Un concert lyrique en livestreaming “sympa, joyeux et festif !”

Claire-Elie Tenet (à g., soprano et contrebasse) et Julie-Anne Moutongo-Black (mezzo soprano) jouent les divas de cabaret des Années folles, accompagnées au piano par Justine Verdier. ©Le Squall

Afin de prolonger la fête de la musique, la CCAS a proposé aux agents et leur famille un nouveau spectacle en livestreaming le 22 juin dernier. Après l’humour vachard de Waly Dia et le rap explosif de Kery James, c’est l’opéra qui s’est invité dans les salons de tous les bénéficiaires. On vous dévoile les coulisses de cette soirée aussi joyeuse que particulière, qui augure des retrouvailles imminentes entre les artistes et leur public dans la chaleur de l’été…

“Une renaissance !”. C’est un véritable cri du cœur lancé par le trio de musiciennes Justine Verdier (pianiste), Julie-Anne Moutongo-Black (chanteuse mezzo soprano) et Claire-Elie Tenet (soprano), lorsqu’on les interroge à chaud à la fin de leur spectacle. Pour la première fois depuis près d’un an, elles sont remontées sur scène afin d’offrir aux bénéficiaires des Activités Sociales un concert inédit de chant lyrique, diffusé en livestreaming sur le site web de la CCAS. “C’était comme se réveiller un matin de Noël !”, ajoute Justine.

En cette soirée de juin, le vent froid qui fait frissonner les quelques spectateurs qui patientent devant le théâtre Apollo, fait en effet davantage penser à la saison évoquée par la pianiste, qu’au deuxième jour de l’été. Pourtant “l’électricité dans l’air est palpable”, déclare Julie-Anne. Et pour cause : c’est jour de réouverture officielle après un an de crise sanitaire pour cette salle de spectacles située dans le 11e arrondissement de Paris.

Claire-Elie Tenet et Julie-Anne Moutongo-Black enflamment la salle en interprétant des extraits du “Carmen” de Bizet. ©Le Squall

L’ouverture des portes permet enfin aux quelques amateurs d’opéra d’échapper à la fraîcheur de la rue. Des proches ou amis des musiciennes sont venus constituer un noyau de public afin de les encourager et de redonner au spectacle son caractère bien vivant. Avec, côté public, une jauge limitée sur place – mesures sanitaires obligent – mais, on l’espère, de nombreux mélomanes derrière leur écran, passionnés de musique classique ou non.

Les présents avaient presque oublié l’excitation qui précède l’entrée dans une salle de spectacle : les fauteuils d’un rouge éclatant qui détonnent sur le décor noir qui les entoure, la descente fébrile des marches jalonnées de petites lumières LED… Le brouhaha des conversations mâtinées de quelques rires résonne dans cet espace inoccupé depuis tant de mois. Sur scène, un piano et une contrebasse couchée au sol, attendent sagement d’être réveillés de leur long sommeil.

Noir. Silence. Le rituel immémorial commence. Justine Verdier s’installe derrière le grand piano à queue, bientôt rejointe par Claire-Elie Tenet, qui s’empare de la contrebasse, et Julie Anne Moutongo-Black. Roses dans les cheveux, longues robes fluides rouge ou noire donnent quelques indices sur la première œuvre interprétée. Puis c’est l’explosion. Le trio entonne l’air endiablé du célèbre “Toreador” extrait du “Carmen” de Bizet.

Ça nous a fait un bien fou !

Le public commence à s’agiter sur les fauteuils. “Ça nous a fait un bien fou !” explique Julie-Anne. “Nous mesurions aussi notre chance d’avoir cette opportunité de remonter sur scène grâce à la CCAS, car beaucoup d’artistes se sont effondrés pendant la crise”. “Cela représentait aussi pas mal de pression, car notre métier exige une pratique permanente, et nous ignorions si nous étions capables de remettre ça, après tant de temps”.

