Adrien Cessa, agent GRDF et champion de combat médiéval

Adrien Cessa, 34 ans, agent GRDF et runner de l’équipe Carcas Sonne de béhourd. ©Joseph Marando/ CCAS

Passionné de reconstitutions historiques, Adrien Cessa, technicien gazier à Toulouse, pratique le béhourd depuis cinq ans. Rendez-vous le 28 septembre à la fête de la CMCAS pour une démonstration de ce sport de combat pratiqué au Moyen Âge.

C’est autour d’un café que le vaillant a déposé les armes… Dans ce salon de thé de la cité médiévale de Carcassonne, après trois combats disputés dans la matinée, il entre lesté de son armure de près de 20 kg, sans peur et sans reproche de la part des “aubergistes”. À ses pieds, son casque martelé par les années, son fauchon (petite épée), ses gants et son bouclier.

Les traits tirés, Adrien a d’abord voulu “refaire le match”. Évoquer l’importance de briller dans ce Tournoi de béhourd de la citadelle, les 6 et 7 avril dernier, au sein du théâtre Jean-Deschamps. “On est chez nous. Et il faut le montrer ! Ce matin, c’était dur. Surtout la deuxième manche.”

Un palmarès impressionnant

Amateur de reconstitutions médiévales (combats-spectacles), c’est sur Internet que le natif de Verdun, ancien rugbyman de haut niveau repéré très tôt pour la présélection en équipe de France, découvre le béhourd. Séduit par le concept de cette discipline née dans les années 1990 en Russie, dont le but est de mettre à terre les adversaires à 5 contre 5 ou plus, et ce en dix minutes maximum, l’ancien talonneur à l’époque plombier-chauffagiste, est alors en manque de compétitions et d’adrénaline.

Munis de masses, haches et épées émoussées et protégés par des armures, les combattants doivent mettre au sol l’adversaire, en duel ou en équipes.

Alors il s’engage dans une nouvelle mêlée ! Des Bécuts de Gascogne aux Hommes du Nord, ses deux premières équipes, Adrien crée, sur insistance de ses camarades, l’équipe des Carcas Sonne. Au fil des épreuves, il apprend, se forge une identité, un style particulier et un palmarès impressionnant.


Palmarès

En club : 3 coupes de France, 2 championnats de France.
En équipe de France : champion du monde en 10 contre 10 et 5 contre 5.
En individuel : vice-champion du monde 2017, vice-champion du monde 2018 (épée longue).


Avec son physique de lutteur, le gazier excelle en esquive et en stratégie, et devient rapidement le “runner” de l’équipe, “celui qui sème la discorde” et déstabilise les adversaires. Car au béhourd, sport qui s’attire les foudres de ses détracteurs de par la violence qu’il dégage, si les coups sont rudes, tous ne sont pas permis, loin de là.

“Il y a des règles strictes et une délimitation par la lice [zone de combat, ndlr] ! Après, c’est comme tous les sports de combat, il faut aimer ça à la base. Mais attention : il n’y a aucun vice, mais plutôt des vertus, et un vrai respect lorsque la partie est terminée. Et puis, pour ma part, c’est avant tout une histoire de potes ! Une passion commune et un esprit de camaraderie similaire à celui du rugby.”

L’équipe des Carcas Sonne a terminé deuxième du Tournoi de la citadelle, derrière Aquila Sequania, l’équipe de Franche-Comté. ©Joseph Marando/ CCAS

Avec des nuances notables pour Adrien. Comme le plaisir de replonger dans l’histoire du Moyen Âge, d’explorer la genèse de ces combats, de faire preuve de minutie, règlement oblige, jusque dans les moindres détails de son accoutrement de bataille.

“Tu es obligé de respecter une certaine cohérence historique. Pour les armures, par exemple, tu ne peux pas mettre n’importe quoi. Il faut qu’elles correspondent à une époque authentique et qu’elles ne soient pas dépareillées. Tu ne peux pas avoir un casque européen du XIIIe siècle avec une armure mongole du XVe siècle…”

“Quand tu entres en compétition, tu changes de personnage”

Depuis cinq ans, le jeune homme a investi 3 000 euros pour s’équiper. Pour des vêtements, des ustensiles “rafistolés au fur et mesure”. Un sacrifice que ce passionné invétéré ne regrette certainement pas. Lui, l’agent GRDF, “calme, sociable, diplomate”, est transformé une fois le casque enfilé.

“Quand tu entres en compétition, tu changes de personnage. Tu es dans une bulle, comme galvanisé. Et dans la lice, tu n’es pas le même homme. Mais ce qui est sûr, c’est que le béhourd comme le sport en général m’aide à me canaliser.”

Contrairement aux reconstitutions historiques, les tournois de béhourd sont régis par des règles officielles et nécessitent la présence d’arbitres. ©Joseph Marando/ CCAS

Alors, au boulot, Adrien recrute. Tous les mardis soir, avec son équipe, ses “frères d’armes”, il s’entraîne dans la salle du complexe sportif du Bazacle à Toulouse, mise à disposition par la CMCAS. Et c’est portes ouvertes pour les agents qui souhaitent s’initier. “Je leur donne des cours, avec casque, boucliers et épée en mousse bien sûr ! Mais s’ils veulent bien venir aux entraînements par curiosité, ils refusent la compétition (rires).”

En mai prochain, la principale compétition internationale de béhourd (Battle of the Nations) aura lieu en Serbie. Malgré sa place indiscutable au sein de l’équipe de France, Adrien ne pourra y prendre part, pour raisons financières. Un regret mais une leçon aussi pour cet adepte des arts martiaux. “Un bon combattant, c’est celui qui reste lucide dans toutes les situations et qui fait preuve d’analyse.” Sur ces mots, il reprend alors son attirail de “guerrier”. Il était temps pour nous de quitter la sphère des tournoyeurs. Et de le laisser redescendre dans l’arène.

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