Escale nantaise pour la Marche mondiale

© Charles Crié/CCAS La marche des Femmes à Nantes en Juin 2015

Inégalités salariales, prostitution, montée des extrémismes et excision… Les 6 et 7 juin derniers, Nantes a accueilli la marche mondiale des femmes contre les violences et la pauvreté. Quelques centaines de personnes ont défilé dans les rues de la ville.

Place Gloriette, le centre-ville de Nantes. Tôt ce samedi matin, alors que le marché absorbe les clients, au fond du parking un village associatif est en branle. Des stands se montent : le MRAP, le planning familial mais aussi le mouvement du Nid. Camille, une jeune juriste Calaisienne de vingt-huit ans, prépare des pins anti-prostitution. « Ce sont des badges qui nous servent à sensibiliser les lycéens. Nous leur demandons de décrypter le message véhiculé pour ensuite entrer dans le vif du sujet : la prostitution est un danger. » Cette problématique, Camille la connaît bien. Pendant ses études, des proches payaient leurs années universitaires en vendant leurs charmes.

En face du Nid, l’association Marche En Corps. Sur la table, DVD, livres de témoignages ou précis médicaux sur les conséquences de l’excision. « Toutes les trois minutes, une femme se fait exciser dans le monde », souligne Koudédia Keita, la présidente de Marche En Corps. « Comment définir l’excision ? » La question est posée à l’assemblée, abritée sous un chapiteau. « C’est l’action d’enlever quelque chose avec un instrument tranchant », répond finalement la Franco-Malienne. Émue, elle fait des pauses au micro.

L’excision n’est pas une affaire africaine, ni exclusivement liée à l’islam – des momies ont été retrouvées excisées – même si aujourd’hui, au Mali, elle est encouragée par des religieux. Marche En Corps a vu le jour en 2006, à la suite de demandes émanant de femmes de Nara (nord-ouest du Mali) alors en visite dans le cadre d’un jumelage avec la ville de Quimperlé (Bretagne). Mais depuis 2010, la délégation française ne peut plus se rendre dans la région. « Rébellion touareg, djihadisme et terrorisme nous empêchent d’aller sur place et installent la peur chez les femmes qui militent là-bas », signale Malika Houari, la trésorière. Alors, aujourd’hui, tout repose sur l’influence de la diaspora « qui transmet le message dans les villages ». Après une première marche pour dire non à l’excision en Bretagne et en Île-de-France, une autre est prévue cet automne, cette fois en direction du Mali. En espérant que les tensions géopolitiques s’estompent.

Pour l’heure, c’est une autre caravane qui fait escale dans cette agora. Celle d’une poignée de femmes qui ont sillonné l’Europe depuis le Kurdistan le 8 mars dernier. Formée de Françaises, de Serbes et de Brésiliennes, la caravane a traversé une bonne partie des pays de l’Est, l’Autriche, la Suisse et la France. Point d’arrivée : le Portugal en octobre prochain. Non sans contrôles puisque, à chaque frontière, « on fouillait nos voitures pour voir si un immigré syrien ou pakistanais n’y était pas caché », raconte une des militantes.

Au passage, les voyageuses ont rencontré et interviewé des agricultrices du Kosovo et des ouvriers de Croatie ou encore soutenu le Printemps des Lesbiennes à Belgrade. Des pays et des cultures différentes mais un seul constat : la crise et l’austérité ont considérablement durci la vie des femmes.

« Je sais l’excision, je sais la violence, je sais tout ça, mais ce qui me touche le plus dans cette marche, c’est cette vigilance sur la précarité de proximité », dit Marie-Christine David, agent des Industries électrique et gazière en inactivité. Dans une deuxième vie professionnelle, elle a côtoyé les victimes de cette précarité. La majorité sont des femmes, seules ou avec enfants. C’est en France et dans une cité.

Aux côtés de cette grande blonde, Carole Luissier et Florence Marois. Elles font partie du groupe Egalité femmes-hommes regroupant des bénéficiaires des CMCAS de Cahors, Rodez et Toulouse. Sous les « non, non, ni à vendre, ni prendre, le corps des femmes n’est pas une marchandise », elles s’apprêtent à rejoindre le cortège qui se faufile dans les rues de Nantes, « presque naturellement ». D’abord parce que cela fait quelques années que leur groupe s’est penché sur la question de la violence faite aux femmes. « Ensuite, c’est dans la continuité de la marche partie pour le Burkina Faso en 2006. Une ressortissante de la CMCAS de Toulouse avait intégré le périple », développe Carole Luissier, toujours en activité. Solidarité, lutte contre les inégalités et la pauvreté… autant d’enjeux dans lesquels les Activités Sociales sont impliquées, poursuit Florence Marois, ancienne agent RTE. Et de rappeler que la CCAS accueille dans ses centres de vacances, l’été, en partenariat avec l’APIAF (Association Pour les Initiatives Autonomes des Femmes) des mères qui n’ont pas les moyens de s’offrir quelques jours. Parfois, « elles viennent tout juste de réussir à partir de chez elles », note Carole Luissier.

Marie-Christine David lors de la marche des Femmes © Charles Crié/ccas

Témoignage de Marie-Christine David.

Marie-Christine est membre du groupe de travail Égalité femmes-hommes en Midi Pyrénées. Cadre à EDF-GDF, elle décide de quitter l’entreprise après 15 ans de métier pour élever ses quatre enfants. Mais la retraite est « mince » et les enfants entament des études. Alors, Marie-Christine reprend le chemin du travail. Elle doit gérer 900 logements pour le compte d’un gestionnaire d’habitats sociaux dans une cité sensible de Toulouse.

« Ce que j’ai vu dans cette cité, c’était une population avec des petites retraites, mais aussi beaucoup de victimes de la drogue et de la prostitution. Les femmes toxicos qui, pour acheter de la drogue, acceptent des passes avec des jeunes de quinze ans. Ces mêmes jeunes dealent en bas de l’immeuble. Elles acceptent de les laisser couper la drogue chez elles, voire même de la cacher. Lorsqu’elles arrivent à dire non aux jeunes, que c’est terminé, elles viennent nous voir pour déménager. Les jeunes s’en prennent alors à elles. Elles sont prises dans un étau infernal entre les jeunes et les policiers. Il n’est pas rare de les voir arriver avec des dents cassées. Elles ne se plaignent pas parce qu’elles se sentent coupables. Leur prostitution – comme la prise de drogue – se fait de manière cachée. À cela s’ajoute parfois le fait qu’on leur enlève leurs enfants. Ça m’a vraiment touchée. Je ne voyais personne dans les quartiers. On était peu à aller voir les gens, à savoir qui ils sont, combien ils gagnent, de quoi ils vivent. Pourtant, tout le monde sait où les jeunes cachent leur drogue, je connaissais toutes les caves… alors on se dit que c’est du théâtre, du cinéma, lorsque les policiers arrivent encagoulés, avec des chiens. Si on voulait, on pourrait éradiquer cela en une semaine ! Mais c’est voulu. On laisse tout cela se faire. Sinon, où est-ce qu’on logerait cette population ? Cela me fait hurler. Ce sont les femmes qui sont victimes de tout cela.”

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