Sur des accords mineurs

Jeanne Bayle (à g.) et Anne Derrien (à dr.), avec leur groupe Les franges-in. ©DR

Educatrice spécialisée, Jeanne Bayle a encadré des mineurs réfugiés pendant trois mois, accueillis à la colo de Vioux (Corrèze). Loin de tout misérabilisme, mais avec empathie, la jeune femme se raconte en chansons, avec “A l’ombre de la liberté” et “Le monde entier est un mouchoir”.

Les aléas du boulot ont, malheureusement pour elle, écourté l’aventure. Et c’est avec “regret et frustration” qu’elle a quitté les lieux prématurément. Intervenante pour le CAOMI (centre d’accueil et d’orientation pour mineurs étrangers) en tant qu’éducatrice, sur la colo de Vioux à Bort-les-Orgues, Jeanne a donc voulu graver ces instants de bonheur, de douleur et de partage avec les réfugiés oromos et soudanais.

Car à contre-courant des “distances affectives à préserver, fondamentales pour exercer ce métier…”, la jeune auvergnate d’origine a été submergée par l’émotion. En Corrèze, au sein de ces chercheurs de liberté, la musicienne (10 ans de piano classique) s’est servie de ce langage universel pour dialoguer. Etablir une relation de confiance et faire aussi resurgir les états d’âme des réfugiés. A coup de mots et de notes, empreints de lyrisme. Pour deux morceaux “intimes” : “A l’ombre de la liberté” et “Le monde entier est un mouchoir”, reflets “de cette vie en autarcie, où les envies de suicide de certains, les assertions déchirantes d’autres (“un jour, un jeune réfugié m’a dit : je vis à l’ombre de la liberté”) se sont confondues.

©DR

Aujourd’hui avec son amie Anne Derrien, au sein des Franges-in, Jeanne poursuit son chemin. De “militante humaniste et de citoyenne universelle.” Selon son propre tempo et ses propres envies, tout en suivant, en parallèle, le parcours des réfugiés beaucoup moins affranchis de leur destin. “L’important c’est qu’ils soient où ils ont envie d’être, car ils n’ont jamais eu le choix avant.” Un dilemme que celle qui “affectionne” l’écriture ne connait finalement pas.

Tout en sillonnant les épreuves, à sa manière, pour atteindre son but, en compagnie de son acolyte, avec laquelle, depuis le début de l’année, elles se produisent tous les weekends, dans des bars, pour partager en musique leurs expériences de vie. “C’est notre but comme celui de progresser. D’ailleurs nous prenons des cours de guitare et chant.”

A l’ombre de la liberté

Non ce n’est pas sans larmes, que j’ai dû baisser les armes
Disant au revoir dans les yeux, mon cœur au fond vous soupire adieu.

L’amour que vous m’avez donné, seules ces larmes vous ont remercié,
Dans ce travail on ne doit pas aimer, alors arrêtez-moi car je l’ai fait !

En Ethiopie, je me suis envolé, goûté à l’injera et bu du café,
De Robe à Bale en passant par Jimma, mes ailes ont effleuré Addis-Abeba !

A Bort-les-Orgues, je vous ai rencontrés, enfermée dans un centre j’ai voyagé,
Etrangers réfugiés sans couleurs ni papiers, après la Jungle de Calais le temps s’est arrêté.

L’interrogation arrosant vos demains, une force sacrée se lit pourtant dans vos dessins,
Les réfugiés n’ont-ils vraiment pas de place ? Car sans cailloux, ils retrouvent toujours leurs traces.

Impuissante, immature et fragile, c’est seulement ma passion qui m’a donné des piles,
Aimer est un poison pour un professionnel, mais je n’ai pas raison : moi, il me donne des ailes.

Tests médicaux, interrogatoires, non ! je ne vous parle pas de rats de laboratoires,
Depuis un an, ils voyagent comme des animaux, on en oublie au fond que nous sommes tous égaux.

Savoir si oui ou non, vous êtes des enfants, je n’en ai rien à foutre ! Dans vos yeux j’oublie le temps,
Si vous êtes orphelins, et lisez le coran, tout ça m’est bien égal, même votre sang.

Kadu m’a dit un jour, “je vis mais éclaté, sous un très gros nuage à l’ombre de la liberté”,
Tous ces garçons en noir m’ont emplie de lumière, car j’ai vu dans l’horreur danser leurs prières.

Si je peux espérer, non sans prétention, lever un peu le voile de leur cœur en prison,
En aspirant la haine dans mes mains assoiffées, atténuer leur peine, et puis m’en aller.

Et sans parler le même langage, on a tourné ensemble les mêmes pages,
Le silence des couleurs n’a pas besoin de notes, car le cri de leur douleur ressemble à des menottes.

Si dans leur jungle ces oiseaux n’ont pas d’ailes, pas besoin de voler, ils s’en remettent au ciel
En stoppant les camions et rasant le bitume, ces petits chats y ont perdus beaucoup de plumes,

A travers Géricault et le Radeau de La Méduse, on voit tous ces bateaux où personne ne s’amuse,
Ces quelques naufragés eux y ont survécus, à quel prix je demande : leur jeunesse est perdue !

1 Commentaire
  1. MAIRAL Jean Claude 2 années Il y a

    Appel à participation aux 3èmes Rencontres francophones du film jeunes reporters de Vichy

    Après 205 et 2016 le Club audio-visuel de Vichy et l’association “Sur les pas d’Albert Londres” organisent les 23 et 24 novembre 2017 “les 3èmes Rencontres francophones du film jeunes reporters” avec un concours doté de 4 prix qui récompenseront les films choisis par le jury. Les films présentés doivent rendre compte d’un événement, d’une idée, d’une émotion. Le thème des films choisi est : « Mon quartier, mon village, ma ville, mon territoire ». L’auteur est seul responsable de ses propos qui devront respecter les lois et règlements publics en vigueur.
    Le but de cette réalisation demeure la transmission, voire le partage, d’un événement, d’une idée, d’une émotion…
    La durée de projection de chaque montage est comprise entre 3 et 10 minutes maximum.
    Pour pouvoir participer, les auteurs doivent avoir de 18 à 35 ans, une copie de leur pièce d’identité est obligatoire.
    Chaque participant peut présenter au maximum deux films. Les films ne doivent pas avoir été primés dans un autre festival.
    Les 3èmes Rencontres francophones du film jeunes reporters se déroulerons dans le cadre du forum “journalisme et société” organisé par le pôle universitaire de Vichy
    Parallèlement à ce concours et à la projection des films auront lieu différentes manifestations au pôle universitaire de Vichy, dans des quartiers de la ville, des communes de la région et des établissements scolaires. Si des jeunes salariés de l’énergie et des centres de vacances de la CCAS sont intéressés bien vouloir contacter Jean Claude Mairal, président de “Sur les pas d’Albert Londres”, courriel: jcmairal@yahoo.fr

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