Entre chaque morceau, les musiciennes improvisent des transitions humoristiques, libérant les rires si longtemps contenus. “Nous étions très heureuses de proposer ce concert en livestreaming, mais aussi d’avoir un peu de public dans la salle. Sans lui, nous ne pouvons pas pratiquer notre métier, nous n’existons pas, poursuit Claire-Elie. C’est lui qui nous communique son énergie, qui nous donne l’impulsion nécessaire. Grâce au livestreaming, des dizaines de personnes peuvent partager notre concert, mais il ne peut être dissocié de la présence du public face à nous”.

Un trio profondément complice

Les trois jeunes femmes, menant chacune une brillante carrière solo internationale, se sont rencontrées il y a trois ans lors de la cérémonie de remise des Orphées d’or (prix destinés à récompenser les meilleurs enregistrements dans le domaine lyrique) organisée par la Société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes (Spedidam).

“J’ai fait le lien entre Justine et Julie-Anne, explique Claire-Elie. Au bout de dix minutes, nous avions l’impression de nous connaître depuis l’enfance. Il y avait quelque chose d’évident entre nous”. “Ce trio est un petit diamant dans nos vies”, ajoute Justine.

Le trio revisite “La Barchetta” de Reynaldo Hahn, dans une version toute en émotion contenue. ©Le Squall

“Ce qui est formidable, c’est la diversité de nos carrières. Les projets individuels que nous menons ailleurs avec d’autres personnes nous font progresser et nourrissent constamment nos projets collectifs, enchaîne Julie-Anne. Cela crée une émulation incroyable entre nous”.

Et leur complicité, sur scène comme en interview, est patente. Entre deux extraits d’œuvre, elles s’interpellent, se taquinent, et leur plaisir est communicatif. On passe des tirades enflammées de Carmen, à l’univers plus feutré des canaux de Venise, où l’amour est chanté plus calmement chez Puccini ou Hahn. Les vibratos néanmoins douloureux font frémir les cœurs les plus insensibles.

Désacraliser le chant lyrique

“Le programme de ce soir a été conçu sur mesure pour la CCAS, raconte Julie-Anne. Nous nous sommes demandé comment nous pourrions faire partager notre passion et notre plaisir à des spectateurs qui ne sont pas forcément familiarisés avec la musique classique en général, et avec l’opéra en particulier. Nous avons donc opté pour un brassage des genres et des époques, en reprenant des œuvres que les gens ont forcément déjà entendues et d’autres moins connues. S’adresser à un public non initié est un véritable enjeu pour nous. Pour cela, il faut aller chanter dans des lieux où l’on ne s’attend pas à entendre de l’opéra, comme les Ehpad, les écoles ou… l’Apollo théâtre !”.

Nous essayons de montrer que l’opéra peut être sympa, joyeux et festif !

Justine approuve : “Certains chanteurs d’aujourd’hui très écoutés par les jeunes comme Maître Gims se mettent au chant lyrique, ce qui ne peut que contribuer à faire connaître ce genre musical”. Claire-Elie a d’ailleurs elle-même enregistré un titre avec le chanteur pop Slimane, vainqueur de l’émission The Voice : “Par ailleurs, complète-t-elle, je suis beaucoup plus détendue face à des spectateurs qui n’ont pas forcément des références très pointues de grands chanteurs d’opéra dans l’oreille et m’attendent au tournant. Et cette absence de pression me rend bien plus performante !”.

Et Julie-Anne de poursuivre : “C’est pour cela que nous avons eu beaucoup de plaisir à transmettre au public notre goût pour cette musique ce soir. Il faut démocratiser l’opéra ! Ce n’est pas forcément quelque chose de pompeux et d’élitiste. C’est simplement de la musique, et nous essayons de montrer que cela peut être sympa, joyeux et festif”.

Et pour l’aspect joyeux et festif, quoi de plus naturel que de terminer le programme par des chansons des Années folles et suivantes ? Nos trois divas ont troqué les longues robes en soie contre des fourreaux à paillettes éblouissantes, et entraînent la salle dans une version déjantée de “Cheek to cheek” tube jazz composé initialement pour Fred Astaire et Ginger Rogers. Cette version 2.0 du cabaret des années 30 fait exulter le public qui ressort ravi du théâtre. Avant d’aller continuer à s’enjailler dans l’un des nombreux débits de boisson voisins.


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