« Combien de pas jusqu’à la Lune » : Katherine Johnson, une Afro-Américaine à la conquête de l’espace

Carole Trébor, rencontres culturelles CCAS 2022

Carole Trébor fait partie des auteurs et autrices choisi.es par la CCAS pour animer les Rencontres culturelles estivales 2022. ©Marie-France Bove

Comment atteindre les étoiles lorsque l’on naît femme, pauvre et noire dans une Amérique ségrégationniste ? C’est le destin hors norme de la mathématicienne Katherine Johnson que raconte Carole Trébor, dans « Combien de pas jusqu’à la Lune ». La biographie romancée détaille le parcours invraisemblable de cette matheuse de génie, qui participa à la conquête spatiale.


L’histoire

Combien de pas jusqu'à la lune, de Carole Trébor, Albin Michel JeunesseKatherine, benjamine d’une famille de quatre enfants, passe ses journées à compter : le nombre de pas pour aller à l’école, la hauteur des arbres, la distance qui sépare la Terre de la Lune… Grâce à ses capacités exceptionnelles, elle entre au lycée à 10 ans, et obtient ses diplômes universitaires à 18 ans. Elle commence ensuite une carrière de professeure, mais c’est un autre avenir qui l’attire… Carole Trébor conte ici l’histoire extraordinaire de Katherine Johnson. Cette mathématicienne afro-américaine s’est éteinte en 2020 à l’âge de 101 ans.

« Combien de pas jusqu’à la Lune », de Carole Trébor, Albin Michel, 2019, 11,93 euros (tarif CCAS sur la Librairie des Activités Sociales), au lieu de 15,90 euros.

Ce livre a été choisi par la CCAS pour sa dotation lecture 2022 : commandez-le sur la Librairie des Activités Sociales (avec une participation financière de la CCAS et des frais de port offerts ou réduits).


Carole Trébor : « Le savoir, c’est la liberté »

Qui est Katherine Johnson ?

Carole Trébor Une mathématicienne afro-américaine qui a travaillé à la Nasa dans les années 1960. Elle est connue pour avoir calculé la trajectoire des premières fusées américaines envoyées dans l’espace, notamment celle de Neil Armstrong, envoyée sur la Lune en 1969. Elle est un symbole aux États-Unis.

Qu’est-ce qui vous a fasciné dans ce personnage, au point d’y consacrer une biographie romancée ?

En fait, lorsqu’on m’a parlé d’elle, je ne la connaissais pas. Katherine Johnson s’est battue pour devenir une grande mathématicienne, dans une Amérique ségrégationniste et dans le milieu extrêmement misogyne de la Nasa. Cette fillette noire et pauvre finit par être celle qui calcule la trajectoire des fusées américaines envoyées dans l’espace, c’est-à-dire l’une des réalisations humaines les plus extraordinaires du XXe siècle. Cette scientifique participe à la réussite d’un événement exceptionnel et universel : les premiers pas des hommes sur la Lune. Il y avait donc pour moi un enjeu féministe.

C’est l’occasion également de rendre hommage aux femmes scientifiques restées sous la tutelle des hommes…

Pendant des siècles, l’étude des sciences a été interdite aux femmes. Impensable d’envisager qu’elles deviennent physicienne, mathématicienne, médecin… Leur domaine réservé était le foyer, l’éducation des enfants. En revanche, tout ce qui est de l’ordre de la raison, de la science était dévolu aux hommes, parce que cela relève de la responsabilité et de la modernité du monde. Quelques-unes ont cependant bravé les interdits, en se faisant passer pour des hommes, en étudiant clandestinement.

Puis, lorsqu’elles ont eu enfin accès aux études scientifiques (après la Première Guerre mondiale), elles sont restées malgré tout – à quelques rares exceptions près – dans l’ombre des hommes, en tant que collaboratrices, assistantes du grand chercheur, du grand professeur… Parce qu’elles ne signaient jamais leurs travaux de recherche. C’est une autre injustice. Aujourd’hui, l’historiographie met en lumière la réalité de leur fonction et tente de réhabiliter leur rôle.

Katherine Johnson a déjoué tous les obstacles du déterminisme social, racial et de genre. Comment l’expliquez-vous ?

Par son génie en mathématiques. Elle est réellement surdouée et dotée d’une énorme capacité de travail, qui force le respect. La Nasa, créée en 1943, a besoin de main-d’œuvre, y compris noire. Katherine y entre comme calculatrice, c’est-à-dire comme technicienne. Dans une époque ségrégationniste, elle reste à sa place et n’entre pas en conflit. Elle se répète sans cesse la phrase de son père : « Tu n’es pas meilleure que les autres, mais les autres ne sont pas meilleurs que toi. »

Humble, déterminée et tenace, elle concentre son énergie sur son travail, ne se disperse pas. La jeune mathématicienne fait ses preuves, trouve sa place au sein des ingénieurs qui finissent par la respecter pour ses compétences. Puis, Katherine gravit les échelons jusqu’à ce qu’on lui confie de plus en plus de responsabilités, jusqu’à devenir celle qui a contribué à envoyer le premier homme marcher sur la Lune.

Katherine Johnson se bat pour l’éducation et l’instruction des enfants, milite pour les droits civiques des Noirs, pour l’égalité des femmes, pour l’égalité des chances.

Était-elle militante ?

En dehors de son travail, Katherine Johnson est très impliquée dans son église et engagée dans une association de femmes noires américaines. Elle se bat pour l’éducation et l’instruction des enfants, milite pour les droits civiques des Noirs, pour l’égalité des femmes, pour l’égalité des chances. Celle qui a longtemps enseigné les maths pousse les filles à faire des études supérieures. Pour faire évoluer les droits des Noirs, pour faire bouger les lignes, il faut former des avocats, des juristes, des scientifiques. Car, la liberté passe par le savoir. Ensuite, quand elle est à la retraite, Katherine Johnson sillonne les campus américains, prônant l’égalité des chances et des sexes, en affirmant : « On a tous le même cerveau ; les garçons ne sont pas meilleurs que les filles. » L’instruction est donc fondamentale, c’est une clé pour lutter contre le déterminisme.

Cet été, vous présenterez aux ados une lecture théâtralisée de « Combien de pas jusqu’à la Lune ». En quoi consiste-t-elle ?

La lecture d’un livre a du mal à s’imposer chez les ados, face à la surabondance des écrans. J’ai développé depuis deux ans une lecture théâtralisée avec deux comédiens de la Compagnie Carrelage Collectif : Paul Scarfoglio (qui joue dans la série Skam et dans La Petite Histoire de France) et Adrien Madinier. L’idée est de théâtraliser le roman, c’est-à-dire de le mettre en scène, de l’interpréter, de placer des moments d’improvisation qui permettent d’entrer en relation avec les jeunes, de les faire participer.

Ainsi, les ados ont une idée du genre romanesque, du langage romanesque, mais en même temps, c’est vraiment du théâtre. Je fais suivre la représentation théâtrale d’une petite conférence documentée avec des photos de Katherine Johnson, des lieux où elle a grandi… Tout cela facilite les échanges avec eux et leur donne souvent envie de lire le livre.


Les Rencontres culturelles

Comme Carole Trébor, des auteurs et des autrices sont choisis chaque année par la CCAS pour partager leur passion de l’écriture et échanger avec vous sur leurs ouvrages, disponibles dans les bibliothèques de vos villages vacances, dans le cadre des Rencontres culturelles.

Retrouvez les Rencontres culturelles de l’été sur
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