Éducation aux médias : comment aborder le sujet en colo ?

Si le téléphone portable, objet phare des ados, est devenu “un monde à soi”, comment faire communiquer ce monde et celui des autres, dans une perspective éducative ? Photo : des ados de 12 à 14 ans en balade à Andernos-les-Bains, été 2020. ©Sébastien Le Clézio/CCAS

Comment sensibiliser les ados à la fabrique de l’info et débattre avec eux de ces enjeux ? C’est l’une des questions posées par l’Iforep, institut de formation des Activités Sociales, aux futurs animateurs et directeurs de colos CCAS.

“D’après vous, dans combien de médias différents une seule et même photo peut-elle être publiée, avec à chaque fois une légende différente et un article différent qui l’accompagne ?” Voilà une des questions imaginées par de futurs directeurs de colos CCAS afin d’ouvrir la discussion avec les ados sur la manière dont l’information est fabriquée.

Clément Lignier, ancien encadrant de colos et formateur depuis 2014 à l’Iforep, l’institut de formation des Activités Sociales, travaille régulièrement sur ces questions. Pour ces animateurs qui sont nés avec les réseaux sociaux, créer des espaces de débat sur la fabrique de l’information, c’est se poser soi-même ces questions : “C’est quoi le métier de journaliste ? Qu’est-ce qu’une information ? Doit-elle être objective ? Comment savoir si elle est crédible ?”

Le smartphone, outil de construction identitaire

Depuis cinq ans, le thème du rapport des jeunes à l’information s’invite régulièrement dans les sessions Bafa (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) et BAFD (fonctions de directeurs) de l’Iforep. Et pour cause : l’écrasante majorité des 12-17 ans possèdent aujourd’hui un smartphone. “Les usages du numérique participent au processus de construction identitaire des jeunes”, constate la chercheuse Émilie Morand dans une étude publiée en novembre dernier, intitulée “Être connecté·e en colonie de vacances. Usages du smartphone à l’adolescence” (éd. Injep). “L’objet téléphone portable est devenu un monde à soi”, ajoute-t-elle. Un monde où transitent toutes sortes de messages et d’informations.



L’objet smartphone, Fabien Lebrun, auteur par ailleurs d’un livre très critique sur le sujet, en a fait le point de départ de ses interventions en tant que formateur ou directeur de séjours solidaires CCAS. “Je leur montre ce qui se passe au Congo, une réalité très peu médiatisée” : l’exploitation des ressources minières de ce pays, mais aussi de ses enfants, pour fournir le cobalt indispensable aux batteries des smartphones.

“Souvent, les jeunes tapotent d’eux-mêmes sur leur écran et se rendent compte très vite qu’il y a des choses qu’on devrait savoir mais qu’on ne sait pas.” Lorsqu’on tape “cobalt smartphone” sur son moteur de recherche, le premier site qui apparaît est celui d’Amnesty International. Avec ce titre : “Mon smartphone est-il lié au travail des enfants ?”

Découvrir la face cachée du numérique

“À chaque fois, ça les marque, constate Fabien Lebrun, en particulier pendant les voyages solidaires. Sur 15 ou 20 ados, il y en a toujours deux ou trois qui m’en reparlent pendant toute la durée du séjour. En 2018, trois mois après un voyage au Sénégal, une des participantes m’a demandé de faire une conférence dans son lycée sur la situation au Congo.”

Mais l’objectif n’est pas d’asséner des vérités aux jeunes. Il s’agit notamment de leur montrer qu’au-delà des médias dominants, il y a d’innombrables sources d’informations intéressantes et utiles. “Pour attiser leur curiosité, je mets toujours à leur disposition quelques titres de presse papier qui sortent un peu des sentiers battus.” Pour ouvrir le débat avec les ados, le choix de l’écologie est souvent gagnant. “Je leur montre, articles à l’appui, la face cachée du numérique, très consommateur d’énergie et de matière premières. Mais ensuite, je leur dis “allez vérifier par vous-mêmes !””

“On ne cherche pas à diaboliser le numérique, se défend Clément Lignier, et on évite d’être dans une posture moralisatrice.” L’ancien directeur de colo observe avec satisfaction, à l’issue des sessions Bafa, l’évolution des futurs animateurs – parfois à peine plus âgés que les ados – qu’il contribue à former : “Ils réalisent beaucoup de choses sur leurs propres habitudes de consommation et leur rapport à l’information. Ils portent un vrai regard sur la société et se sentent investis d’une responsabilité auprès des plus jeunes.”


Pour aller plus loin

“On achève bien les enfants. Écrans et barbarie numérique”, de Fabien Lebrun
éd. Le bord de l’eau, 2020, 178 p., 16 euros


 

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