Tourisme social : “Le désengagement de l’État est total”

Les Saisies (Savoie), face au massif du Mont-Blanc, en juillet 2016. ©Sébastien Le Clézio/CCAS

Maître de conférences en sciences économiques à l’université de Poitiers, Gilles Caire déplore le tournant de la politique touristique désormais entièrement axée sur l’international.

Quelles sont les forces et faiblesses du tourisme social ?

Il bénéficie d’un patrimoine exceptionnel, de qualité et très bien implanté géographiquement. Il a un vrai savoir-faire en matière d’organisation de colonies de vacances et ses offres enfance/famille ont très peu d’équivalents dans le domaine marchand. Mais, les prix pratiqués en haute saison restent élevés pour des familles modestes. En haute saison, le tourisme social ne s’adresse plus au public qui devrait normalement être concerné, la proportion d’ouvriers ou d’employés est très faible.

Pour quelles raisons ?

Les opérateurs du tourisme social ont trop tendance à imiter le tourisme commercial en proposant par exemple des activités de divertissement, en réfléchissant en termes de client et non plus en termes d’émancipation. On constate une montée en gamme des offres à l’image de ce que propose le tourisme marchand. Mais il est difficile de ramer à contre-courant. Sans aides de l’État, le tourisme social ne peut pas être efficace sur le volet départ en vacances des plus modestes.

L’État se désengage ?

Oui. La baisse est progressive et continue depuis le tournant de la rigueur en 1983. On observe une seconde rupture à partir des années 2000 : toutes les subventions disparaissent, les CAF coupent les aides. Enfin, depuis plusieurs années, le tourisme est en grande partie piloté par le ministère des Affaires étrangères. Toute la stratégie, tous les efforts sont tournés vers le tourisme international, source de devises et d’emplois.

L’accès aux vacances pour tous a été abandonné, le désengagement des pouvoirs publics est total dans ce domaine, le tourisme social est le grand oublié de cette nouvelle politique touristique. En 2012, s’appuyant sur les atouts du tourisme social, le rapport Buisson a listé une batterie de mesures pour favoriser le départ en vacances, lancé des expérimentations prometteuses. Il n’aura été qu’un feu de paille. Dans le gouvernement actuel, le tourisme devrait à nouveau être rattaché aux Affaires étrangères. Un mauvais signe pour le tourisme social.

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