Séjour passion “plantes sauvages” : le bien-être est dans le pré

Apprivoiser la nature, en apprécier toutes les qualités nécessite de mobiliser ses cinq sens. ©Elise Rebiffé/CCAS

Elles sont à portée de main dans la nature et poussent parfois même, à notre insu, dans le jardin. Début septembre, les participants au séjour passion “Plantes sauvages comestibles médicinales” du centre CCAS du Monastier-sur-Gazeille ont tenté d’en percer les mystères et de les apprivoiser, pour en apprécier les saveurs et les bienfaits.

“Tu vois ce chardon laineux ; quand tu le pèles, il y a comme un petit cœur d’artichaut. C’est délicieux !”, annonce Colette, agente retraitée des IEG (CMCAS Clermont-Le Puy). C’est au pied du mont Mézenc, dans les pâturages des Estables (Haute-Loire), tout à côté de la colo CCAS, que les participants au séjour “Plantes sauvages comestibles médicinales”, organisé du 2 au 9 septembre à la CCAS du Monastier-sur-Gazeille, effectuent leur moisson.

Pouvoir reconnaître les différentes espèces – les plus répandues –, mais également savoir les utiliser en cuisine ou comme cosmétiques, telle est l’ambition de leurs vacances. Et prendre conscience que tout se consomme ou presque. Aujourd’hui, leur mission consiste à ramasser les végétaux nécessaires à la confection d’un repas qu’ils prépareront puis partageront avec leurs collègues du séjour passion “Cuisiner bio et manger végétarien”. Ces derniers sont déjà aux fourneaux à la colo des Estables. Tête baissée, dos courbé, regard plongeant en alerte, besace à l’épaule, les cueilleurs s’attèlent à leur tâche. Ils fouinent, scrutent la pâture.

Respirer l’effluve d’une plante pour faire connaissance avec elle est la première étape de la rencontre.

Lorsque la recherche s’avère fructueuse, il convient de collecter délicatement le trésor convoité. “Le meilleur moment pour la récolte dans les champs, c’est au regain, lorsque les plantes repoussent après la première coupe”, indique Guy Lalière, botaniste et naturopathe. “Le druide”, comme aiment à l’appeler les bénéficiaires, leur livre ses astuces pour les identifier, distinguer les mangeables des nocives, leur en précise les bienfaits mais aussi la façon dont on peut en tirer profit. “Venez voir les pissenlits ! Surtout, il faut prendre les jeunes pousses au centre de la rosette. Elles doivent être souples. C’est excellent pour le foie ; en manger aide à évacuer la bile”, précise-t-il. Voilà l’un des ingrédients d’une bonne salade…

Toutes bonnes à consommer ou presque

Tel Socrate entouré de ses disciples, Guy, sollicité de toutes parts, répond volontiers aux questions. Oui, les orties peuvent être employées à autre chose que du purin. En soupe, en quiche, ou encore agrémentées d’ail des ours pour un savoureux pesto. L’urticacée pique, n’est pas très avenante, a mauvaise presse, cependant elle a des propriétés médicinales très efficaces, révélées depuis la nuit des temps. Va pour la quiche et le pesto !

Au premier abord, ces grandes feuilles vertes en triangle qui poussent en bordure des prés ne sont pas franchement appétissantes. Pourtant, les chénopodes, ou épinards sauvages, étaient autrefois cultivés dans les jardins et fort appréciés… avant de tomber dans les oubliettes. Généreux en protéines, vitamines et minéraux, ces épinards sont très goûteux, selon Guy.

La cueillette de plantes sauvages n’est pas la quête du Graal. On est sûr de rapporter des trésors fabuleux. ©Elise Rebiffé/CCAS

“On les appelle chénopodes bon-Henri car ils accompagnaient la fameuse poule au pot d’Henri IV. On peut également manger leurs graines noires qui ressemblent au quinoa”, raconte-t-il. “On les cuisine comme des épinards”, confirme Daniel, électricien en retraite (CMCAS Loire). S’il a participé à différents séjours passion, cette fois, c’est Raymonde, son épouse, qui a souhaité venir. “J’avais regardé un reportage sur les herbes sauvages, qui m’a donné envie de les découvrir. Ici, on joint l’utile à l’agréable”, apprécie-t-elle. “Guy nous donne des trucs pour reconnaître les plantes et différencier celles qui se ressemblent”, poursuit Daniel. En bon élève, il est désormais parfaitement capable de distinguer l’oseille de la renouée bistorte, communément appelée bouine dans la région, dont les feuilles sont presque identiques.

À gauche, une feuille d’oseille sauvage (ne pas confondre avec l’arum, qui est toxique) ; à droite, une feuille de bouine. ©Elise Rebiffé/CCAS

Et qu’en est-il des fleurs des champs ? Primevère, violette, pourpier, réséda, campanule, pensée, pâquerette, reine des près… toute une variété de fleurs, connues de tous, qui peuvent être dégustées. Certains chefs étoilés les ont d’ailleurs inscrites à leur menu. Le colchique attire l’œil des cueilleurs. Et pour cause, on le trouve en abondance ; puis avec ses ravissantes fleurs mauves en forme de tulipe, il se distingue de ses congénères. “Beau mais toxique !”, tranche Guy. On oublie donc le colchique ! Ou alors pour en faire un bouquet d’ornement. La pensée sauvage est elle aussi très jolie… Et parfaitement comestible. Elle égaiera la garniture de rouleaux de printemps faits maison.

