L’égalité filles-garçons a-t-elle ses chances à l’école ?

@Jean-Luc Boiré/CCAS

L’association Femmes solidaires de Nîmes et la SLVie Costières (CMCAS Languedoc) accueillaient jeudi 1er février dernier un débat sur “l’égalité se gagne à l’école”. Devant une assemblée mixte, les langues se sont déliées pour revendiquer une profonde mutation des codes genrés et des pratiques sociales.

S’il est “urgent de déconstruire les stéréotypes”, selon Martine Gayraud, présidente de l’association Femmes solidaires de Nîmes, nier la complexité de la tâche serait prétentieux. Modifier des pratiques purement culturelles, répandues dans la plupart des “cellules d’éducation”, demande sans doute encore pas mal de patience. Dans une société patriarcale, en matière d’égalité entre les sexes, certes, l’école, sanctuaire de l’équité, en principe, doit jouer son rôle, mais au vu du débat, il paraît finalement infime.

“Tout commence au sein de la maternité, où les bébés mâles ou femelles ne sont pas traités de la même manière.”

Archaïsmes tenaces, préjugés bien ancrés dans les mentalités, le virus de la différence se propage très tôt ! “Tout commence au sein de la maternité, où les bébés mâles ou femelles ne sont pas traités de la même manière par les aides-soignants, beaucoup moins attentionnés envers les garçons. Et c’est là que les stéréotypes commencent.” Professeur en sciences et techniques des activités physiques et sportives à l’université de Montpellier, spécialisé dans les études de genre, Jacques Gleyse va ainsi démontrer que le carcan de la femme n’est qu’une suite de pratiques ancestrales… Pour l’auteur de “le Genre de l’école en France”, exit donc le physique, la physiologie ou la génétique de l’être… le rapport de force entre l’homme et la femme débute au berceau, terreau de la domination masculine.

Un côté transgressif et violent des hommes, corollaires d’une éducation dévoyée à la source ?

Animation sur les jouets sexistes au centre de vacances CCAS de Val-d’Isère, en Savoie (février 2017). ©Didier Delaine/CCAS

“Dès les premiers moments de la vie, le bébé garçon prend le pouvoir sur sa mère et construit son identité sur ce pouvoir, cette domination. Et plus tard, dans la famille, alors que la petite fille respecte les règles, le garçon, lui, impose sa loi et devient autonome, finalement, beaucoup plus tardivement.” En évitant soigneusement de jeter l’opprobre sur le genre masculin, l’ancien professeur se permettra toutefois une assertion quelque peu démagogique sur le côté transgressif et violent de l’homme, corollaire, ou pas, de cette éducation dévoyée à la source. “Il faut rappeler que les accidents de voiture impliquent une majorité d’hommes, tout comme les meurtres, et que 96 % de la population carcérale, en France, est masculine.” Parenthèse fermée… Et ensuite ?

L’école doit revoir sa copie

Objet de tous les maux, ce “stéréotype de genre” est-il irrévocable ? Et comment le juguler, au sein du milieu scolaire, tant les écueils sont nombreux, dans une société volontairement clivante, où tout est fait pour favoriser l’opposition des sexes, dès le plus jeune âge, de “l’accoutrement” au divertissement, etc., jusque dans la cellule familiale, dans laquelle “les parents ne jouent pas de la même façon avec les filles qu’avec les garçons” ?

“Dans une classe paritaire, les enseignants interagissent en majorité avec les garçons.”

Sexistes, les jouets ? Le point de vue de Cécile Marouzé, responsable d’une ludothèque associative, Mona Zegaï, sociologue, et Marion Musso, animatrice en centre de vacances CCAS.

Pilier de l’épanouissement, de l’émancipation et de l’autonomie des enfants, l’école ne joue donc apparemment pas assez ce rôle de catalyseur d’énergie et de contradicteur de la pensée unique. Dans cette structure “progressiste malgré tout, pourvoyeuse de la mixité, de l’égalité dans l’éducation et de la scolarisation des filles”, les préjugés persistent là aussi. Et les attitudes sont autant de copies à revoir, selon Jacques Gleyse, partisan de la formation des enseignants qui “appliquent toujours et malheureusement, la loi des 2/3 1/3 ou encore la prophétie autoréalisatrice ! C’est-à-dire que dans une classe paritaire, les enseignants interagissent en majorité avec les garçons, au détriment des filles, et que dès l’école primaire, ils dispensent le cliché que les filles sont douées pour la lecture et les garçons pour les maths. Ce qui crée, au collège, une posture différente des professeurs vis-à-vis des filles et des garçons, lesquels sont quelque part favorisés…” Et donc mieux armés pour occuper des postes à responsabilité, et plus qualifiés ! Alors échec patent de la mixité ? Favoritisme exacerbé ou forcé envers le genre masculin ? Celui-là même qui est “le plus réprimandé, le plus indiscipliné” dans les salles de classe…

Comment éduquer les enfants à plus d’égalité, lorsqu’ils ont un modèle de société où les inégalités sont toujours aussi criantes ?


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Là se situe peut-être toute la contradiction inhérente d’ailleurs à ce débat. L’enjeu, car c’en est un, de l’égalité, se gagne à l’école, sans doute. Mais aussi et surtout dans l’éducation populaire, dans les associations, les partis politiques, etc., de l’avis de l’assemblée présente. En éveillant les consciences de tout un chacun. Mais de qui ? Des enfants ou des adultes ? La question peut réellement se poser. Faire porter aux futurs adultes la lourde responsabilité de leur avenir, n’est-ce pas se décharger aussi d’un fardeau et transposer ses propres carences sur autrui ? Comment éduquer les enfants à plus d’égalité, lorsqu’ils ont un modèle de société où les inégalités sont toujours aussi criantes ? Au sein de leur propre famille, dans le monde de l’entreprise, du sport… Et lorsque la définition du mot “égalité” – au même titre que la liberté ou la fraternité qui demeurent des concepts, des notions abstraites –, dans un État de droit et de devoirs, diffère selon les personnes.


Pour aller plus loin

“Le Genre de l’école en France. De la mixité à l’inégalité occultée”, de Jacques Gleyse.
Tour d’horizon des analyses et expérimentations pour améliorer l’égalité filles-garçons de la maternelle au lycée. Éd. Connaissances et Savoirs, 2017, 340 p., 39 euros (version numérique : 12 euros).


“Filles et garçons : cassons les clichés !”
Livret pédagogique pour les parents d’enfants de CP et CE1 édité par la Ligue de l’enseignement, disponible pour les parents et pour les enfants.


“Genre ! L’essentiel pour comprendre”
Trente fiches thématiques sur les études de genre et le travail, la santé, la sociologie, l’éducation… Ouvrage collectif dirigé par Arnaud Alessandrin et Brigitte Esteve-Bellebeau, éd. Des Ailes sur un tracteur, 2014, 200 p., 17 euros.

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