Découvrez les livres lauréats du concours des Écrivain·es des IEG 2026, écrits par vos collègues ou leur famille : roman noir, roman historique, fiction… Il y en a pour tous les goûts ! Retrouvez ces livres sur la Médiathèque, dans la Librairie des Activités Sociales, et sur vos villages vacances dès cet été.
« Violette Spurnose » : mystères à l’anglaise
L’histoire
« Violette Spurnose, Dédicaces, scones et petits crimes », roman de Célestine Bugeaud, 260 pages, Éditions Sève rouge.
Violette Spurnose, secrétaire de mairie et autrice de romance, mène jusqu’ici une vie réglée comme du papier à lettres fleuri. Mais la mort (soi-disant accidentelle) de son éditeur menace son compte en banque, sa patience… et son avenir littéraire. Face aux royalties envolées, à l’associé trop lisse et aux romans inédits pleins de secrets, Violette décide de mener l’enquête. Armée de son carnet, de son club de lecture déchaîné et d’un stock illimité de scones, elle compte bien révéler la vérité – même si cela veut dire affronter les potins du village et quelques criminels, qui savent parfaitement jouer à l’anglaise.
L’autrice
À 42 ans, Bénédicte Gascuel, ingénieur cadre au CNPE de Tricastin, cultive sa passion pour l’écriture. « J’ai toujours été une grosse lectrice. Il y a quinze ans, j’ai dû être alitée plusieurs mois pendant ma grossesse. Un jour que je refermais un livre que j’avais adoré mais dont l’épilogue m’avait déçue, je me suis mise à imaginer, à griffonner la fin que j’aurais souhaitée ! »
Bénédicte, alias Célestine Bugeaud, décide ensuite de raconter ses propres histoires. De la dystopie essentiellement jusqu’à ce que la dure réalité de la vie l’oriente vers d’autres horizons. « Lorsque mon père est décédé, je n’avais plus très envie de raconter des histoires sombres. De plus, j’avais rencontré des problèmes de droits d’auteur pour un de mes romans… J’ai alors imaginé Violette Spurnose. »
Sorte d’Agatha Raisin, personnage truculent, à la fois fantasque et lucide, désinvolte et doté d’un grand sens des responsabilités, Violette est secrétaire de mairie et sévit dans une Angleterre aux charmes envoûtants et à l’atmosphère singulière. « Je suis une grande passionnée de thé et j’aime bien tout ce qui est petits gâteaux, pâtisseries… Et, bien évidemment, je suis fan de l’humour britannique au ton très décalé. » Décliné en trois intrigues, le roman de Bénédicte regorge d’ingrédients à la sauce anglaise. Loufoque et mystérieux à souhait !
« Je suis très satisfaite d’avoir gagné le concours car le but est vraiment de partager mes histoires, de donner de la visibilité à mon travail et de présenter Violette, ce personnage qui m’est devenu familier ! D’ailleurs, je suis en train d’écrire la suite et j’aimerais bien en faire une saga de quatre ou cinq romans, indépendants les uns des autres. Dans le tome 2, je reprends les mêmes personnages, le maire, ses amis du club de lecture, ses amis auteurs également… »
Nul doute que, du côté du Tricastin, les collègues de travail de Bénédicte attendent avec impatience la sortie de ce deuxième volume. Toujours enclins à la soutenir, notamment en se procurant sans hésiter ses écrits. « J’ai beaucoup de chance et suis agréablement surprise par leur bienveillance. De plus, ces relations sociales dans le travail m’apportent énormément. Je m’en inspire, je m’en nourris et je serais sans doute incapable de ne me consacrer qu’à l’écriture. J’ai besoin de ces relations pour écrire. »
« African Queens », plongée au cœur de l’esclavage moderne
L’histoire
« African Queens », de Gilles Verdet, Éditions Perles rares, 2025, 156 pages.
Des grands espaces de l’Afrique de l’Ouest au placard sombre d’un quartier chic de Paris, deux gamines n’ont plus que deux amis ou presque : Smith & Wesson. Avec quelques balles dans le barillet et la rage de toutes les asservies de la terre. D’ici et de là-bas. Mais c’est sans compter sur Monsieur Henri, l’écrivain fantôme. Celui qui écrit l’histoire avec le sang noir des opprimées, les larmes des miséreux et de la musique battante. Celle qui fait danser la vie et qui va faire des deux frangines de vraies reines africaines.
