François Dos Santos (CCE EDF SA) : “Le projet Hercule n’est pas ficelé”

Intervention de François Dos Santos, secrétaire du CCE d’EDF SA, au centre de vacances du Brusc (Var), le 27 août 2019. ©Joseph Marando/ CCAS

Le 27 août dernier, à l’invitation de la CCAS, le secrétaire du comité central d’EDF SA a rappelé les enjeux du projet Hercule aux vacanciers du Brusc (Var), et l’importance du combat à mener face à la libéralisation et à la financiarisation du secteur de l’énergie.

Si le doute était permis et légitime, l’assemblée présente l’a très vite dissipé. Même en vacances, Hercule fait débat. Le projet “fomenté par Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie”, dixit François Dos Santos, a suscité la curiosité et le débat a tenu en haleine durant plus d’une heure et demie la soixantaine de participants.

Accompagné de Laurent Pojaghi et Myriam Tarhouni, respectivement président et secrétaire générale de la CMCAS Toulon, et d’André Dalmasso, secrétaire général de l’union locale CGT, le secrétaire du comité central d’entreprise d’EDF SA a joué le jeu des questions-réponses, et tenté de dissiper les ambiguïtés teintées d’inquiétude exprimées par les agents et leur famille, actifs comme retraités.


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Tout en pédagogie, en évitant d’alarmer, mais bien en prévenant, en distillant les informations auprès d’un public à la fois studieux et sceptique. “C’est la raison pour laquelle je suis ici. Car c’est vous que je dois informer en priorité, pour que l’on conserve cette unité entre agents. Et pour vous dire aussi que le projet n’est pas ficelé, ce n’est pas vrai.”

Une pure “logique financière”

Alors, sans fard, il a déroulé le fil des étapes précédentes, de l’ouverture à la concurrence à la filialisation de RTE, en passant par la création de l’Arenh et l’augmentation de son plafond, pour donner sa vision d’Hercule, dans un style direct. “Cette séparation d’EDF en deux entités (EDF Vert et EDF Bleu) ne répond qu’à une logique financière. D’un côté, on ouvre le capital des activités régulées, avec des revenus garantis, et, de l’autre, on évoque des arguments vertueux comme le renouvellement du parc nucléaire. Or, non seulement cette posture est fallacieuse, mais elle est pernicieuse.”

“Hercule ne donne aucune vision industrielle d’avenir à EDF. Il ne fait que poursuivre la déréglementation de l’entreprise, à travers la spoliation de l’argent du service public.”

De g. à dr. : François Dos Santos, Laurent Pojaghi, président de la CMCAS Toulon, André Dalmasso, secrétaire général de l’union locale CGT, et Myriam Tarhouni, secrétaire générale de la CMCAS. ©Joseph Marando/ CCAS

“En parallèle, poursuit le secrétaire du CCE d’EDF SA, quid des salariés de la branche commerce, d’Enedis… ? Qui vont être confrontés, je vous le dis, à un véritable plan social. Et quid de la question du statut et des solidarités entre agents avec de telles disparités ?”

Pour Arthur, retraité, c’est peut-être là que le problème se situe. L’esprit d’appartenance à une entreprise publique s’est amenuisé au fil des ans et des embauches, selon lui. “Lorsque je suis entré à EDF en 1976, je suis entré dans une famille. Et je pense que quand on veut défendre des acquis, il faut être soudé et en nombre !”


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Des propos fatalistes ou pessimistes, que Laurent Pojaghi, président de la CMCAS Toulon, souhaite nuancer. “Il faut souligner l’unité des organisations syndicales face à ce projet, ainsi que le travail d’information réalisé auprès de vous et des autres agents, pour que tout le monde ait conscience de ce qui se passe avant la rentrée. Plus largement, il faut souligner l’enjeu de société que représente le secteur de l’énergie, pour le service public aujourd’hui, pour l’usager et les communes. Et rappeler aussi que les Activités Sociales des électriciens et gaziers sont liées au sort de nos entreprises.”

Les Activités Sociales menacées ?

En pleine période de vacances, dans un centre historique de la CCAS, l’allusion ne laisse pas la salle indifférente. Bien au contraire. Les garanties collectives, le statut, le financement… Quel sera l’impact réel du projet Hercule sur les Activités Sociales ? Si la question est inévitable, elle est néanmoins difficile, selon François Dos Santos. “L’article 25 du statut peut être remis en cause tous les jours. S’il n’y a pour l’instant aucune incidence immédiate sur les Activités Sociales, une certitude se dégage d’Hercule : celle de réduire la taille d’EDF.”

