Marcel Paul, une vie | Plus de mille jours d’internement

Marcel Paul (au centre) à la prison de Blois en février 1943. À ses côtés, le syndicaliste Émile Pasquier, à l’époque dirigeant de la Fédération CGT de l’éclairage. ©Archives historiques CCAS

Suite de notre chronique sur le fondateur du CCOS, ancêtre de la CCAS : arrêté en novembre 1941 par la police française, Marcel Paul continue de résister à l’occupant nazi depuis sa cellule et jusqu’au camp de Buchenwald, où il est déporté en mai 1944.


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Marcel Paul, une vie | Un pionnier de la Résistance


Violemment interrogé après son arrestation le 13 novembre 1941, Marcel Paul tente de mettre fin à ses jours en s’intoxiquant avec du gaz. Lorsque les policiers s’en aperçoivent, ils le transfèrent d’urgence à l’hôpital de Saint-Denis, où il reprend connaissance. Écroué à la prison de la Santé, il est condamné le 22 décembre 1941 à six mois de prison pour infraction aux décrets Daladier interdisant le Parti communiste.

Marcel Paul partage sa cellule avec deux détenus politiques et deux droits communs. Avec la complicité tacite de ces derniers, les trois détenus politiques créent un journal, “le Patriote enchaîné”. Sous-titré “Organe des détenus politiques de la Santé”, le journal clandestin se montre remarquablement informé de ce qui se passe à l’extérieur de la prison. Cet acte lui valut d’être condamné, en août 1942, à quatre-vingt-dix jours de mitard : isolement total, pièce sans air, à peu près pas de nourriture.


“Le Patriote enchaîné”, édité par les détenus politiques de la Santé, mai 1942. Source : musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne / ©gallica.bnf.fr/BNF
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Après dix-sept mois d’instruction, la section spéciale, juridiction d’exception créée par Vichy notamment pour réprimer les activités communistes, condamne le 3 février 1943 Marcel Paul à quatre ans de prison. Il est transféré à la centrale pénitentiaire de Fontevrault (Maine-et-Loire), où il entre le 23 février 1943. Sept mois plus tard, il est transféré à la prison de Blois… qu’il quitte cinq mois après pour le camp de Compiègne, d’où partent chaque mois des convois de déportation vers l’est.

Résister à Buchenwald

Le 27 avril 1944, le convoi n° 296, formé de 1 653 prisonniers dont Marcel Paul, part pour Auschwitz. Le voyage dure trois jours, dans des conditions extrêmement difficiles, à 110 par wagon, sans ravitaillement en eau. À l’arrivée, trois prisonniers sont morts. Marcel Paul, comme tous les autres détenus arrivant à Auschwitz, est tatoué par les SS mais n’est pas intégré à la gigantesque main-d’œuvre esclave du camp. Le 14 mai, la quasi-totalité des prisonniers du convoi des tatoués est rembarquée pour le camp de Buchenwald, au sud-est de l’Allemagne.

Contrairement à Auschwitz, le camp de Buchenwald n’est pas un camp d’extermination voué à la mise à mort des détenus, mais un camp de travail forcé. Il fonctionne comme une petite ville de 60 000 personnes – en 1944 – dans une large mesure administrée par les détenus eux-mêmes. Les SS ne pénètrent que rarement à l’intérieur de l’enceinte de barbelés électrifiés qui délimite le camp. Très vite, Marcel Paul prend la responsabilité politique de l’organisation communiste clandestine française au sein du camp. Aguerri par son expérience de la lutte clandestine dans les prisons françaises, il s’impose vite par son efficacité. Il dira plus tard qu’en dépit de l’internement absolu, sans aucun espoir d’évasion, “c’était plus facile de lutter dans les camps que dans les prisons”.

Avec le colonel Manhès, ancien adjoint de Jean Moulin, il anime le Comité des intérêts français (CIF). Pas moins de trente-quatre organisations ayant des membres internés à Buchenwald y participent. Le CIF veille au moral des détenus de Buchenwald. “Il fallait défendre contre lui-même le camarade qui refusait de manger et obtenir de lui qu’il consomme sa part. […] Il fallait obliger certains camarades à se laver”, racontera Marcel Paul au soir de sa vie.

Ce soutien moral individuel se double de revendications collectives en faveur de la dignité des détenus. Une lutte victorieuse est menée pour obtenir la répartition équitable des colis envoyés sans destinataire précis par la Croix-Rouge à partir de l’automne 1944, alors que les colis envoyés par les familles se raréfient du fait de l’interruption des liaisons postales avec le Reich consécutive à la libération du sol français.

Le CIF contribue encore à maintenir le moral en organisant conférences et représentations artistiques, ou en diffusant les nouvelles des fronts glanées ici ou là ou captées sur des postes radio construits clandestinement, alors que les journaux sont strictement interdits au sein du camp.

La libération du camp

À mesure que les armées alliées pénètrent en Allemagne, le CIF, en lien avec les autres organisations nationales de Buchenwald, militarise son action pour préparer la libération du camp en récupérant des armes. La brigade française commandée par Marcel Paul participe à la prise de contrôle du camp par les détenus eux-mêmes le 11 avril 1945, alors que les avant-gardes américaines sont en vue. Ce même jour, le déporté André Verdet, artiste avant la guerre, dédie à Marcel Paul son poème “le Chant”, le premier qu’il écrit dans le camp libéré.

J’écoute dans mon chant les lumières qui chantent
La plus belle chanson qu’on ait jamais chantée
Dans ce chant qui m’enchante et lui-même s’enchante
De s’entendre chanter en étant enchanté


À suivre
1945 : une soudaine notoriété


Pour aller plus loin

“Marcel Paul, un ouvrier au Conseil des ministres”, de Nicolas Chevassus-au-Louis et Alexandre Courban
L’Atelier, 224 p., 18 euros.

Commander le livre :
Chez un libraire ou auprès de l’Institut d’histoire sociale Mines-Énergie : ishme@fnme-cgt.fr


 

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