Les vacances de monsieur Garnier

Michel Garnier ©B.de Camaret/CCAS

Fils de releveur, Michel Garnier a connu les premières colos du CCOS, en 1947. Agent EDF à son tour, il sillonnera toute sa vie les centres de vacances CCAS en famille, et sera quinze ans convoyeur. En 1936, il avait deux ans ; il en a aujourd’hui 83. Au total, Michel Garnier a traversé 70 ans d’Activités sociales de l’énergie, auxquelles il se dit “drôlement attaché”.

“En 1936, grâce aux vacances du Front populaire, nous sommes partis quelques jours au Tréport. Les ouvriers occupaient les plages, comme certains disaient à l’époque”, s’enorgueillit Michel Garnier, électricien de 83 ans en retraite (CAS Seine-et-Marne). “Bien sûr, je ne m’en souviens pas ; j’avais 2 ans. Mais mes parents me l’ont souvent raconté”, précise-t-il avec tendresse. 1936, les premiers congés payés accordés aux salariés : une hérésie pour le patronat ; un droit acquis, conquis au prix de luttes acharnées par les ouvriers. Même s’il ne garde aucun souvenir de cette virée à la mer, Michel porte cette victoire – la reconnaissance d’un droit fondamental sur le capitalisme – comme un étendard. 1936, symbole de tous les possibles pour la classe ouvrière…

Ses deux “Marcel”

Si la fée électricité ne s’est pas penchée sur son berceau, Michel a pourtant baigné, dès sa petite enfance, dans l’univers de cette corporation. Son père, Marcel Garnier, était agent de district releveur, en Seine-et-Marne, dans une compagnie privée, l’Énergie industrielle, embauché en 1929 au plus fort de la grande crise économique. “L’entreprise vendait aussi du gros électroménager. Mon père manœuvrait un gros transfo sur roulettes qui servait à faire le branchement des moissonneuses-batteuses”, explique-t-il. Très vite les “lendemains qui chantent” laissent la place à la guerre… L’enfant de 6 ans se remémore encore parfaitement certains moments : l’exode, la fuite vers la Creuse, les bombardements des avions allemands… “En 1940, pendant l’exode, nous sommes partis, ma mère, ma sœur et moi pour nous réfugier dans la Creuse. Nous étions contents d’avoir été recueillis par des gens à Felletin. Je me souviens d’avoir voyagé dans un camion de l’Énergie industrielle conduit par un de leurs agents”, certifie Michel Garnier. Était-ce un camion affrété par la compagnie ? Ou seulement l’initiative personnelle d’un salarié ? Nul ne le sait… “L’Énergie industrielle était une grosse entreprise avec des conventions collectives avancées pour l’époque. De celles qui intégreront le statut”, ajoute Michel.

“J’ai eu deux Marcel dans ma vie, mon père et Marcel Paul.”

S’il est un sujet qui lui tient à cœur, c’est bien le statut des électriciens et gaziers. À l’évocation de la nationalisation des Industries Électrique et Gazière, il est submergé par l’émotion. “Je me souviens très bien de ce moment. Mon père est rentré à la maison et m’a dit : Ça y est mon p’tit gars, on est nationalisés ! Il était très content”, raconte Michel, des sanglots dans la voix. “Ça me touche encore, s’excuse-t-il, mon père était militant syndical à la CGT ; il admirait beaucoup Marcel Paul.” Ministre de la Production industrielle dans le Gouvernement provisoire du général de Gaulle, Marcel Paul est chargé de la nationalisation des industries énergétiques pour créer une grande entreprise publique, EDF-GDF. Il met, par ailleurs, en place le statut des électriciens et gaziers et le Conseil central des œuvres sociales (CCOS) en avril 1946. “J’ai eu deux Marcel dans ma vie, sourit Michel, mon père et Marcel Paul.” Deux figures exemplaires qui influenceront sa vie militante.

Diplôme de football en camp de jeunes décerné à Michel Garnier en 1949 ©B.de Camaret/CCAS

Les jolies colos du CCOS

Michel Garnier n’a rien oublié de son premier “camp de jeunes” avec le CCOS, en 1947. “J’y suis resté un mois ! On logeait à l’hôtel des Îles Britanniques, à Menton. C’était situé sur une colline, de l’autre côté il y avait l’Italie. On faisait beaucoup de balades et de sorties. Je rêve encore de l’emplacement, tellement c’était beau”, confie-t-il. L’octogénaire évoque avec tendresse les chansons apprises pendant le séjour, la camaraderie qui y régnait, et aussi le “costume” du parfait colon, apparu un peu plus tard : chemisette estampillée CCOS, short et godillots. “Déjà à l’époque, c’étaient des agents EDF-GDF qui nous encadraient”, raconte-t-il.

