“Il faut rendre la transition écologique socialement juste”

Centrale de cogénération de chaleur et d’électricité à partir de biomasse, inaugurée en 2012, Dalkia (Groupe EDF). ©EDF-Rodolphe Escher

Pour Guillaume Durivaux, chargé de la politique énergétique à la Fédération syndicale européenne des services publics, le passage à une économie bas carbone doit s’accompagner de la reconversion des travailleurs du secteur.

Quel est le bilan des créations et des suppressions d’emplois en Europe dans l’énergie ?

Il y a peu de statistiques. Concernant les pertes ou destructions d’emplois liées à la décarbonisation de l’économie européenne, divers chiffres ont circulé. La CES (Confédération européenne des syndicats) évoquait plusieurs centaines de milliers d’emplois supprimés ces dernières années. La Commission européenne avait des estimations plus faibles. Depuis la mise en place de politiques de libéralisation du secteur énergétique, on note, certes, des créations d’emplois dans les énergies renouvelables, mais qui ne compensent pas forcément les pertes d’emplois. Et souvent, l’emploi créé n’est pas de même qualité.

Par ailleurs, si on ferme une centrale d’énergie fossile ou une mine, un énergéticien ou un mineur qui fait cela depuis vingt ans ne pourra pas forcément travailler dans une entreprise qui fabrique ou installe des éoliennes. Cela demande des compétences professionnelles différentes. Autre exemple : on imagine facilement quelqu’un qui a travaillé toute sa vie dans une centrale nucléaire se former pour participer à son démantèlement. Mais un ingénieur nucléaire aura du mal à se reconvertir dans la production d’énergie hydro électrique, solaire ou éolienne.

Quels secteurs souffrent le plus ?

L’archétype est la fermeture des mines de charbon en Allemagne et en Pologne. La COP24 s’est déroulée à Katowice, en Silésie, où de nombreuses mines sont censées fermer pour atteindre les objectifs de décarbonisation de l’accord de Paris. Il y a aussi l’objectif français de fermer les centrales à charbon à échéance de 2020 ou 2021. C’est un risque de pertes sèches d’emplois. Si on ferme une mine en Silésie, les mineurs sont bien sûr touchés, mais également tout le commerce, l’activité économique… Il faut rendre cette transition socialement juste.

Existe-t-il des expériences intéressantes ?

En Espagne, dans le cadre de la fermeture de mines dans le nord du pays, traditionnellement industriel, le plan de “transition juste” du gouvernement socialiste, salué par toutes les organisations syndicales, finance la reconversion et l’accompagnement social. Face aux enjeux climatiques, il faut transformer le secteur énergétique, avec des investissements publics ambitieux. En Allemagne, avec la fermeture des mines de lignite, le débat est très fort, avec la mise en place d’une commission réunissant les acteurs du secteur, pour un accompagnement social. Cela vient démythifier la toute-puissance du marché, dont la libéralisation précarise les salariés et ne permet pas de respecter les objectifs de décarbonisation de l’économie européenne.

Identifiez-vous des secteurs d’avenir ?

L’efficacité énergétique – consommation efficace d’énergie et rénovation du parc immobilier – est un chantier majeur, avec des gisements d’emplois importants. Mais nous attirons vraiment l’attention des décideurs politiques : oui, il faut garantir une économie bas carbone, mais aussi permettre aux travailleurs du secteur de se recycler, de ne pas être les laissés-pour-compte de la transition énergétique.


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