Webinaire. Consommation, conduite addictive et dépendance : on fait le point

Illustration de la thématique "addictions", webinaire Camieg Cap santé 2022

©CSA-Printstock/Getty images

Comment naît une conduite addictive ? Quels sont les ressources en cas de suspicion d’addiction ? Une consommation ou une pratique régulières, sans dépendance, sont-elles sans danger ? On fait le point avec Nadège Viriot, formatrice chez Adixio, intervenante du webinaire Cap’s ou pas Cap’s organisé par la Camieg et les Activités Sociales le 19 octobre.

Consommation, conduite addictive et dépendance

Prendre un verre, fumer une cigarette, aller à la salle de sport, scroller sur les réseaux sociaux, jouer au loto… Ces activités anodines sont pratiquées par des millions de Françaises et de Français, occasionnellement ou quotidiennement. Elles concernent 52 millions de personnes pour les réseaux sociaux, 47 millions pour l’alcool, 37 millions pour le tabac, 21 millions pour les jeux d’argent et de hasard (selon l’OFDT) et 6 millions pour les salles de sport.

Il y a donc de grandes chances que vous soyez concerné par une ou plusieurs de ces activités, ou que vos proches le soient. Toutes sont légales et encadrées, accessibles à tous les majeurs ; et si certaines font l’objet de restrictions publicitaires (publicité interdite totalement ou sur certains supports, accompagnée obligatoirement d’un message de prévention), elles ne sont pas perçues immédiatement comme des pratiques dangereuses pour la santé et la société.

De fait, elles n’en sont pas exactement, du moins jusqu’à un certain point. Lorsqu’on pense « drogue » ou « toxicomanie », on pense plus volontiers cannabis, cocaïne, héroïne et ecstasy que tabac, café, alcool et antidépresseurs. Quant aux cyberaddictions, elles évoquent plutôt les jeux vidéo multijoueurs que la belote en ligne.

Certaines addictions passent ainsi plus facilement sous les radars de notre vigilance. Voire sont reportées sur certaines catégories de population, victimes de préjugés, remarque Nadège Viriot, intervenante du webinaire : « On voudrait mettre le numérique, les jeux vidéo, l’alcool et les drogues sur le dos des jeunes. Prenons l’alcool : il est vrai que la consommation des mineurs de 17 ans est préoccupante. Mais ils l’identifient aussi plus facilement comme une drogue : ils savent pourquoi ils en consomment, et recherchent l’ivresse, là où nombre d’adultes nient les excès et les dépendances à l’alcool, sous prétexte qu’il s’agit de convivialité, ayant connu une époque où il existait une certaine tolérance pour l’alcool. »

« Le vin, c’est pas de l’alcool » : arhive INA

Or, la manière dont est perçue l’addiction joue grandement dans sa reconnaissance chez soi et chez les autres. En addictologie, on distingue la consommation (ou l’usage), et l’addiction (ou les troubles liés à l’usage) : tous les consommateurs ne sont pas malades, mais la consommation régulière peut se transformer en une consommation compulsive, et paver le chemin de l’addiction.

Qu’est-ce qu’une addiction ?

« En addictologie, on ne parle pas de drogues, mais de produits psychoactifs, car ils modifient le système nerveux central : ils le font de trois manières, explique Nadège Viriot. On distingue les produits stimulants (cocaïne, ecstasy mais aussi tabac, café ou antidépresseurs), les produits calmants (opiacés, anxiolytiques mais aussi alcool) et les perturbateurs hallucinogènes (le plus connu étant le LSD, mais aussi le cannabis). »

« L’alcool, par exemple, est un calmant : son effet désinhibiteur ne doit pas être confondu avec son effet psychoactif, qui est largement dépresseur (l’aboutissement d’une consommation excessive étant le coma éthylique). Le tabac est quant à lui un stimulant : la sensation ou la recherche d’apaisement (« je suis stressé, je fume une clope ») est trompeuse, et elle est uniquement liée à l’apaisement du manque ; lorsqu’on fume, le pouls, lui, augmente. »

Une conduite addictive est quant à elle une addiction sans substance. Tous les comportements sont a priori susceptibles de susciter une dépendance, les plus répandus étant le jeu (jeux vidéo, jeux d’argent et de hasard), le sexe et la pornographie, les achats, le sport, la nourriture ou l’ingestion de certains produits, Internet et les pratiques numériques…

« Une addiction est donc une relation problématique à un comportement ou à une substance, quels qu’ils soient, relation qui nous fait perdre notre liberté d’agir » résume Nadège Viriot. L’addictologie n’emploie d’ailleurs plus les termes « tabagisme », « toxicomanie » ou « alcoolisme », privilégiant les termes « addiction » ou « dépendance », qui mettent l’accent sur le processus plutôt que sur le produit.