L’année suivante, à 14 ans, Michel part en colo dans la vallée de Chamonix : “J’en garde un souvenir formidable ! J’ai découvert la montagne. C’était magnifique ! Évidemment, nous marchions beaucoup. C’est là que j’ai appris à faire de l’escalade. On faisait beaucoup de sport en colonie.” Les petites baraques en bois – un hébergement spartiate – qui servaient de dortoirs aux colons et aux animateurs ont marqué sa mémoire : “C’étaient les anciens logements des ouvriers qui avaient construit les barrages dans la région.”

“C’est sûr, les enfants qui partaient en colo étaient plus dégourdis, plus autonomes. Ça nous apprenait la vie”

En 1949, Michel participe à sa première caravane itinérante. Quatre semaines à découvrir les Alpes-Maritimes : Cannes-la Bocca, Mandelieu, Mougins, Saint-Cézaire-sur-Siagne… “On retrouvait d’autres jeunes à certains endroits. C’était un camp vachement bien”, affirme l’octogénaire. Il arbore fièrement un diplôme – scrupuleusement conservé – remis par le CCOS aux enfants ayant participé à des épreuves sportives (course en relais, 100 mètres, demi-fond…) durant la colo. Michel Garnier reconnaît sa chance d’avoir pu “voir du pays”. Et, du coup, d’avoir bénéficié d’une certaine forme d’émancipation et d’ouverture d’esprit. “C’est sûr, les enfants qui partaient en colo étaient plus dégourdis, plus autonomes. Ça nous apprenait la vie”, admet-il. “Les enfants n’étaient pas habitués à quitter leurs parents, même pour les vacances. Au service militaire, dans les années 1950, la majorité des appelés n’avaient jamais quitté leur région”, souligne-t-il. Les colos s’enchaînent au fil des étés : des anecdotes et parfois le prénom des copains qui ont fait un bout de chemin avec lui surgissent…

Etape de caravane dans le haut-pays niçois en juillet 1949 ©CCAS

Après un CAP d’électricien obtenu à l’école des métiers de Gurcy-le-Châtel (Seine-et-Marne) en 1952, Michel Garnier est embauché à l’usine W. Schneider. Il se syndique dès 1954. Après vingt-six mois passés en Algérie pour le service militaire, Michel Garnier est embauché à Électricité de France, à Nemours. “Le 22 juillet 1957, exactement. Forcément, j’étais content d’intégrer EDF. Il y avait les avantages même si la paye était moindre”, précise-t-il. “Toute ma vie, j’ai été agent de district ; au contact avec les usagers. C’était un vrai service public à l’époque”, glisse-t-il. “On récoltait les factures en argent liquide ; c’était une grosse responsabilité !”, ajoute, non sans fierté, le retraité.

L’enfant de la balle

Après les camps de jeunesse de son enfance, Michel Garnier, père de quatre enfants, savoure ses Activités Sociales : des vacances familiales l’été ; les colonies et les centres aérés pour ses enfants. “Depuis 1964, chaque été, nous partons avec la CCAS. Nos premières vacances : trois semaines dans un camp de toiles à Sanary-sur-Mer. Avec la CCAS, c’est vrai, j’ai beaucoup voyagé. On a fait toute la France. Le Brusc, Six-Fours-les-Plages, Trégunc, Saint-Brevin, Serbonnes…” Les noms s’égrènent… “Des centres agréables… Mes enfants ont appris à nager à la piscine de Serbonnes pendant les beaux jeudis (anciens centres aérés, ndlr)”, raconte-t-il. Son attachement viscéral aux Activités Sociales le fait s’engager un peu plus. “J’ai fait quinze ans de convoyage avec la CMCAS Melun (actuellement CAS Seine-et-Marne, ndlr). On accompagnait jusqu’à 120 gosses. Une grosse responsabilité… Quand on traversait la gare de Lyon à Paris, fallait pas en perdre !”, plaisante Michel. “À l’époque, on obtenait facilement les détachements”, affirme-t-il, un brin nostalgique.

Cahier d’activités de colonie de vacances en 1949 ©CCAS

Michel Garnier est également un fervent militant politique. De 1977 à 2008, il a été élu conseiller municipal adjoint, chargé des sports, sa grande passion, dans la commune de Varennes-sur-Seine (Seine-et-Marne). L’octogénaire en retraite depuis 1989 affiche une forme olympique, qui résulte probablement de sa pratique sportive régulière. Aujourd’hui encore, il chevauche son vélo chaque semaine pour se dégourdir les jambes. Pour “l’enfant de la balle”, comme Michel aime à se qualifier, “drôlement attaché aux Activités Sociales”, “ce serait un grand malheur si la CCAS, l’œuvre de Marcel Paul, venait à disparaître”.

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