Paris, avant de s’installer à Lille, où elle travaille notamment avec l’ONL (Orchestre national de Lille). “La frontière entre musique classique et musique populaire est ténue”, explique-t-elle, extraits musicaux à l’appui.

Quelques années avant “l’Oiseau de feu” de Stravinski, Villa-Lobos a composé une œuvre à l’univers assez proche. “Pourquoi, aujourd’hui, ne joue-t-on pas la musique de Villa-Lobos autant que celle de Stravinski ? Parce qu’on le regarde comme un compositeur folklorique et non moderne”, analyse la cheffe d’orchestre. Elle s’amuse ensuite de la légende que s’est construite Villa-Lobos lors de son installation en France, s’inventant des séjours au milieu de peuples indigènes du Brésil, pour s’inspirer de leur musique.

Le lendemain, c’est une conférence sur la situation politique actuelle qui est organisée, avec un sujet résumé en une formule : “Bolsonaro, le réveil de la nouvelle droite brésilienne et l’héritage de la dictature.”

“On fait de la qualité avec peu de moyens”, se félicite Sophie Leroy. “Se rencontrer, partager : c’est ça la richesse de ce festival. Je vois les prochaines éditions dans la même lignée”, prédit Roberto, qui veut continuer à faire jouer ensemble musiciens professionnels et amateurs.

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