Les voix des déportés pour montrer la voie

Président de l’association Mine de rien et réalisateur, Pascal Crépin était en tournage le 26 juin dernier pour le tournage du documentaire “la Voix du rêve” ©Elise Rebiffé/CCAS

Réalisé par Pascal Crépin, le documentaire “la Voix du rêve” ravive la mémoire des détenus politiques Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard), déportés au camp du Struthof durant la Seconde Guerre mondiale. Soutenu par la CMCAS de Picardie, la CCAS et l’Institut d’histoire sociale Mines-Énergie, le film sera projeté au Festival international du film d’Amiens le 17 novembre.

Miradors, baraquements, barbelés, geôles, potence, et pire encore… Pascal Crépin, retraité de la CMCAS de Picardie, filme tout. Inlassablement, il emmagasine minutieusement les images. Comme des pièces à conviction. “C’est formidable, dans une seule image, tu as toute une histoire”, commente-t-il. C’est ici, au camp de concentration de Natzweiler-Struthof, dans le Bas-Rhin, que le cinéaste effectue ses dernières prises de vue.

Au gauche, 90 000 élèves visitent chaque année le Struthof. A droite, l’entrée du camp.

L’agent réalise “la Voix du rêve”, un documentaire de 52 minutes, consacré aux “Nacht und Nebel” (NN), ces détenus politiques emprisonnés au Struthof durant la Seconde Guerre mondiale. Trente-deux jours de reportage, d’interviews de survivants et d’historiens, comme Cécile Vast, membre du Centre d’histoire et de recherches sur la Résistance ; quatre-vingts heures de tournage, sans compter le temps dédié au travail d’enquête, à la reproduction d’archives et celui consacré à la recherche de financements. Puis un tout petit mois pour le montage du film…

Un travail colossal, et de fourmi, qu’effectue bénévolement, consciencieusement, Pascal Crépin pour l’association Mine de rien (voir encadré), dont il est le président et qui produit le documentaire. Un film qui lui tient à cœur. Un film pour faire connaître le Struthof, le replacer dans la genèse de la Seconde Guerre mondiale. Un film pour l’Histoire.

Le KL Natzweiler-Struthof, 1941-1944

Le bloc crématoire du camp de Natzweiler. ©Elise Rebiffé/ CCAS

Avant la guerre, le lieu-dit Struthof abritait une station de ski réputée sur le mont Louise. La proximité avec une carrière de granit décide les nazis à y implanter un Konzentrationslager (KL) en 1941.Le KL Natzweiler-Struthof, camp central, administrait 70 autres camps annexes en Allemagne. 52 000 prisonniers y furent détenus, 22 000 périrent en déportation ou durant les marches de la mort, dont 10 000 au Struthof. Les prisonniers étaient issus de onze nationalités.Le 23 novembre 1944, les Alliés découvrent le Struthof vide : les nazis avaient évacué les déportés à Dachau. Le Struthof est le seul KL installé par les nazis sur le sol français. L’Alsace fut annexée au Reich en octobre 1940.

“On parle très peu des Nuit et Brouillard à l’école”

“Les NN étaient des résistants déportés au camp de Struthof et voués à disparaître par le travail, sans laisser aucune trace”, explique le réalisateur. Travailler et mourir, en les isolant totalement du monde extérieur – perdus à jamais dans la nuit et le brouillard – tel était le sort que les nazis leur réservaient. “Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres”, comme le chantait Jean Ferrat*…

“On parle très peu des NN à l’école. Souvent, les collégiens ignorent que les nazis déportaient, tuaient des gens du fait de leur engagement politique”, regrette Pascal. Soixante-quinze ans après la découverte du camp (vide) par les armées alliées, le Struthof reste méconnu. On en parle encore trop peu.