“Guy, quelle est cette plante ?”, interroge Fernande, agente retraitée des IEG (CMCAS Clermont-Le Puy). Cette minuscule pâquerette blanche, entourée d’un abondant feuillage bien vert, qui pousse en touffes rases est un mouron blanc, aux dires du druide. “Succulente en salade”, paraît-il. Fernande connaît la plupart d’entre elles ainsi que leurs caractéristiques sans toutefois pouvoir les nommer précisément. “Plutôt qu’à la fin de l’été, j’aurais programmé le stage au printemps parce que les plantes y sont plus nombreuses et variées. Mais je suis enchantée ! Et puis, on va apprendre à confectionner des onguents”, s’enthousiasme la doyenne du groupe.

En préparation culinaire ou cosmétique, tout est exploitable dans les végétaux sauvages. ©Elise Rebiffé/CCAS

Colette aussi connaît le monde végétal comme sa poche. Randonneuse, botaniste autodidacte, elle fait partie du Conservatoire d’espaces naturels (CEN) de l’Auvergne. “C’est l’aspect cuisine qui m’amuse. De toute façon, on découvre toujours de nouvelles choses dans les stages”, affirme-t-elle. Passionnée de dessin, aquarelliste chevronnée, Colette a encadré dans les centres de vacances CCAS et dispense toujours des cours aux enfants, dans un centre social de Clermont-Ferrand. Au milieu des champs, carnet en main, elle prend plaisir à croquer sur le vif ses camarades.

Kathya, fille d’agent (CMCAS Poitiers), aime aussi dessiner. “Je n’y connais rien en botanique, alors je dessine les plantes pour m’en souvenir. J’apprécie le processus : on va cuisiner et manger ce qu’on a ramassé. C’est un séjour insolite”, commente la jeune fille. “En fait, on marche sur notre repas, plaisante Sylvie, ayant droit (CMCAS Metz-EDF). Le pré est un vrai garde-manger !” Les besaces sont bien remplies, la cueillette, plutôt réussie. Certaines herbes seront cuisinées ; d’autres serviront à la fabrication de cosmétiques et de baumes curatifs.

Des alliées qui nous font du bien

C’est entendu de tous, la nature, si généreuse, nous nourrit… raison de plus pour en prendre soin ! Mais beaucoup ignorent encore qu’elle peut également apaiser nos petits bobos, voire nous remettre sur pied. Les plantes sauvages sont une manne pour peu que l’on s’y intéresse. Il y a fort longtemps déjà que Sylvie s’est penchée sur la question des médecines alternatives et douces. Pour cette diplômée d’aromathérapie, les huiles essentielles n’ont plus de secret.

Confectionner une crème de beauté est un jeu d’enfant : de bons ingrédients naturels et le dosage adéquat. ©Elise Rebiffé/CCAS

Se soigner grâce aux extraits tirés des végétaux (aromathérapie) ou grâce à leurs fleurs, feuilles, tiges, bourgeons ou racines (phytothérapie) constitue l’ensemble d’une même science. “De l’aromathérapie à la phytothérapie, cela semble être une suite logique de consommer les plantes”, déclare-t-elle. “On apprend toujours quelque chose, de nouvelles recettes. De toute façon, j’aime rencontrer de nouvelles personnes”, explique Sylvie. La matinée est consacrée à la confection de macérats huileux, onguents et autres baumes.

Apprivoiser les secrets des végétaux pour en révéler les bienfaits médicinaux et pouvoir créer ses propres remèdes préventifs ou curatifs captive visiblement les uns et les autres. Là encore, il s’agit de se faire plaisir, de prendre soin de soi. “Ce qu’on mange nous soulage et peut même nous guérir”, fait remarquer Colette. Tout est une question de dosage. “J’aime les plantes ; je me soigne avec elles. Tout l’intérêt du stage est d’apprendre à les utiliser”, considère Patricia, enseignante de yoga, ayant droit (CMCAS Gironde). “J’adore Guy, c’est un passionné autodidacte qui partage son expérience. J’aime aussi l’idée du groupe. On a tous quelque chose à s’apporter les uns les autres”, rappelle-t-elle.

Macérat huileux de millepertuis efficace contre les brûlures bénignes et les coups de soleil. ©Elise Rebiffé/CCAS

La fabrication d’un onguent anti-inflammatoire pour calmer les petits bobos, puis celle d’un baume raffermissant pour le visage, à base de cire d’abeille, de karité et d’huiles essentielles, remportent les suffrages. Et cela ne semble pas si compliqué. “Mon mari ne va pas me reconnaître”, en rigole Patricia. Pour Nadine (CMCAS Toulouse), agente en retraite, c’est le top. “Le séjour répond totalement à mes attentes. C’est complémentaire avec ma formation horticole. Je le recommande ! Par méconnaissance, je suis passée à côté de cette richesse, confie-t-elle. Autrefois, on avait conscience que la nature abritait des trésors. Il faut revenir à une alimentation plus saine.” Protéger dame Nature pour se préserver soi, une évidence désormais pour le groupe.

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