Marcel Paul, une vie | Un ministre des services publics industriels

Plaquette éditée par le Parti communiste français en décembre 1946 pour vanter l’action de Marcel Paul. ©Archives Institut d’histoire sociale Mines-Énergie

Suite de notre chronique sur le fondateur du CCOS et artisan du statut des IEG : en moins d’un an au ministère de la Production industrielle, Marcel Paul livre avant tout une rude bataille pour obtenir la nationalisation de l’énergie qui fonde EDF et GDF. Mais son action s’étend aussi à d’autres aspects d’une production au service des populations.


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Marcel Paul, une vie | Après les camps, une soudaine notoriété


Le 23 novembre 1945, après de longues négociations entre forces politiques, un nouveau gouvernement se présente devant l’Assemblée élue le 21 octobre, dans laquelle socialistes et communistes détiennent à eux deux la majorité absolue. À 45 ans, Marcel Paul devient ministre de la Production industrielle. Il est un des cinq ministres communistes du gouvernement. Le poste n’est assurément pas des plus simples, dans une France qui manque de tout, en proie aux pénuries autant qu’au marché noir. Le charbon, le carburant, l’électricité, les matériaux de construction, le textile et bien sûr l’alimentation… tout fait défaut alors que l’hiver arrive et que la reconstruction du pays n’a pas encore commencé.

Lors du Conseil des ministres du 7 décembre 1945, Marcel Paul présente son projet de nationalisation du gaz et de l’électricité, très largement inspiré de celui élaboré par le Conseil national de la Résistance. La France compte alors quelque 1 300 compagnies énergétiques locales, qui sont incapables de faire les investissements nécessaires pour rétablir la production et le réseau énergétique français dévasté par la guerre.

Dans Paris, l’électricité est coupée de 8 h 30 à 17 heures avec un bref rétablissement d’une heure au moment du déjeuner, et le gaz s’arrête à 20 heures.

27 heures de débat

L’examen parlementaire du projet de loi, vivement combattu par les compagnies énergétiques et leurs relais au Parlement, débute le 22 mars 1946. Il dure 27 heures, ce qui en fait un des plus longs de la législature. Marcel Paul, qui a pris conscience du poids politique des quelque 1,3 million de petits actionnaires des entreprises de l’énergie, accepte que leur indemnisation soit gratifiée de 1 % des recettes annuelles des futures entreprises publiques de l’énergie. Un autre 1 % ira aux œuvres sociales des salariés de ces entreprises.

C’est cette nationalisation que vote finalement l’Assemblée constituante le 29 mars à 3 h 40 par 491 voix pour, 59 contre (à droite) et 23 refus de vote. La loi est promulguée le 8 avril 1946. Le 14 mai, les conseils d’administration d’EDF et de GDF tiennent leurs premières séances et élisent leurs présidents. À EDF, le polytechnicien Pierre Simon, que Marcel Paul a connu et apprécié avant-guerre quand il était directeur de l’électricité au ministère. À GDF, le directeur du Gaz de Paris, Georges Reclus. Roger Lescuyer, directeur adjoint du cabinet de Marcel Paul, ingénieur syndiqué à la CGT et cheville ouvrière de la nationalisation, devient secrétaire général d’EDF. Un peu plus de cinq mois après la première discussion en Conseil des ministres, les entreprises publiques du gaz et de l’électricité commencent leurs activités.

Un monopole éphémère sur la pénicilline

Au ministère de la Production industrielle, Marcel Paul organise aussi la nationalisation des mines de charbon en créant Charbonnage de France. Il accorde également une grande attention au ravitaillement en objets de consommation courante, alors que les tickets de rationnement sont toujours là. Certains se souviennent encore des “casseroles Marcel Paul”, subventionnées par le ministère : sur chaque exemplaire, il avait exigé que le prix de vente soit gravé.

Il crée aussi une entreprise publique ayant le monopole de la production de la pénicilline, le premier antibiotique tout juste découvert, administrée de manière tripartite par des scientifiques, des représentants de l’État et des élus des salariés. Malheureusement, cette entreprise ne connaîtra pas le succès d’EDF-GDF et la production de médicaments reviendra au secteur privé.

Être ministre de la Production industrielle dans une époque de pénurie généralisée est une tâche éminemment complexe, tant les sollicitations et les demandes de passe-droits affluent de partout. Les quelques mois de Marcel Paul au ministère sont émaillés d’affaires de corruption, parfois réelles au sein de l’administration, parfois montées en épingle par la presse d’opposition de droite.

À chaque fois, le ministre, dont l’intégrité personnelle n’a jamais été remise en cause, réagit en diligentant des enquêtes administratives internes ou en portant plainte pour diffamation. Mais il est certain que la multiplication de ces affaires affaiblira le ministre Marcel Paul, et contribuera à sa non-reconduction dans le nouveau gouvernement formé au début de 1947.


À suivre…
1951-1961 | Syndicaliste en guerre froide


Pour aller plus loin

“Marcel Paul, un ouvrier au Conseil des ministres”, de Nicolas Chevassus-au-Louis et Alexandre Courban
L’Atelier, 224 p., 18 euros.

Commander le livre :
Chez un libraire ou auprès de l’Institut d’histoire sociale Mines-Énergie : ishme@fnme-cgt.fr


 

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