Marcel Paul, une vie | Et le pitau devint électricien

Brevet d’électricien de Marcel Paul, délivré au port militaire de Toulon le 31 mars 1920. Source : Archives départementales de Seine-Saint-Denis, fonds Marcel Paul.

Suite de notre chronique sur le fondateur d’EDF-GDF et du CCOS, ancêtre de la CCAS : pupille de la nation jusqu’à ses 18 ans, placé dans une ferme comme de nombreux “pitaus”, Marcel Paul s’engage dans la marine. Durant trois ans, il parcourt les mers, est formé au métier d’électricien et mène dans ses premières luttes, avant d’intégrer la Compagnie parisienne d’électricité.


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1900-1919 | Un enfant de l’Assistance publique


Le 4 avril 1919, à 18 ans, Marcel Paul prend une décision qui va changer sa vie. Il quitte la ferme de Moncé-en-Belin où il travaille depuis son enfance pour se rendre au Mans, distant d’une quinzaine de kilomètres. Il se présente à la mairie et y signe un engagement volontaire dans la marine, qui prend immédiatement effet. Il est affecté au deuxième dépôt des équipages de la flotte à Brest, où il reçoit sa formation de matelot.

Comment expliquer cet engagement volontaire ? Sans doute par le besoin que ressentait le jeune homme d’échapper à sa condition de valet de ferme. Si l’Assistance publique encourage ses pupilles à aller jusqu’au certificat d’études, elle ne se montre guère empressée de leur donner une formation professionnelle. À peine 15% des pupilles échappent, dans l’entre-deux-guerres, à leur sort d’ouvrier agricole.

“Devant la difficulté à recevoir une formation technique en agence ou dans les écoles de l’Assistance publique, un certain nombre de pupilles choisissent l’engagement volontaire comme un apprentissage professionnalisant”, note l’historien Ivan Jablonka dans “Ni père ni mère”, qui retrace l’histoire des “pitaus”, surnommés ainsi car ils viennent des hôpitaux.

La marine est particulièrement recherchée pour ses possibilités d’y acquérir une formation technique. De plus, elle offre au jeune homme qui n’a jamais quitté la Sarthe la perspective exaltante d’une vie de voyages. À bord du cuirassé “Diderot”, Marcel Paul croise durant l’été 1919 en Méditerranée orientale, faisant escale en Égypte, au Liban et en Syrie.

Les premières luttes

C’est également dans la marine que Marcel Paul est pour la première fois confronté à des mouvements politiques revendicatifs. À peine arrivé à Brest, il participe aux manifestations de marins qui ont lieu en juin 1919 pour protester contre des retards de paiement de solde. Des affrontements ont lieu avec les gendarmes. Les matelots insurgés défilent derrière un drapeau rouge, et protestent aussi contre l’intervention française contre les bolcheviks. Durant l’été 1919, une nouvelle mutinerie éclate à bord du “Diderot”. En quelques mois, l’horizon de Marcel Paul, qui se limitait jusque-là au bocage de la Sarthe, s’élargit. Le voici plongé dans le bain brûlant des luttes sociales et politiques.

De retour à Toulon, il achève sa formation d’électricien, et obtient son diplôme le 31 mars 1920. Le lendemain, il est affecté à bord d’un aviso [petit navire de guerre servant d’escorteur, ndlr] tout juste sorti des chantiers navals, “le Toul”, et participe aux essais du bâtiment qui est ensuite envoyé en mer Noire. Si la paix est revenue en Europe occidentale depuis le 11 novembre 1918, des combats se poursuivent dans sa partie orientale, déchirée par le démantèlement de l’Empire ottoman et la guerre civile dans la jeune URSS. La flotte française de la mer Noire soutient les armées blanches qui combattent le nouveau pouvoir communiste.

Le 4 avril 1922, après trois années sous les drapeaux, Marcel Paul est renvoyé dans ses foyers. De Brest, il file vers Paris et s’installe rue Rambuteau. Grâce à son diplôme d’électricien, il est aussitôt engagé à la Société des transports en commun de la région parisienne, ancêtre de la RATP.

Au bout de quatre mois, il en démissionne. Dans le Paris des Années folles, en plein boom économique, il trouve sans difficulté à s’embaucher dans d’autres entreprises. Le 14 mai 1923, Marcel Paul entre à la Compagnie parisienne d’électricité, entreprise recherchée pour son statut avantageux. Il va y faire toute sa carrière. Comme il le dira souvent par la suite : “J’étais devenu ouvrier, et fier de l’être.”


À retrouver le mois prochain sur notre site :
Marcel Paul, une vie | La découverte du syndicalisme



“Marcel Paul, un ouvrier au Conseil des ministres”, de Nicolas Chevassus-au-Louis et Alexandre Courban
L’Atelier, 224 p., 18 euros.

Commander le livre :
Chez un libraire ou auprès de l’Institut d’histoire sociale Mines-Énergie : ishme@fnme-cgt.fr


 

2 Commentaires
  1. Soro 9 mois Il y a

    J’ai oublié de signaler que l’article est de René Gaudy mais chacun avait compris

  2. Soro 9 mois Il y a

    Nicolas Chevassus
    Hier recherchant une information sur des anciens agents syndicalistes des sociétés avant la naturalisation, j’ai consulté le site Maitron et il y a un document sur PAUL Marcel très bien documenté avec des détails que j’ignorais surtout la période du passage CCOS à CCAS période fin 1962 lorsqu’il tomba malade et partit se soigner près de Moscou à Borvika…
    Homme exceptionnel que comme beaucoup de personnes de ma génération l’ont rencontré et cerise sur le gâteau en 1981 lors de sa venue à Dijon mon épouse lui demande s’il veut bien signer le statut national ce qu’il fit avec un grand sourire.
    Nicolas nous nous sommes rencontré chez moi pour un travail que tu traitais sur EGA te souviens tu des petits gateaux

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