Sans adieu, ou le crépuscule du monde paysan

©ACID

“Sans adieu”, le film de Christophe Agou, a fait entrer la petite paysannerie du Massif Central à Cannes. Sélectionné dans la programmation de l’ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), dont la CCAS est partenaire, le documentaire raconte la fin des petits fermiers et vignerons face à une société consumériste qui ne leur permet ni de souffler ni de transmettre leurs biens.

Il y a d’abord Claudette, 75 ans, qui, dans sa ferme cafardeuse et froide du Massif Central, peste contre son seul compagnon, Titi le chien, avant une longue conversation téléphonique avec la banque. Le Crédit Agricole lui réclame 370 euros et 66 centimes. Il y a aussi Jean-Clément, qui ne se remet pas du départ de ses vaches, prises sans qu’il puisse contester par les autorités sanitaires. On comprend que le troupeau pourrait être affecté de la maladie de la vache folle. Et il y a encore Jean, viticulteur, qui traite ses hectares de vignes, seul et triste depuis la perte de son frère. Quant à Christiane, la bergère, elle ne descend plus de sa montagne. Toutes ces figures représentent la fin d’un monde, celui de la petite paysannerie, le « prolétariat rural, pauvre alors même qu’ils travaillent et qu’ils ont des biens. Mais ces biens, ils ne peuvent complètement en disposer et encore moins les transmettre, commente Pierre Vinour, le producteur de Sans adieu. Ces biens, on les fait disparaître au fur et à mesure que leurs propriétaires meurent. Il n’y a plus de place pour une société qui répare mais davantage consommatrice ».

Jean-Clément & Raymond ©ACID

Du livre au film : portraits sensibles

Montrer comment s’efface un savoir-faire et la disparition de ses détenteurs, c’était le vœu du réalisateur Christophe Agou, mort en 2015. Il a filmé pendant plus de 12 ans ces personnages côtoyés au gré des rencontres dans ses terres natales du Forez, où il était venu se réfugier, fatigué d’avoir photographié les attaques du World Trade center à New York. Une vingtaine de ces portraits sensibles donneront d’abord lieu à un livre en 2010, Face au Silence, traduit dans une dizaine de langues. Un an plus tard, Pierre Vinour demande au photographe d’en faire un film. Christophe Agou consacre plus de 150 heures de rush – pour un film d’une heure et demie – à capter le quotidien de Claudette jusqu’à ses quatre-vingt ans et son installation dans une maison avec toutes les modernités. Nous verrons aussi Jean reprendre goût aux choses de la vie. Chacun des protagonistes a ouvert sa maison – obscurité, fouillis et accessoires compris. Jamais le regard de Christophe Agou ne caricature cette intimité, ne la trahit. Collée au plus près des visages, des corps, donnant leur dimension dans les champs ou les pâturages, la caméra en révèle une grande humanité. Elle les accompagne dans leur résistance quotidienne face aux administrations, aux banques, à la vieillesse… à la vie qui passe tout simplement. Derrière la mauvaise humeur de Claudette, par exemple, transpire une force singulière. Et une infinie tendresse pour le réalisateur. Elle est réciproque. Au point de ne jamais se dire adieu pour mieux se revoir.

Sans adieu, de Christophe Agou (1h39), sortie en salles le 25 octobre prochain.

Infos pratiques

Si vous n’étiez pas à Cannes, retrouvez la programmation de l’ACID :

– du 29 septembre au 1 er octobre au COMOEDIA à Lyon

– jusqu’au 15 octobre dans 10 salles en Normandie.

– jusqu’au 26 octobre dans 17 salles de l’Ile-de-France

L’occasion d’assister à un concert, à des avant-premières, de rencontrer des équipes de tournages et des acteurs.

Télécharger le calendrier des reprises de l’ACID

0 Commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.

Mentions Légales    I    Vie privée    I    Informations sur les cookies   I    Qui sommes-nous ?    I    Plan du site    I    CCAS ©2018

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?