L’invitation au voyage : trois jeunes Khmers à Paris

Viviane et Sandrine sont avec leurs amis Thawat, Savuy et Bunsen pour une croisière sur la Seine. ©Bertrand de Camaret/CCAS

Le dernier voyage solidaire organisé par la CCAS cet été au Cambodge a donné naissance à une belle initiative. Les jeunes participants français ont décidé d’inviter leurs hôtes cambodgiens en France, du 13 au 27 novembre, pour les remercier de leur accueil. Et ce sont eux qui leur ont offert le voyage.

“Je n’imaginais pas que je pourrais venir en France un jour. C’était un rêve. Il n’y a que les personnes riches qui peuvent faire un tel voyage”, explique Thawat, étudiant khmer de 21 ans. S’il est ici aujourd’hui avec ses deux amis, Savuy, 24 ans, et Bunsen, 34 ans, c’est grâce aux jeunes Français qu’ils ont rencontrés cet été, au Cambodge.

Touchés par l’accueil qu’ils y ont trouvé, les dix-sept jeunes du voyage solidaire se sont cotisés pour offrir à leurs anciens guides un aperçu de leur pays. Éparpillés dans tous les coins de France, ils ont permis à leurs amis cambodgiens de découvrir Paris, Versailles, Lyon, Nîmes ou Montpellier.

C’est à 10 000 kilomètres de Paris, au cours d’une nuit d’été, à Phnom Penh, que les jeunes Khmers dévoilent leur rêve d’admirer la tour Eiffel. Le groupe se fixe alors pour objectif de trouver des financements afin de leur offrir le voyage.

Des retrouvailles méritées

“Nous sommes contentes de les accueillir, avoue Sandrine avec un sourire. Ils ont bien veillé sur nous au Cambodge.” Parties à Phnom Penh cet été, Sandrine, 23 ans, et Viviane, 21 ans, sont les seules Parisiennes du groupe. Elles ont pris du temps sur leur travail ou leurs études pour s’occuper d’eux, après ces quelques mois de séparation.

Voir atterrir Thawat, Savuy et Bunsen est l’aboutissement de longues démarches et efforts de la part des jeunes Français. Âgés de 18 à 26 ans, ils sont bien souvent étudiants ou en début de carrière. Il fallait réunir fonds nécessaires et visas, complexes à obtenir au Cambodge. Pitou, le président de l’association Cod.eau Khmer, les a aidés sur le volet administratif. Pour l’argent, les jeunes ont donné de leur poche et organisé une campagne de crowdfunding. La CCAS leur a offert l’hébergement à Paris.

Le travail dans les rizières pendant le voyage solidaire au Cambodge – Août 2017. Cambodge. ©DR

Se retrouver est l’occasion de se remémorer des souvenirs de cet été. “Là-bas, beaucoup de Français ont craqué, explique Viviane. Il n’y avait pas d’eau courante, on dormait à même le sol, il n’y avait pas non plus d’électricité pour recharger nos téléphones… Un jour, une fille s’est mise à pleurer, elle n’en pouvait plus de manger du riz matin, midi et soir.”

Côté khmer, on exprime, au contraire, une certaine admiration quant à l’adaptation des Français à des conditions pourtant difficiles. Et les jeunes Cambodgiens s’en rendent d’autant plus compte depuis qu’ils se trouvent en France. “Ils ont su s’adapter sans se plaindre”, raconte Thawat. Travail dans la rizière ou pêche au crabe, les participants se sont prêtés avec bonne volonté au jeu du voyage solidaire. L’objectif, différent de l’humanitaire, est de s’imprégner de la vie locale et quotidienne.

L’amitié à l’épreuve du choc des cultures

“Ce qui est étrange, c’est que je ressens beaucoup plus la différence culturelle ici, à Paris” s’étonne Viviane. La nourriture pose problème. Les Cambodgiens ont du mal à se passer de riz. “Je suis un peu déçue, je n’ai pas l’impression qu’ils ont pris la mesure de la valeur financière que tout cela représente”, confie Sandrine. “Ils refusent de manger du fromage alors que nous on a quand même mangé des araignées”, ironise Viviane.

Les références culturelles et sociétales sont aussi extrêmement différentes. “Le décalage est tellement grand. Ils ne connaissent pas Michael Jackson ou Bob Marley.” Devant le Moulin-Rouge, quand Sandrine décide de montrer une vidéo de french cancan aux jeunes, ils sont plutôt gênés. La sexualité est taboue dans leur pays.

Durant le voyage solidaire de cet été au Cambodge, le groupe de jeunes est allé visiter la capitale historique, Angkor. ©Sihasakprachum/Shutterstock

La relation entre les jeunes prend une autre forme en France. “Nous sommes devenues leurs guides à notre tour”, analyse Viviane. La relation s’est inversée. L’échange est réussi. Les Français auront pu rendre la pareille à leurs amis.

Pour ces jeunes Khmers, la France est aussi synonyme de liberté. Ils éprouvent des difficultés à parler du contexte politique de leur pays. Non pas par désintérêt mais plutôt par crainte des représailles. Le contexte politique au Cambodge s’est dégradé depuis quelques années. “Il faudrait que le peuple participe davantage aux actions, aux projets du pays. Malheureusement, ce n’est pas le cas aujourd’hui”, confesse finalement Bunsen.

Sur le bateau-mouche naviguant sur la Seine, les jeunes Cambodgiens vivent leurs derniers instants de magie à Paris, cette ambiance et ces lieux qu’ils n’auraient jamais imaginé contempler de leurs propres yeux un jour. “On avait du mal à y croire quand on nous a annoncé qu’on irait à Paris. Ça paraît encore surréaliste d’être ici aujourd’hui”, confie Bunsen, le professeur. Demain, ils repartiront au Cambodge partager avec leurs proches le rêve qu’ils ont vécu.

0 Commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

deux × 4 =

Mentions Légales    I    Vie privée    I    Informations sur les cookies   I    Qui sommes-nous ?    I    Plan du site    I    CCAS ©2018

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?