L’auteur
Il a toujours dévoré du roman noir ! Jusqu’à franchir le pas de l’écriture, il y a une vingtaine d’années. Le premier roman de Gilles Verdet, « Une arrière-saison en enfer », une histoire d’anciens anarchistes sur fond de sordide affaire de drogue, l’intronise dans la cour des grands. « J’ai eu la chance d’être publié dans la collection “Série noire” chez Gallimard. Ensuite, j’ai écrit un certain nombre de romans et surtout de recueils de nouvelles », raconte Gilles Verdet. Et là, les récompenses s’enchaînent, prestigieuses et galvanisantes : le Grand Prix SGDL (Société des gens de lettres) de la nouvelle, le prix Prométhée de la nouvelle, ou encore le prix Boccace.
À 73 ans, l’ancien gazier se nourrit toujours autant des faits divers et des travers d’une société baroque, source intarissable d’inspiration. À l’instar de ses « maîtres en la matière », Daeninckx, Joncquet…, Gilles répare sans doute de sa plume les injustices sociales. Dans « African Queens », il s’est inspiré d’un fait divers. Une sombre affaire d’esclavage domestique exercé par des diplomates africains en poste à Paris. Il nous plonge au cœur des quartiers bourgeois, dans un monde feutré où les sévices, les viols, la maltraitance des jeunes femmes restent impunis du fait d’une immunité diplomatique coupable. « Ce manuscrit, je l’ai rédigé il y a une vingtaine d’années, et cette histoire est malheureusement toujours d’actualité. »
Rien n’arrête celui qui revendique volontiers une littérature politique – même pas la traversée d’un océan : « La littérature qui n’est pas politique ne m’intéresse pas beaucoup, c’est d’ailleurs pour ça que j’aime le roman noir. Je me suis rendu en Uruguay pour tenter de rencontrer les anciens Tupamaros, ce groupe révolutionnaire uruguayen. Et j’ai écrit un roman sur ce mouvement politique. Mais il n’a jamais été publié. »
Sur les bords du périphérique parisien, dans le HLM où il réside depuis trente ans, Gilles écrit tous les jours. À rebours de tous les clichés, et comme pour mieux pourfendre les aboiements des médias de masse, assoiffés de sensationnel ou de propagande terrorisante, il a décidé de parler de la banlieue. « C’est ahurissant ce que l’on entend, entre le narcotrafic, les meurtres, etc. Pour ma part, et de façon empirique, sans nier non plus la réalité, j’ai envie d’évoquer la solidarité ouvrière et sociale qui y règne. » La nuit, à sa fenêtre, Gilles puise son inspiration. Il nourrit également sa rage d’exister dans un monde de l’édition où les histoires semblent sortir d’un roman noir ! « C’est un monde sans pitié sur lequel les milliardaires essaient de faire main basse… » Et Gilles sait de quoi il parle !
« Les Marées de la trahison » : l’appel du large
L’histoire
« Les Marées de la trahison, Les Chroniques de Valmaran », de Vincent Léopold, autoédition, 2025, 309 pages.
Le village de Valmaran brûle, et deux frères d’âme voient leur destin basculer. Séparés par la trahison d’un capitaine corsaire, l’un prend la mer pour survivre et devenir une légende, tandis que l’autre disparaît dans les couloirs du pouvoir. Autour d’eux, les alliances vacillent, les routes commerciales se dérobent et la vengeance s’organise.
Dans ce premier tome des Chroniques de Valmaran, Vincent Léopold mêle aventure maritime, batailles navales, stratégie et intrigues politiques. Entre secrets, héritage et puissances rivales, le roman interroge ce qui reste d’une fraternité lorsque les amis d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui.
L’auteur
Bientôt dix ans d’IEG derrière lui, et déjà un univers en tête. « Les Marées de la trahison », tome 1 des « Chroniques de Valmaran », sont le premier texte que publie Vincent Léopold. Un ouvrage distingué par le Grand Prix du livre Enedis 2025, catégorie « roman ».
L’écriture, chez lui, n’est pas arrivée d’un coup. Il l’a abordée d’abord en rédigeant des nouvelles, puis plus sérieusement pendant le Covid. « On avait plus de temps pour soi, alors je me suis dit : pourquoi ne pas essayer de construire quelque chose ? », raconte Vincent Léopold. Ce qu’il aime dans l’écriture, c’est la liberté : « On peut faire un peu ce qu’on veut. On peut mélanger différents genres. »
Bercé par le fantastique médiéval, il aurait pu suivre les traces des chevaliers et des châteaux, façon Seigneur des anneaux. Il a préféré prendre la mer. « J’avais plutôt envie de liberté, d’évasion, d’impact environnemental », dit-il. Une chanson de Scylla, L’Enfant et la Mer, l’a aussi conduit vers « cet univers dangereux », instable, propice à l’aventure.
