Le choc du pacte anti-Komintern

Réception au Palazzo Venezia de Rome, après que l’Italie a rejoint le pacte anti-Komintern germano-nippon. Au centre : Benito Mussolini ; à sa droite, Joachim von Ribbentrop, ambassadeur nazi à Londres ; à droite : Galeazzo Ciano ; à sa droite : Hotta, ambassadeur du Japon, novembre 1937 ©Roger-Viollet

En 1936, en un stupéfiant revirement, l’Allemagne anticommuniste se rapproche du Japon : le 25 novembre, ils signent le pacte anti-Komintern, ouvertement dirigé contre l’URSS. De ce pacte et de ses conséquences, le Front populaire ne semble pas avoir pris la mesure. C’est le douzième épisode de notre chronique de 1936. 

Les troupes fascistes attaquent Madrid. L’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, un temps rivales, signent un “pacte d’acier” les unissant. Et, surtout, le Reich hitlérien et le Japon concluent le 24 novembre 1936 un accord par lequel ils s’engagent pour cinq ans à “s’informer mutuellement de l’activité de l’Internationale communiste, se consulter sur les mesures de défense nécessaires, et exécuter ces mesures en étroite collaboration”. En termes moins diplomatiques, il s’agit d’une alliance dirigée contre l’URSS, qui a alors de bonnes relations avec la France du Front populaire.

La presse française est bien consciente de l’enjeu. “L’accord est en réalité dirigé contre la Russie soviétique et contre la paix mondiale” observe “Le Populaire” dans son édition du 26 novembre 1936. “La paix est en danger” écrit “L’Humanité” le même jour, qualifiant le traité germano-nippon d’”acte de guerre”.

Le pacte conclu entre l’Allemagne nazie et le Japon impérial surprend d’autant plus que les deux puissances semblaient alors s’affronter en Chine. Dès 1931, l’armée japonaise a envahi la Mandchourie, au nord de la Chine. Les lecteurs du “Lotus bleu”, cinquième épisode des aventures de Tintin, s’en souviennent, puisque l’événement y est directement relaté, y compris dans ses dimensions diplomatiques : le départ du Japon de la Société des nations, ancêtre de l’actuelle ONU. Or, le Reich allemand arme alors la Chine de Tchang Kaï-chek. Les photographies des revues des troupes chinoises de l’époque en témoignent : les soldats chinois portent tous ce casque aux rebords inférieurs remontés qui sera connu de toute l’Europe au temps de l’expansion hitlérienne.

Stupéfiant revirement

C’est donc un stupéfiant retournement stratégique que scelle le pacte entre l’Allemagne et le Japon, alliant des ennemis d’hier, comme le fera plus tard le pacte germano-soviétique de septembre 1939. Là encore, la presse française ne s’y trompe pas. “C’est donc un renversement capital de la situation et des forces en présence qui se précipite sous nos yeux”‘ écrit “Paris-Soir” dans son édition du 26 novembre 1936. Il n’y a, rétrospectivement, rien d’exagéré dans ce propos : l’alliance entre l’Allemagne nazie et le Japon impérial, même si elle n’a eu que peu de conséquences militaires, a bel et bien transformé un conflit européen en Seconde Guerre mondiale.

De ce retournement d’alliance, le gouvernement du Front populaire ne semble pas avoir pris la mesure. Ses préoccupations diplomatiques sont ailleurs. L’Espagne, où une offensive franquiste menace Madrid, contraignant le gouvernement républicain à se replier sur Valence, le préoccupe. Sans parler de la situation nationale : le ministre de l’Intérieur, Roger Salengro, victime d’une campagne de calomnies de la presse d’extrême droite, vient de se suicider. Son successeur, le socialiste Marx Dormoy, a fort à faire. Et cette focalisation sur le front intérieur conduit le gouvernement du Front populaire à négliger les affaires internationales.

Chronique de l’année 1936

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Quatre-vingts ans après l’arrivée au pouvoir du Front populaire, le Journal en ligne entame une chronique de cette période qui a marqué l’histoire, et se révèle aujourd’hui pleine d’enseignements.

Voir l’ensemble de la chronique 

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