Actifs et retraités s’interrogent sur le contenu du projet Hercule et les moyens de s’y opposer. ©Joseph Marando/ CCAS

Mais alors comment stopper Hercule, projet au nom prédestiné, et certainement pas le fruit du hasard ? Du haut de la salle, Thibaut, jeune agent, décoche volontiers les premières flèches. “Pourquoi ne pas échanger avec les autres comités d’entreprise européens ?” Jean-François, retraité, reste quant à lui sceptique : “Je n’ai plus 18 ans. Est-ce qu’il y a de nouveaux moyens d’action, des idées nouvelles pour freiner ce projet ? Car s’il y a enfin une unité syndicale, comment faire pour que l’on soit plus efficace encore ?”

La mobilisation appelée par l’intersyndicale sera-t-elle au rendez-vous le 19 septembre ? Et pour quelles suites ? Pour François Dos Santos, l’essence de cette visite au Brusc se situe dans ces échanges contradictoires. “Il ne faut pas céder au pessimisme. Il existe des précédents comme Alstom ou Aéroports de Paris [dont le caractère de service public national est soumis à un référendum d’initiative partagée, ndlr], qui prouvent qu’une remise en cause d’une certaine privatisation est possible !”


“On raisonne toujours mieux à plusieurs que tout seul”

Quatre questions à François Dos Santos. 

©Joseph Marando/CCAS

Quelles sont vos impressions après ce débat ?

Rencontrer des agents issus de services différents et des retraités permet d’écouter l’ensemble des opinions exprimées, et de maintenir le lien organique qui existe entre les retraités et les Industries électriques et gazières. Plus généralement, aller se confronter au personnel est toujours productif. C’est une manière pour nous de réfléchir à notre stratégie d’action, et éventuellement de la modifier. On raisonne toujours mieux à plusieurs que tout seul.

Pour corroborer certaines interventions, n’avez-vous pas trop tardé à informer les agents de l’envergure de ce projet Hercule, au point de créer chez certains un côté fataliste ?

Peut-être que l’on n’est pas allé assez vite. Mais en tout cas nous avons anticipé. Pour rappel, le CCE a commandé une expertise au mois de juin 2018, car nous nous doutions déjà qu’il se tramait quelque chose avant que le projet arrive “sur la table”. En novembre 2018, la CGT avait déjà alerté médiatiquement et nous avions communiqué auprès des salariés d’EDF SA en février 2019. Ce n’est effectivement qu’à partir d’avril-mai que cette bataille s’est élargie à toutes les entreprises des IEG.

Après, je pense que le fatalisme correspond aussi à une époque. Tout comme je crois qu’il n’y a jamais rien d’irréversible. Tout dépend du poids du rapport de force, y compris pour une décision entérinée. C’est la raison pour laquelle il faut continuer à aller discuter avec les agents et le public.

À quelques jours de la mobilisation du 19 septembre, comment percevez-vous la suite ?

Quand on s’engage dans une lutte, en principe, on ne peut pas en prédire la fin. Le 19 est un test très important, qui doit faire naître un mouvement massif. Si on envoie un signal négatif, on peut générer de la démobilisation chez les salariés.

S’opposer au projet Hercule, c’est dire qu’il n’améliore pas le service public, ne donne aucune perspective d’avenir industriel à l’entreprise EDF et n’assure en rien, y compris pour EDF Bleu, la pérennité des agents. Le débat doit même aller au-delà de nos entreprises et s’inscrire comme un enjeu de société dont les Français peuvent et doivent s’emparer. À nous de les inclure. Car je reste persuadé qu’il peut exister dans la société un débat sur la façon de gérer nos grandes entreprises de service public, a fortiori une entreprise industrielle comme EDF.

À la question sur l’avenir des Activités Sociales, et l’impact d’Hercule sur celles-ci, vous êtes resté dubitatif ?

C’est un parti pris de ma part. Je ne veux pas être l’annonciateur de “l’apocalypse” ni crier au loup sans avoir les arguments. Nous sommes face à un gouvernement qui utilise systématiquement la même méthode : sous prétexte de prétendues discussions entre les différentes parties, comme pour la loi Travail et ses ordonnances, les retraites, etc., il œuvre insidieusement seul !

En ce qui concerne le projet Hercule, depuis le mois de juin, nous n’avons plus aucune information. Ce qui nous met en difficulté pour définir concrètement ce qui est en train de se passer. Nous avons une vision, mais pas de preuves, c’est sûr. Mais pourquoi la parole des syndicats serait-elle disqualifiée ? Il n’y a aucune raison !

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