“La Voix du rêve” retrace donc les faits de résistance de sept jeunes militants politiques dont Jean Villeret, retraité des IEG, qui en est le fil rouge. Un témoignage rare et bouleversant à vocation pédagogique. Un documentaire conçu pour les jeunes, destiné à alimenter leur réflexion. “Ce sont les derniers survivants, aujourd’hui très vieux, qui témoignent ici”, précise Pascal Crépin. “Survivre encore un jour, une heure, obstinément”*…

La course contre l’oubli

“La jeunesse d’aujourd’hui sera la dernière génération à entendre des résistants déportés de leur vivant. C’est un devoir pour nous de raconter ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont enduré”, ajoute Dominique Bonvarlet, bénévole de l’association Mine de rien. Ancien président de la CMCAS Amiens, ce retraité de la CMCAS de Picardie assiste Pascal Crépin durant le tournage.

A gauche, Dominique Bonvarlet, ancien président de la CMCAS Amiens assiste, Pascal Crépin, à droite, pour le tournage du documentaire.

Devant les fours crématoires, un groupe de jeunes Allemands écoutent religieusement les explications de leur professeur. Sa voix déchire le silence assourdissant. Certains ne peuvent contenir leur émotion devant l’insoutenable réalité. Haut lieu de mémoire nationale, le Struthof accueille chaque année 90 000 élèves, dont une majorité venant d’outre-Rhin.

“Les gamins d’aujourd’hui ne doivent pas oublier qu’hier des jeunes, à peine plus âgés qu’eux, se sont opposés à l’oppression nazie, se sont battus pour la liberté, en payant de leur vie parfois”, poursuit Dominique Bonvarlet. “Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux…”*

“La Voix du rêve” leur rend un vibrant hommage. Les rescapés y racontent la déportation, l’effroyable quotidien au camp, la faim et le froid, l’humiliation et la terreur, les coups et la peur, mais aussi leur survie. “La solidarité et l’entraide les ont sauvés d’une mort certaine, souligne Dominique. C’est le message du film.”

Les suppliciés en exemple. Un appel à la vigilance aussi. Dans cette course contre l’oubli, et comme ultime acte de résistance, les déportés du Struthof murmuraient chaque soir, inlassablement, un chant composé par Arthur Poitevin, musicien organiste de Bayeux, déporté NN au Struthof en 1943 : c’était “la Voix du rêve”. “Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers…”*

* Paroles extraites de la chanson “Nuit et brouillard”, de Jean Ferrat.

Mine de rien, pour la mémoire

Fondée en 2006 par Pascal Crépin et Céline Moronval, agente Enedis, l’association Mine de rien compte une dizaine de bénévoles agents et bénéficiaires des Activités Sociales de l’énergie, dont Laurent Carton, fils d’agent, et Dominique Bonvarlet, qui ont activement aidé à la conception du film. Soutenue par la CMCAS de Picardie, l’association a pour vocation la création et la production audiovisuelle sur les réalités sociales, culturelles et historiques pour faire vivre la mémoire.

Elle a produit trois documentaires : “Jean Catelas” en 2008, qui compte le destin tragique de ce député communiste de la Somme, élu en 1936 à Amiens, et guillotiné par le régime de Vichy ; “le Château des mineurs” en 2011, sur le domaine d’Agecroft à La Napoule qui a accueilli 500 000 familles de mineurs avant d’être racheté par la CCAS ; et “Invisibles” en 2014, sur les dizaines d’anonymes qui ont œuvré quotidiennement auprès des personnes migrantes et réfugiées de Calais.

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Où voir le film ?

“La Voix du rêve”, documentaire réalisé par Pascal Crépin, produit par l’association Mine de rien, avec le soutien des CMCAS de Picardie, Ardennes Aube Marne, Angoulême et Seine-Saint-Denis, ainsi que par la CCAS et l’Institut d’histoire sociale Mines-Énergie, sera à l’affiche du prochain Festival international du film d’Amiens (15 au 23 novembre), dans le cadre de son partenariat avec les Activités Sociales (CCAS et CMCAS de Picardie).

Une projection du film est également programmée par l’Institut d’histoire sociale au centre de vacances CCAS de Kaysersberg, les 16 et 17 octobre, avec une visite du camp de Natzweiler-Struthof.

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