Petite Poissone : “Mes textes, je sais les défendre !”

Atelier d’écriture sur des t-shirts à l’aide de pochoirs avec Khadija (6 ans). ©Didier Delaine/CCAS

En résidence au village vacances du Cap d’Agde, la dernière semaine de juillet, Petite Poissone, artiste grenobloise volontairement inclassable, a distillé son travail auprès des bénéficiaires. Outre ses aphorismes, graffs et autres collages, répandus un peu partout sur le village, la graphiste de métier a réalisé une fresque autour des 75 ans de la CCAS. Rencontre.

Pourquoi avez-vous accepté la proposition de la CCAS ?

En général, je me laisse toujours un temps de réflexion quand j’ai des propositions de travail et je n’accepte pas ce qui n’a pas de sens pour moi. Car j’ai aussi la chance d’avoir un travail salarié en tant que graphiste. Je ne connaissais pas la CCAS et je me suis renseignée. Et j’ai été séduite et surprise aussi par les actions qu’elle mène depuis le début en faveur de la culture, par cette idée d’apporter cette culture, par le biais des bibliothèques, des rencontres culturelles etc., dans les villages vacances. De plus, je suis très sensible à tout ce qui est action sociale, solidarité et quand j’ai vu tout ce qui a été fait pour les migrants, les étudiants… j’ai accepté avec enthousiasme.

À gauche : Amina (13 ans) et Fatima Attou. Au centre : Atelier d’écriture avec Petite Poissone. En bas : Collage des graphes. ©Didier Delaine/CCAS

Quel était le projet initial ?

Il s’agissait pour moi, de réaliser une fresque pour les 75 ans de la CCAS. À partir de là, je me suis documentée, j’ai pris des renseignements sur l’évolution de la CCAS, de ses activités et de ses champs d’action. Au final, j’ai réalisé un dessin qui retrace justement cette évolution. Cet arbre sur lequel chaque branche représente une activité propre à la CCAS : le sport, la solidarité, la culture, etc. Et cet arbre est arrosé par quelqu’un ! À travers ce geste symbolique, j’ai voulu exprimer le fait que rien n’est définitif et qu’il faut entretenir tous les acquis afin de les pérenniser.

Khadija qui arrose l'”arbre” de la CCAS. ©Didier Delaine/CCAS

En parallèle, vous avez pu, durant cette semaine, “expliquer” votre art et faire des ateliers avec les ados notamment. Quels enseignements en tirez-vous ?

C’était très intéressant. Il y a un apport réel des deux côtés. Y compris d’ailleurs, lorsque je faisais la fresque et que les gens venaient me parler. Apporter de l’art quel qu’il soit, dans un village vacances, c’est le démystifier complètement. Les échanges sont plus fluides avec le public et complètement différents que lors d’expositions dans les galeries ou autres. Pour les ateliers avec les enfants, c’est pareil. Ils viennent, lisent les textes, les collent sans avoir à franchir les portes de quelconque lieu. Il n’y a donc ni barrière physique ni barrière psychologique. C’est à leur portée. Et personnellement, cela m’a apporté beaucoup de satisfaction.

Cette proximité, ce rapport direct avec le public, c’est un peu le sens de votre travail ?

Je me suis plus dirigée vers le Street art car il y a effectivement cette proximité et ce lien direct avec les gens. Dans la rue, le métro, etc. c’est là que se trouve le public ! Et l’objectif du Street art, c’est de toucher tous types de public : les gamins, les plus âgés, les ouvriers, les cadres, bref, toutes les catégories d’âge et toutes les classes sociales. À rebours d’un art inaccessible ou élitiste. Et c’est bien ce qui s’est passé ici !

Collage des graphes à l’atelier d’écriture. ©Didier Delaine/CCAS

Comment qualifiez-vous votre art ? Revendicatif, éphémère ?

Par définition, l’art est éphémère, mais il doit vivre… Quand je colle un texte dans la rue, il peut être arraché derrière, ce n’est pas grave, puisqu’il ne m’appartient plus. Mais il a provoqué une réaction. Je ne qualifie pas mon art. Je fais des choses qui me viennent instantanément. Comme l’envie de coller dans la rue. Mais je m’interdis de me cloisonner, comme d’être cataloguée. Même si j’ai appris à tolérer le fait que les gens ont besoin de coller des étiquettes. Or je viens de l’édition, je suis graphiste, je réalise des dessins animés, etc. et je ne suis pas à l’abri d’arrêter le Street art ! Pour moi, l’art c’est avoir quelque chose à exprimer, et tous les outils sont bons pour l’exprimer. Que ce soit avec dérision, humour ou autre. Après, est-ce que mon art est revendicatif ? Je ne sais pas. Par contre, mes textes, je sais les défendre. Je dirai qu’ils sont un peu un journal intime sur tout ce qui se passe dans la société et qui m’inspire. Que ce soit sur le féminisme, la politique, l’amour, l’amitié, etc.

Cette semaine, avec les ados, à travers vos ateliers d’écriture, le “courant” est passé. Que leur avez-vous transmis ?

La transmission en tant qu’artiste, ce n’est pas le plus important. Par contre, j’aime transmettre l’idée que tout le monde est capable d’écrire. J’interviens dans les écoles tout au long de l’année et je suis à chaque fois surprise par les capacités de création des enfants. Aussi, j’aime pénétrer dans des univers scolaires soi-disant “défavorisés” et des classes où l’art est absent. Car j’aime valoriser ceux qui doutent de leurs facultés, ou les ignorent, tout simplement.

Apporter de l’art dans un village vacances, c’est le démystifier complètement.



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