Droits des femmes : le 8 mars aurait-il un siècle ?

En mars 1917, ouvrières et femmes au foyer descendent dans les rues de Petrograd pour réclamer du pain et le retour de leurs maris de la guerre. La manifestation donnera le signal de la Révolution russe, et sera célébrée un 8 mars, quatre ans plus tard… ©Domaine public/Wikimedia Commons

La Journée internationale des droits des femmes est célébrée dans le monde entier – ou presque – depuis 1977. Mais les raisons du choix de cette date sont loin d’être claires.

Dans cette histoire passablement embrouillée, tout commence un 8 mars, qui est en fait un 23 février dans un Saint-Pétersbourg qui s’appellera bientôt Leningrad. Ce jour-là de l’année 1917, une puissante manifestation d’ouvrières défile dans la grande ville de l’empire russe, plongé depuis trois ans dans une guerre sans fin. C’est le début d’un engrenage d’événements qui va précipiter en quelques semaines la chute du régime tsariste, puis la prise de pouvoir des bolcheviks à la fin de l’année. Quatre ans après, les bolcheviks victorieux de la guerre civile décident de créer en URSS une journée des femmes.

Le 8 mars 1921 – il y a cent ans donc – reste comme la première célébration officielle de cette journée. Mais ses racines remontent bien plus loin dans l’histoire ouvrière. Dès 1910, la militante allemande révolutionnaire Clara Zetkin avait appelé lors de la Seconde conférence internationale des femmes socialistes tenue à Copenhague à célébrer chaque année une journée des femmes. Alors que le mouvement féministe était dominé par la revendication du droit de vote, il s’agissait pour le mouvement ouvrier de ne pas abandonner ce combat aux suffragettes, souvent issues de la bourgeoisie.

L’appel de Clara Zetkin est suivi, mais en désordre : les socialistes célèbrent une journée des femmes le 26 février 1911 aux États-Unis, le 19 mars en Allemagne, le 1er mai en Suède… et rien semble-t-il en France.

En France, mieux vaut tard que jamais

Les “Rosies” du collectif Attac manifestent aux côtés des travailleuses et contre les réformes antisociales du gouvernement, qui désignaient par exemple les femmes comme “grandes gagnantes” de la réforme des retraites. Ici, le 8 mars 2020. ©ATTAC France

Peu après l’arrivée de la gauche au pouvoir en France, en 1981, la ministre déléguée au droit des femmes, Yvette Roudy, envisage de célébrer officiellement le 8 mars, qui était jusque-là une date connue des seuls milieux militants, féministes, syndicalistes ou politiques. Le Mouvement de libération des femmes appelle alors à en faire un jour férié et chômé. Le choix retenu est plus modeste : un simple communiqué du Conseil des ministres appelant à célébrer la journée. Il n’empêche que, pour la première fois, l’État français s’est officiellement associé à la célébration du 8 mars, comme il le fait depuis tous les ans.

Avec l’extension du bloc soviétique après la Seconde Guerre mondiale, la célébration du 8 mars s’étend dans toute l’Europe de l’Est. Les partis communistes, particulièrement influents en France et en Italie, s’associent à cette célébration.

Mais en pleine guerre froide, un curieux événement vient bouleverser l’histoire du 8 mars. À partir de 1955, le mouvement communiste français explique dans sa presse que le 8 mars est en fait la date d’une manifestation des couturières new-yorkaises de 1857, réprimée dans le sang par la police. Qui est à l’origine de cette nouvelle version, au demeurant peu établie historiquement (le 8 mars 1857 tombe un dimanche) ? S’agit-il d’enlever au 8 mars sa coloration originelle communiste pour en faire un événement plus fédérateur ? On l’ignore, mais cette version est reprise avec constance jusqu’à nos jours.

La consécration de l’ONU

L’essor du mouvement féministe et l’intérêt nouveau du mouvement syndical pour la question des femmes donnent un nouvel élan aux célébrations du 8 mars dans les années 1970. C’est aussi l’époque des premiers travaux d’historiennes mettant à jour la curieuse histoire que l’on vient de raconter, y ajoutant encore quelques complexités. Les premières journées des femmes n’ont par exemple pas attendu l’appel de Clara Zetkin pour être organisées, mais seraient le fait de groupes de femmes socialistes aux États-Unis dès 1909.

La consécration vient de l’ONU, qui appelle en 1977, sans préciser les raisons du choix de cette date, à faire du 8 mars la Journée internationale des droits des femmes, célébrée depuis chaque année dans le monde entier. Mais comme le résumait l’universitaire Simone Bonnafous en 2006 dans la revue “Communication”, “il n’y a pas d’accord sur le ou les événements que pourrait commémorer le 8 mars, si tant est que cette date commémore un événement”.


 

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