Dans « Les Marées de la trahison », Édouard et Sariel, deux frères de cœur, voient leur destin se briser après l’incendie de Valmaran et l’attaque de la Fédération des mers du Nord. L’un part sur les mers, l’autre rejoint les sphères du pouvoir. Autour d’eux se nouent batailles navales, secrets cartographiques, routes commerciales et luttes d’influence.
Mais le roman n’est pas seulement une fresque maritime. Il parle de loyauté, d’exil, de guerre, de famille et de choix qui dépassent ceux qui les font. « Une trahison peut partir d’une bonne intention », assure Vincent Léopold. Les marées du titre disent cette idée : les événements reviennent, emportent, recommencent.
Le prix reçu dans le cadre du concours des IEG lui apporte une forme de reconnaissance. Mais le plus fort reste la rencontre avec les lecteurs. « On n’écrit plus seulement pour soi », confie-t-il. À partir de là, l’aventure de Valmaran devient aussi la leur.
« Les Sous-Vivants », écrire pour donner voix aux blessures invisibles
L’histoire
« Les Sous-Vivants », de Corinne Le Bars (éditions L’Oiseau Parleur, 2025, 298 pages).
Qui était vraiment Auguste, directeur des archives départementales, retrouvé mort chez lui ? De l’Islande de son enfance aux attentats du Bataclan, en passant par ses fonctions troubles à l’Élysée, son existence reste traversée de zones d’ombre. Autour de Typhaine, animatrice d’ateliers d’écriture pour des personnes victimes de syndrome post-traumatique, les récits s’assemblent pour tenter de comprendre l’irréparable. Peu après, Typhaine s’envole pour le Rwanda avec sa fille adoptive, Janelle. À la recherche des parents biologiques de la jeune femme, disparus après sa naissance en juillet 1994, elles affrontent aussi les silences d’une histoire intime mêlée à la mémoire du génocide.
L’autrice
Corinne Le Bars est retraitée. Elle n’a pas travaillé elle-même dans les Industries électriques et gazières, mais son compagnon, décédé en décembre 2023, a passé trente ans à exercer dans une centrale nucléaire. Un lien qui donne une résonance particulière à sa distinction comme lauréate du concours Écrivain·e·s des IEG.
« Être reconnue par des gens de son milieu de travail, c’est aussi une façon de se réparer un peu », confie Corinne Le Bars. Ancienne travailleuse sociale, formatrice puis chercheure en sciences de l’éducation, elle a consacré sa thèse aux traumatismes. C’est de là que naît une partie de son imaginaire. « Je crois beaucoup à la résilience par l’écriture », dit-elle. Avec Les Sous-Vivants, paru aux éditions L’Oiseau Parleur, elle fait passer par la fiction une enquête intime et historique se déroulant entre Caen, l’Islande et le Rwanda.
Au centre du roman, Typhaine, psychologue et animatrice d’ateliers d’écriture auprès de personnes victimes de syndrome post-traumatique, mène ses deux premières enquêtes. La mort d’Auguste, le directeur des archives départementales, ouvre un récit traversé par une enfance sous les volcans d’Islande, les attentats du Bataclan, des fonctions mystérieuses à l’Élysée et la question de la responsabilité française au Rwanda.
« On parle souvent des survivants. Mais on oublie les sous-vivants », explique Corinne Le Bars. Pour elle, ce sont « ces gens qui ne sont pas morts dans la tragédie mais qui n’arrivent jamais à vivre normalement après ». Son roman explore ces existences abîmées, la mémoire, la filiation et les origines, jusqu’au voyage de Typhaine au Rwanda avec sa fille adoptive.
Très attachée à la « documentation », l’autrice revendique « une fiction ancrée dans le réel ». Elle aime « chercher, vérifier, situer les lieux, les faits, les blessures ». Mais ce qui l’intéresse aussi, c’est la forme : ateliers d’écriture, carnet de bord, voix croisées. « J’essaie toujours d’avoir une forme d’écriture un peu originale », dit-elle. Dans Les Sous-Vivants, cette forme sert une conviction profonde : derrière les apparences, certaines vies continuent en silence.
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