Violences sexistes : “Auprès des jeunes, on doit déconstruire les stéréotypes sur le consentement”

©Camille Besse/CCAS

Pour Clémentine Lévy, responsable de l’animation et de la formation à la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), partenaire des Activités Sociales, la prévention dès le plus jeune âge est le meilleur rempart pour lutter contre les stéréotypes et les violences envers les femmes.

La Fédération nationale solidarité femmes, partenaire de la CCAS et du Comité de coordination des CMCAS depuis juin 2017, est une coordination de 68 associations réparties sur tout le territoire, spécialisées dans l’hébergement et l’accompagnement des femmes victimes de violences et de leurs enfants. La FNSF initie ou anime des actions de sensibilisation, de formation et de prévention. Leur expertise alimente chaque année un observatoire, en lien avec les pouvoirs publics. La FNSF gère également le numéro national d’écoute 3919, Violences Femmes Info.


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À partir de quel âge intervenez-vous auprès des jeunes ?

Nos actions de prévention se déroulent dès la maternelle, à la demande d’un établissement scolaire ou d’une institution. Dans les premières classes d’âge, les questions portent   principalement sur les rôles au sein de la famille (que fait maman, que fait papa ?) et sur l’égalité entre les filles et les garçons. À partir de la sixième et jusqu’à l’âge adulte, on s’intéresse au respect dans les relations amoureuses et à la prévention des violences.

Sur quel type de support vous appuyez-vous ?

Les associations de la FNSF proposent des jeux, des théâtres forums, des quiz, des “photolangage”, qui consistent notamment à décrypter une pub en se questionnant sur son sens. Dans le primaire, quand il y a un projet de ce type, on fait toujours participer les parents. Il ne faut pas qu’à l’école l’enfant entende certaines choses qui n’aient pas d’écho dans la famille. Nous organisons, par exemple, des ateliers de déconstruction de stéréotypes avec les instituteurs et les parents. On y parle des rôles, des jouets “pour garçons” et “pour filles”, des lectures… Parfois, après ces ateliers, les parents remettent en question leur façon de vivre.

Rencontrez-vous des résistances parmi les jeunes ?

Oui, et elles sont massives. Elles sont aussi plus compliquées à gérer que par le passé, car elles sont croisées avec d’autres problématiques, comme celle de la religion. Tout extrémisme religieux, quel qu’il soit, représente un frein. Idéalement, il faudrait une dynamique autour de la question des violences faites aux femmes, tous les adultes allant dans le même sens. Or, souvent, il s’agit d’initiatives individuelles de profs ou de proviseur·es hyperengagé·es, de municipalités… Il faudrait que ça résonne dans toutes les instances autour du jeune.

Comment percevez-vous votre rôle ?

Les établissements peuvent nous percevoir comme des “pompiers”, mais on n’aime pas ça, car notre objectif est la prévention. Il ne suffit jamais d’intervenir a posteriori, par exemple dans un lycée où un comportement sexiste ou une violence sexuelle a eu lieu, comme des attouchements, car une main aux fesses dans les toilettes, c’est de la violence sexuelle. Sans volonté politique de fournir aux associations des moyens financiers,  les comportements sexistes perdureront.

Il faut mener un travail de fond, et un travail transversal dans toutes les matières : qu’on aborde la question des femmes en histoire, leur rôle économique en économie, la question de la sexualité en SVT… Voilà qui aurait du sens et induirait un changement de comportement, une prise de conscience. C’est tout le groupe qui doit adhérer : il y a donc un gros travail à effectuer avec le collectif. Car, à cet âge, la socialisation est importante : un gamin qui prend conscience de ses comportements irrespectueux ne se désolidarisera pas de ses pairs.


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L’Éducation nationale a-t-elle compris qu’il fallait agir en ce sens ?

Elle l’a compris, mais ce n’est pas pour ça qu’elle agit. L’ABCD de l’égalité a bien été retiré des écoles [testé avec succès dans 600 classes de maternelles et de primaires, ce dispositif proposé sous Hollande avait suscité une vive polémique, ndlr].

Avez-vous observé une évolution chez les jeunes ?

Ils pensent qu’il n’y a pas de problème, que l’égalité est une chose acquise ! Mais si l’on creuse les attentes des garçons et des filles, là, ça commence à coincer. Notamment dans le comportement amoureux et le respect de l’autre. L’hypersexualisation des filles et des garçons est également un problème.

Due au porno ?

C’est même le gros problème ! Des enquêtes montrent que les premières effractions d’images porno sur des sites ont lieu vers l’âge de 8 ans, et les films porno vers 10 ou 12 ans. Or si l’apprentissage de la sexualité s’effectue par ce canal, les garçons vont croire qu’une sexualité normale consiste à faire mal à l’autre, et ils seront violents pour affirmer leur virilité. Quant aux filles, elles regardent des pornos pour répondre aux attentes des garçons.

Il faut donc déconstruire beaucoup de stéréotypes sur la notion de consentement. Car il n’y a pas que dans les films porno qu’il y a du porno, il y en aussi par exemple dans les clips de musique, où tout est suggestif. Il faut déconstruire ces représentations pour montrer que ce sont des constructions qui ne vont pas dans le sens du respect de l’autre.

Assiste-t-on à une banalisation de la violence ?

La violence verbale comme la violence physique sont totalement banalisées. J’exagère un peu, mais on peut dire que dans la tête des jeunes, il n’y a pas trop de différence entre taper sur une fille ou sur un punching-ball. Or, banalisation rime avec tolérance à la violence. Les adultes victimes de violences sont très tolérantes à la violence, parce qu’elles en ont été victimes jeunes : elles placent le curseur de l’acceptabilité très loin. Tout comme les garçons.

C’est pour cette raison que la prévention doit commencer très jeune, pour éviter ces comportements à l’âge adulte. Si un travail de fond multidisciplinaire démarre tôt et trouve un écho dans la durée, il y aura des effets positifs. Il faut vraiment tabler sur l’éducation pour former des citoyens qui soient respectueux de l’autre.


Numéro national Violences Femmes Info : le 3919

La FNSF gère le 3919 Violences Femmes Info, service national d’écoute, d’information et d’orientation pour toutes les violences : violences conjugales, violences sexuelles, mariages forcés, mutilations sexuelles féminines, violences au travail…

Le 3919 est anonyme et gratuit. 
L’année dernière, la plateforme a reçu plus de 60 000 appels.

Un seul message : que vous soyez vous-mêmes victime de violences, qu’une amie, collègue, ou membre de votre famille soit concernée : appelez le numéro d’écoute national 3919 Violences Femmes Info, où vous trouverez écoute, informations et aide pour enrayer le cycle des violences.

Site internet de la FNSF : www.solidaritefemmes.org

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