
Clémence Laboureau et les artistes accompagnants son spectacle lors de la résidence artistique à Savines-le-Lac à compter de février 2026. © Philippe Marini / CCAS
En résidence artistique au village vacances de Savines-le-Lac, du 22 février au 1er mars, Clémence Laboureau, comédienne, chanteuse et metteur en scène, en a profité pour peaufiner sa première création « Avez-vous un ruisseau dans votre cœur ». Un spectacle musical en hommage à Emily Dickinson, poétesse américaine du XIXe siècle.
Bio express
Diplômée en Lettres modernes et Littérature comparée anglophone, Clémence Laboureau se forme en art dramatique au sein de différents conservatoires. Enfant, elle se forme au piano classique et au chant lyrique), puis bifurque, à l’âge de 20 ans vers le jazz, sa musique de prédilection. Comédienne-chanteuse, dramaturge, elle a collaboré dans diverses créations. En 2023, elle créé la compagnie Sotto Voce, dans le but d’élaborer ce premier spectacle prévu en 2027.
Compte Instagram : @clemence_labo
Comment avez-vous découvert Emily Dickinson, et pourquoi ce choix de l’incarner en paroles et musiques ?
Je l’ai « rencontrée » à l’âge de 20 ans. Et, de temps en temps, sa poésie resurgissait dans ma vie. Je m’organisais une « nuit Emily Dickinson » au cours de laquelle je m’abreuvais de ses poèmes. Parfois dans la vie, lorsqu’on traverse des moments délicats, on puise de l’énergie dans les mots des autres. D’année en année, sa poésie m’est devenue de plus en plus familière. Des vers sont restés gravés et je me les répète comme des phrases consolidantes, comme des compagnes de vie. Emily Dickinson est devenue une sorte de sœur (rires).
Qu’est-ce qui vous attire chez cette poétesse ?
Sa vie, peu conventionnelle, que je raconte dans le spectacle ! À une période de sa vie, cette femme a décidé de ne plus sortir de sa maison, ni même de sa chambre. De cet endroit a émergé une poésie singulière. À travers ses mots, ses vers, cette femme exprime une vision très lucide de la vie, du rapport à l’amour, à la mort…
Beaucoup de fantasmes et de mystères entourent la vie de cette femme. C’est aussi cela qui vous inspire ?
Oui. J’assume d’ailleurs devant le public ce que je raconte ! C’est mon point de vue. Je ne prétends pas dire la vérité sur Emily Dickinson. Le spectacle est une enquête sur la vie de cette femme. Il a sans doute pour vocation de déconstruire le mythe et tenter de lui donner une dimension plus humaine, plus complexe.
J’essaie de creuser, de découvrir les causes de sa réclusion. Est-ce réellement dû à une fragilité psychique, un trouble mental ? Ou est-ce tout simplement la vocation d’une femme écrivaine, de quelqu’un qui refuse de se plier aux règles imposées par la société… En effet, on imagine beaucoup de choses sur Emily Dickinson, mais personne ne connait vraiment sa biographie.

Restitution de la résidence artistique de Clémence Laboureau qui a eu lieu sur le centre de Savines le lac. ©Philippe Marini/CCAS
Emily Dickinson n’obtiendra la reconnaissance de son œuvre qu’à titre posthume… Or, selon vous, elle incarne toutefois une certaine idée de l’émancipation ?
Oui ! Et je défends cette idée. L’émancipation ne se mesure pas au regard ou au jugement des autres. Dans le spectacle, j’explique d’ailleurs qu’elle ne souhaitait pas vraiment publier d’écrits de son vivant. Parfois, un envoi de poèmes à ses amis accompagné de petites fleurs suffisait à son bonheur. Écrire pour entretenir le lien intime.
Je suis persuadée qu’Emily Dickinson avait une vie intérieure très riche. Elle n’avait nul besoin de recevoir la validation de sa famille, d’une presse littéraire, ou du public. Ce postulat a d’ailleurs une certaine résonnance dans la société actuelle dans laquelle se développe de plus en plus le rapport à l’image.
Était-elle féministe selon vous ?
Je suis moi-même féministe, car je lutte en faveur de l’égalité de droits entre les hommes et les femmes. Or, ce spectacle, je ne l’ai pas du tout conçu dans une perspective féministe, ni avec un point de vue féministe. Je me suis intéressée à la personne !
Certes, je ne peux pas nier qu’elle a grandi dans une Amérique puritaine du XIXe siècle, une société patriarcale, sans doute très contraignante pour une femme… Or, dans cette société, elle a créé son espace de liberté à l’intérieur d’elle-même et de son foyer familial, au demeurant aimant. Je ne souhaite pas la transformer en une icône féministe. À l’époque, elle ne s’est pas définie de la sorte. Je pense que c’est tout simplement un être libre, une femme que je ne souhaite enfermer dans aucune case !
« Avez-vous un ruisseau dans votre cœur » : est-ce du théâtre musical ou un concert théâtral ?
C’est un concert durant lequel s’élabore une fiction. Imaginez que vous assistez à un concert durant lequel la chanteuse vous parle, vous embarque dans un récit, dans une histoire, puis incarne la femme dont elle vient de vous parler à l’instant… et l’enquête démarre, au son du jazz.
Au début du spectacle, je dispose d’un rituel. Je dessine légèrement les contours de la chambre d’Emily et je lui demande si elle m’autorise à rentrer dans cette chambre. Ensuite, dès que je pénètre dans l’espace, le public pénètre lui aussi dans la chambre de Dickinson et dans son univers.
Comment avez-vous abordé votre résidence d’artiste avec la CCAS à Savines-le-Lac ?
Je suis arrivée avec une incertitude liée à la théâtralité possible du projet. Car j’avais beaucoup travaillé la musique, en amont. On peut travailler la musique chez soi, en studio etc., mais pas un spectacle ! On a besoin d’un plateau, d’espace. Désormais, après cette semaine passée à Savines, je suis confiante sur la théâtralité de l’objet. Sur ce concert qui raconte l’histoire d’Emily Dickinson en plusieurs tableaux. Tous les objectifs que je m’étais donnés ont été remplis.
Cette poésie, vous la transmettez, ces mots, vous les partagez, notamment avec les adolescents, dans des ateliers au sein de collèges ?
Oui. Et j’affectionne ces travaux auprès d’un public dont les questionnements sont très intéressants et foisonnants. On peut de toute façon emmener la poésie de partout, sous toutes ses formes !
Tags: Résidence de création Spectacle vivant

























