Les trois premières mesures économiques du Front populaire

Le nouveau ministère formé par M. Chautemps à l'Hôtel Matignon : de droite à gauche M.M. Blum, Faure, Zay, Rucart et Brunet : 1937 ©Agence de presse Meurisse‏ via Wikimedia Commons

Le nouveau ministère formé par M. Chautemps à l’Hôtel Matignon : de droite à gauche M.M. Blum, Faure, Zay, Rucart et Brunet : 1937 ©Agence de presse Meurisse‏ via Wikimedia Commons

On se souvient souvent, et à juste titre, des avancées sociales du Front populaire. Mais c’est aussi sur le terrain de l’économie, prise en main par l’Etat, que l’action du gouvernement de Léon Blum s’est exercée. Et ce, dès les premières semaines de son arrivée au pouvoir. C’est le septième épisode de notre chronique de 1936. 

La première mesure économique, déposée au Parlement le 18 juin, est la création d’un Office national interprofessionnel du blé (Onib), contrôlé par le ministère de l’Agriculture et celui des Finances. L’Onib a le monopole du commerce du blé et en fixe le prix. Il s’agit de lutter contre la spéculation, qui se fait au détriment tant des consommateurs – tout le monde mange du pain ! – que des producteurs, dans une France où les agriculteurs comptent pour plus du tiers de la population active. En d’autres termes, l’Etat va gérer directement le commerce du blé, et annonce son intention d’en faire de même pour d’autres produits agricoles.

La seconde, suivant de peu, est la réforme de la Banque de France. Il ne s’agit pas tout à fait d’une nationalisation – celle-ci n’aura lieu qu’en 1945 – mais plutôt de ses prémices. La presse de gauche n’avait eu de cesse, dans la campagne électorale, de dénoncer « les 200 familles » gouvernant la France, allusion aux 200 plus gros actionnaires de la Banque de France (sur un total de 40 000) qui disposaient du pouvoir de désigner seuls le conseil de régence. Début juillet 1936, cette gouvernance est modifiée pour empêcher l’établissement de pouvoir s’opposer à la politique monétaire du gouvernement : la Banque de France sera à l’avenir administrée par un conseil de vingt membres parmi lesquels seulement deux représentants des actionnaires. Tous les autres sont des hauts fonctionnaires, des dirigeants d’organismes publics de crédit et surtout des représentants des forces productives. Symbole qui frappe l’opinion : le syndicaliste Léon Jouhaux entre au conseil général de la Banque de France en qualité de représentant de la CGT.

Manifestation du Rassemblement populaire, 14 juillet 1936. Dans la tribune, de gauche à droite : Thérèse Blum, Léon Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro, Maurice Viollette, Pierre Cot. ©Agence de presse Meurisse‏ via Wikimedia Commons

Manifestation du Rassemblement populaire, 14 juillet 1936. Dans la tribune, de gauche à droite : Thérèse Blum, Léon Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro, Maurice Viollette, Pierre Cot.
©Agence de presse Meurisse‏ via Wikimedia Commons

Troisième et dernière « réforme de structure », comme le dit Léon Blum devant le Parlement : la nationalisation d’une partie des industries d’armement, en particulier dans l’aviation. Le ministre Pierre Cot, qui a pour directeur de cabinet un certain Jean Moulin, la mène de main de maître. La justification est double : d’une part lutter contre les « marchands de canons » qui engrangent les profits en vendant leurs engins de mort, d’autre part préparer le réarmement français dans un contexte de montée des tensions avec l’Allemagne nazie – qui a réinstallé son armée, en violation du traité de Versailles, sur la rive gauche du Rhin au mois de mars – et avec l’Italie fasciste.

Dans le prolongement des grèves

L’Etat décide donc d’intervenir en force dans trois domaines clés : l’agriculture, le crédit et l’armement. Et quatre-vingts ans plus tard alors que le libéralisme domine presque partout, le plus étonnant est que ces réformes sont votées à de très larges majorités, dépassant largement le cumul des élus communistes, radicaux et socialistes. Comment l’expliquer ? Sans doute par la vigoureuse impulsion donnée par les grèves du printemps. « Le mouvement s’est déclenché sans qu’on sût exactement comment et où. Nous avons assisté à une explosion du mécontentement des masses populaires, qui pendant des années et des années, brimées, comprimées, avaient remâché leur mécontentement », constate Léon Jouhaux devant le comité confédéral de la CGT le 16 juin. Léon Blum, à la présidence du Conseil, a bien pris la mesure de ce mécontentement. Il sait qu’il n’a pas d’autre choix, s’il ne veut pas décevoir les masses qui ont porté au pouvoir le Front populaire, que d’aller vite.

Chronique de l’année 1936

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Quatre-vingts ans après l’arrivée au pouvoir du Front populaire, le Journal en ligne entame une chronique de cette période qui a marqué l’histoire, et se révèle aujourd’hui pleine d’enseignements.

Voir l’ensemble de la chronique 

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