Comment fonctionne une addiction ?

« L’addiction a les caractéristiques d’une pathologie chronique, d’installation progressive, avec une évolution émaillée de rechutes, et dont la survenue est déterminée par des facteurs de vulnérabilité », résumait Michel Reynaud, psychiatre pionnier de l’addictologie en France et fondateur du Fonds Addict’Aide.

L’addiction est en effet un processus qui s’inscrit dans le temps, et procède par paliers. Tout d’abord, on expérimente une première consommation plaisante, qui active le système de récompense, et on poursuit ce comportement via des automatismes, ce qui s’apparente à un apprentissage ; jusque-là, la consommation est non pathologique, bien qu’intensive, et bien que pouvant mener à des comportements à risque. Mais ces conduites pavent le chemin d’une addiction réelle, qui aboutit à la perte de contrôle totale de la consommation : le plaisir initial se transforme en besoin impérieux, voire compulsif ; le malaise se fait ressentir sans la possibilité de consommer ; et la consommation finit par engloutir ou oblitérer d’autres aspects de la vie.

Comment se fait la bascule ? « On peut expliquer la dépendance par le triangle d’Olivenstein : une addiction se comprend par la rencontre entre une personne, une substance ou une pratique et un environnement, explique Nadège Viriot. Il existe donc des facteurs de risque liés au produit, qui ont un effet psychoactif et créent une dépendance physique ; des facteurs de vulnérabilité individuels, tels que la santé, l’humeur, le mode de vie ou la condition physique ; enfin, des facteurs liés au contexte de consommation, où l’on retrouve par exemple l’influence du groupe, et liés au contexte social du consommateur, où l’on retrouve son schéma familial et sa situation sociale. »

Addict ou pas ? Les critères de la dépendance

Pour identifier le degré d’une dépendance à un produit ou à un comportement, plusieurs critères sont à examiner. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) en retient onze, l’Organisation mondiale de la santé en retient six. Au moins trois des manifestations décrites doivent avoir été présentes en même temps, au cours de la dernière année. Ces critères s’appliquent à l’usage de substances psychoactives comme à des activités.

Les questions à se poser :

  • Combien de temps est-ce que je passe à consommer ou à pratiquer, ou à chercher à le faire ?
  • Est-ce que j’en ressens terriblement et impérieusement le besoin ?
  • Dans quel état suis-je lorsque je ne peux pas consommer ou pratiquer ?
  • Suis-je parfois ou souvent dans l’incapacité de remplir des obligations importantes à cause de cela ? Est-ce que cela me cause des problèmes relationnels ou sociaux ?
  • Est-ce que j’abandonne d’autres activités, d’autres sources de plaisir ou d’intérêt, pour rechercher ou consommer, ou pour me remettre de ma consommation ?
  • Est-ce que je continue malgré les risques ou les conséquences néfastes que cela peut engendrer ?

En parler, se faire aider

Pour évaluer sa consommation ou sa pratique, il existe des outils gratuits, confidentiels et simples d’utilisation : le site du Fonds Addict’Aide en propose plusieurs, dédiés aux substances ou aux activités addictives, et vous oriente vers des numéros d’écoute anonymes et gratuits, ainsi que vers des forums et des tchats. C’est le plus complet concernant les addictions.

Concernant l’addiction aux substances, le site internet de Drogues info service propose également des ressources pédagogiques, des tchats et des forums pour échanger entre personnes concernées. Un numéro d’écoute, anonyme et gratuit, est également disponible sept jours sur sept, de 8 heures à 2 heures : le 0 800 23 13 13.

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