“Les femmes sur cette planète sont en colère, et elles résistent”

Manifestation en marge de 9e rencontre internationale de la Marche mondiale des femmes, août 2013, Sao Paulo (Brésil). ©Joane Mc Dermott/Marche mondiale des femmes

Célébrer les femmes en lutte, et raconter l’aventure d’un mouvement international unique, né il y a vingt ans au Québec : c’est la promesse du livre “Marche mondiale des femmes : 20 ans de solidarité féministe”, co-financé par la CCAS. Largement illustré de photographies, le livre sera présenté par son auteure, membre de la Marche mondiale des femmes Québec, dans les villages vacances cet été.

Marie-France Benoit est membre du Comité de coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes et fut conseillère à la condition féminine de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) pendant plus de vingt ans. Joane McDermott est photographe professionnelle et militante de la Marche mondiale des femmes. Elle a documenté bénévolement durant plusieurs années les actions de la marche.

Pourquoi un livre pour les vingt ans de la Marche mondiale des femmes (MMF) ?

Marie-France Benoit – C’est un hommage que nous souhaitions rendre, à l’occasion du 20e anniversaire de la marche, à toutes les femmes qui sont vent debout face aux injustices partout dans le monde. Nous ne sommes ni historiennes, ni chercheures, mais militantes et témoins de ce mouvement international remarquable ; nous voulons donner de l’espoir et un courage collectif, en montrant que les femmes sur cette planète sont en colère, et qu’elles résistent. C’est d’ailleurs notre slogan : “Nous résistons pour vivre, nous marchons pour transformer”.

Le livre est pour l’instant édité à 1000 exemplaires, à compte d’auteures, avec l’aide de la CCAS et de la CSN ; ses recettes seront entièrement reversées à la MMF. Nous souhaitons également que la vente du livre dans les pays occidentaux permette d’envoyer des exemplaires dans les pays moins favorisés. Enfin, pour qu’il soit le plus accessible possible, le livre est édité simultanément en trois langues (français, espagnol, anglais).

Pourquoi l’aspect international de la MMF est fondamental ?

C’est notre force : toutes concernées, toutes solidaires. Entre 1995 et 1998, à l’initiative de la Fédération des femmes du Québec, l’idée d’une marche mondiale a germé à partir du fait que les femmes vivant les mêmes situations – féminicides, migrations, violences, pauvreté – et subissant les conséquences délétères de mêmes stratégies globales – finance internationale, entreprises transnationales, complexe militaro-industriel, changements climatiques – devaient être solidaires dans leurs luttes et bénéficier d’un mouvement d’ampleur internationale.

Une solidarité féministe internationale

Marches de New Delhi (Inde), le 20 mars 2003 et de Lima (Pérou), le 7 juillet 2006. ©Joane Mc Dermott/Marche mondiale des femmes

La Marche mondiale des femmes est un mouvement international féministe, qui coordonne des actions tous les cinq ans dans plus de 160 pays. Les représentantes élues des cinq continents, deux par continent, composent le Comité international qui se réunit régulièrement pour proposer de grandes orientations.

Lors de la première rencontre à Montréal en 1998, 17 revendications internationales pour l’élimination de la pauvreté et de la violence envers les femmes sont adoptées, ratifiées par 161 pays. Les premières actions ont lieu en 2000, et débuteront depuis chaque année le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, pour se clôturer le 17 octobre, Journée internationale pour l’éradication de la pauvreté.

Pour en savoir plus sur les actions de la MMF en 2020, lire notre article
Droits des femmes : le 8 mars n’est que le début

L’aspect international du mouvement donne-t-il plus de poids aux revendications nationales ?

Cela nous donne un poids à toutes. Nous n’avons évidemment pas changé le monde… mais avons obtenus des gains concrets : des mesures pour favoriser l’accès à l’eau, ou pour garantir la sécurité des femmes qui accouchent au Burkina Faso, des maisons d’hébergement pour les femmes autochtones victimes de violences au Québec, la modification du Code de la famille au Maroc… Pour tout cela, l’existence de la Marche a été un levier important.

L’aspect international d’un tel mouvement est-il difficile à coordonner ?

À la MMF, un secrétariat international assure à temps plein la coordination des actions avec notre comité international. Les coalitions nationales disposent ensuite d’une grande liberté pour leurs actions, à partir de grandes dates.

Le 8 mars, pour le lancement international de la Marche mondiale des femmes, chaque coalition est invitée à déposer les revendications qu’elle souhaite aux décideurs ou au gouvernement. Le 24 avril, date de l’effondrement en 2013 du Rana Plaza, immeuble abritant des ateliers de confections à majorité féminine au Bangladesh, tuant près de 1000 femmes, sera une journée d’action pour dénoncer les conditions de travail indécentes. Dans les Amériques, nous mènerons des actions pour dénoncer les compagnies extractivistes particulièrement les minières canadiennes. Le 4 octobre, nous commémorons les femmes et filles autochtones disparues. Et le 17 octobre, Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, nous marchons partout dans le monde pour porter haut et fort nos revendications.

Comment surmontez-vous les divergences existant au sein du mouvement féministe, et a fortiori les divergences politiques ou culturelles existant entre les pays, pour parvenir au consensus ?

Face à différentes pratiques sociales, culturelles, religieuses et idéologiques, c’est un long processus que d’arriver à des revendications communes. En 2014, nous n’avons par exemple qu’effleuré la question de la prostitution, qui reste un mur, sans position commune possible pour le moment.

En 2001-2005, quand nous avons débattu de nos orientations sur l’avortement, certains pays, notamment d’Afrique et du Moyen-Orient, menaçaient de quitter la MMF, car la défense du droit à l’IVG heurtait leurs convictions religieuses, lorsque les Européennes, notamment Portugaises, étaient véhémentes sur la question, car au Portugal, des femmes étaient arrêtées pour avoir avorté, et il y avait urgence. Mais en menant des débats sur le contrôle du corps des femmes, l’accès à la contraception… et en prenant ce temps du débat, nous sommes parvenues à un consensus. Tout comme sur les droits des lesbiennes, toujours à l’ordre du jour de nos mobilisations.

Maintenir l’unité est toujours un grand défi : il y a des débats difficiles, et c’est normal ! Mais nous avons réussi, depuis 20 ans, sans beaucoup de moyens et avec beaucoup de militantisme, ce tour de force. L’enjeu est au fond le même que dans le mouvement syndical… Nos seules limites sont le cadre de nos valeurs, telles qu’énoncées dans la Charte mondiale des femmes pour l’humanité, adoptée en 2004 au Rwanda, et qui sera publiée dans notre livre : égalité, liberté, solidarité, justice et paix.

Vous irez cet été à la rencontre des agent·es et de leur famille, dans les villages vacances de la CCAS. Comment envisagez-vous vos interventions, notamment auprès des jeunes ?

En binôme avec une militante de la MMF locale, je voudrais montrer, à partir du livre, la force de cette marche, et qu’il est important de continuer de lutter pour gagner une égalité effective entre les hommes et les femmes. Les jeunes sont tout particulièrement concernés : ils peuvent et doivent agir vers l’égalité. Sur la question de la violence, par exemple, il faut qu’ils comprennent qu’ils ont leur mot à dire dans la société, particulièrement les jeunes hommes qui doivent être conscients de leur propre manière d’agir, et de leur capacité à dénoncer des comportements inacceptables.


Pour aller plus loin

En savoir plus sur la Marche mondiale des femmes : marchemondiale.org

> Trouver une coordination locale de la MMF France
> Suivre les actions de la MMF France sur leur page Facebook et sur Twitter

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