Putsch en Espagne : les atermoiements du Front populaire

Portrait d'une jeune femme en uniforme, allongée sur un matelas, entre deux soldats. Armée, elle tourne le dos à ses compagnons et regarde le photographe. [1936-1939]. (Mémoires d’Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis)

Portrait d’une jeune femme en uniforme, allongée sur un matelas, entre deux soldats. Armée, elle tourne le dos à ses compagnons et regarde le photographe. [1936-1939]. (Mémoires d’Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis)

Le 14 juillet 1936, à l’occasion de la fête nationale, toutes les forces réunies dans le Front populaire défilent à Paris dans une atmosphère euphorique. En six semaines aux affaires, le Front populaire a su créer un enthousiasme et une dynamique au service des classes laborieuses, effaçant toute opposition de droite sur son passage. Le défilé – plus d’un million de personnes – du 14 juillet à Paris témoigne de la puissance de cet élan. Mais trois jours plus tard, l’unité du Front populaire va butter sur un premier obstacle, imprévisible : le putsch d’un certain général Franco en Espagne. C’est le huitième épisode de notre chronique de 1936. 

Au début, la nouvelle n’inquiète pas le gouvernement de Léon Blum. L’Espagne a une histoire politique compliquée, où les coups d’Etat ne sont pas rares. Il apparaît vite que ce général putschiste parti des îles Canaries et du Maroc espagnol a échoué à se rendre maître du pays. Madrid, la capitale politique, et Barcelone, son homologue économique, restent fermement aux mains du gouvernement républicain. Mais il apparaît aussi, au bout de quelques jours, que les putschistes, s’ils ont échoué, se sont dotés de solides positions militaires, en particulier dans le sud et l’ouest du pays. Le coup d’Etat, qui devait être rapide, se transforme en une guerre civile prenant rapidement une dimension européenne. Dès la fin juillet, l’Italie fasciste annonce l’envoi de troupes pour soutenir les armées factieuses de Franco. Peu après, l’Allemagne nazie en fait de même, détachant en particulier en Espagne une partie de son aviation.

En France, le Front populaire se trouvé écartelé par les évènements espagnols. Le gouvernement, légitimement élu, qu’a tenté de renverser Franco se revendique lui aussi d’un Frente popular. Il y a donc toutes les raisons de voler à son secours, la France étant de surcroît la plus grande puissance militaire de l’époque. Mais, au sein même du Front populaire, des courants refusent catégoriquement d’aider l’Espagne républicaine. Leurs motifs sont de deux ordres. Pour les uns, influents parmi les radicaux et une partie des socialistes, le pacifisme intégral, né de la grande boucherie de 14-18, commande de n’ajouter en aucun cas la guerre à la guerre. Pour les autres, se voulant pragmatiques, aider l’Espagne, même si elle le mériterait, aggraverait les tensions européennes. Ces deux courants forment les tenants de la non-intervention. En face, d’autres courants, animés par les communistes mais influents chez une partie des socialistes, affirment que l’antifascisme doit primer sur le pacifisme. Il s’agit en Espagne de lutter contre le pire ennemi des démocraties, et en particulier des Fronts populaires français et espagnol, que sont les fascismes.

Défilé des nationalistes à Valence (Espagne) [1936-1939]. (Mémoires d’Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis)

Défilé des nationalistes à Valence (Espagne) [1936-1939]. (Mémoires d’Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis)

La non-ingérence pour doctrine

Entre ces deux tendances, le gouvernement de Léon Blum navigue dans une ambiguïté qui penche cependant vers la non-intervention. Certes, des armes françaises sont livrées à la République espagnole, mais en sous-main (un certain Jean Moulin, directeur de cabinet du ministre de l’Air Pierre Cot, jouant en la matière un rôle de premier plan). La doctrine officielle de la France est, à compter du 2 août 1936, la non-ingérence, qui fait l’objet d’un accord entre puissances européennes : France, Royaume-Uni, Italie, Allemagne et URSS. Seules ces deux premières le respectent, Mussolini et Hitler aidant ostensiblement la rébellion franquiste tandis que Staline soutient, non sans ambiguïtés, la République espagnole.

Les gouvernements britannique et français renonçant à soutenir la République espagnole, c’est donc de la société civile, comme on dirait aujourd’hui, que naît le sursaut solidaire. Son premier mouvement vient des sportifs présents en Espagne pour les Olympiades populaires prévues à Barcelone du 19 au 26 juillet, planifiées de longue date comme une réponse aux Jeux olympiques de Berlin qui ouvriront le 1er août. Dès l’annonce du coup d’Etat franquiste, ils se portent volontaires pour combattre au côté de la République espagnole attaquée. Aux centaines de sportifs antifascistes se joignant d’emblée aux maigres forces armées de la République espagnole viendront dès la fin de l’été s’adjoindre les dizaines de milliers de volontaires des Brigades internationales. La suite de notre feuilleton consacré à l’année 1936 y reviendra.

Chronique de l’année 1936

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Quatre-vingts ans après l’arrivée au pouvoir du Front populaire, le Journal en ligne entame une chronique de cette période qui a marqué l’histoire, et se révèle aujourd’hui pleine d’enseignements.

Voir l’ensemble de la chronique 

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