Mauricette Hennevin, fée aux doigts d’or pour les démuni·es

Mauricette Hennevin, retraitée des Industries électriques et gazières, met sa passion du tricot au service des plus démuni·es. ©Charles Crié/CCAS

Le tricot est le violon d’Ingres de Mauricette Hennevin depuis l’enfance. Ancienne comptable, bénévole dans diverses associations caritatives de sa ville natale de Marly (Nord), la mamie tricoteuse habille les bébés prématurés de l’hôpital de Valenciennes.

Dans la vie de Mauricette Hennevin, bénéficiaire de la CMCAS Valenciennes, il y a le chant choral et le tricot. Et puis une inextinguible foi dans l’humanité qui se manifeste par une grande empathie envers les autres ; les moins favorisés, les “moins chanceux”, comme elle dit. La dame de 75 ans, ancienne comptable, retraitée des Industries électriques et gazières, s’est très tôt engagée dans le bénévolat.

Depuis 2013, Mauricette tricote pour les bébés prématurés et grands prématurés, dont certains ne pèsent même pas un kilo. Des brassières et des pantalons miniatures, des bonnets et des chaussons minuscules. Des vêtements de lilliputiens ! “J’ai toujours aimé tricoter. J’ai commencé vers 7 ans, je n’ai jamais cessé depuis”, confie-t-elle. Un héritage transmis par sa mère et sa grand-mère, devenu au fil du temps une passion.

Bonnet en tricot pour bébé prématuré réalisé par Les mamies tricoteuses de Marly. ©Charles Crié/CCAS

En 2013, Mauricette répond à l’appel lancé, dans “la Voix du Nord”, par Les Blouses roses, une association intervenant dans les hôpitaux et les Ehpad. Le service de néonatologie de l’hôpital de Valenciennes a besoin de layette pour habiller ses prématurés (600 naissances par an). L’intéressée rencontre le chef du service, le professeur Fabrice Lapeyre ; puis embarque dans l’aventure ses cinq amies tricoteuses (Danièle, Marie-Françoise, Édith, Thérèse et Josiane) de la section activités manuelles de l’Amicale laïque de Marly, un atelier qu’elle a créé en 2012. Et voilà la bonne fée Mauricette qui se penche sur les berceaux des prématurés.

Tricoter pour sauver des vies

Les tricots sont également proposés sur les marchés de la région.

La tâche s’avère immense, complexe ; un vrai défi pour celles que l’on nommera plus tard Les mamies tricoteuses de Marly. Le tricot, dans un fil très fin tout acrylique, doit être très souple, sans points ajourés, avec des coutures invisibles pour ne pas abîmer la peau extrêmement fragile des nouveau-nés. Aucun patron n’existe pour une telle morphologie. Alors Mauricette invente un prototype pour ces microgabarits, qu’elle soumet ensuite au docteur Lapeyre.

“Il nous a fallu trois mois pour créer deux modèles basiques de brassières, pantalons, chaussons. Un modèle très simple, et un autre plus élaboré. On a tricoté un premier bonnet de 60 mailles. Mes copines étaient convaincues qu’il serait trop petit, se rappelle-t-elle. Or, il était encore trop grand !” Finalement, 50 mailles à peine suffiront pour un bonnet riquiqui ! “Le professeur Lapeyre me l’avait pourtant dit : la tête fait la taille d’une petite clémentine !”, raconte en souriant Mauricette.

Des travaux délicats de dentellières que ces bonnes fées aux doigts d’or réalisent avec ferveur. Des nids d’anges, des couvertures sont également fabriqués pour “le peau à peau, fondamental pour nouer des relations” : les parents peuvent ainsi câliner, peau contre peau, leur tout-petit bien emmitouflé.

“Lorsque le personnel médical leur tend leur bébé habillé, ça veut dire pour les parents qu’il est tiré d’affaire”

Remerciements des parents bénéficiaires de la solidarité des tricoteuses. ©Charles Crié/CCAS

Mauricette n’apporte pas seulement de la chaleur aux nourrissons, elle procure un formidable espoir aux parents. “Lorsque le personnel médical leur tend leur bébé habillé, ça veut dire pour eux qu’il est tiré d’affaire”, explique-t-elle, émue. Cinquante pièces sont livrées à la maternité la première année. Plus de 1 800 le seront en 2019. Une grande fierté pour le club des tricoteuses qui rassemble désormais plus d’une vingtaine de petites mains à l’atelier de l’Amicale laïque de Marly.

Sans compter celles, isolées, qui réalisent, sur les indications de Mauricette, des compositions qu’elles envoient régulièrement au club. Fortes de leur expérience, grâce à leur dextérité, les mamies tricoteuses peuvent désormais s’éclater, laisser s’exprimer leur talent et leur créativité. “C’était un peu frustrant au début, les mêmes tons monotones. Maintenant, on joue sur les couleurs, sur les motifs, sur les points : mousse, point de riz… On y met un peu de fantaisie”, s’enthousiasme Mauricette.

Devoir de solidarité

Cette mère de trois enfants et grand-mère s’estime gâtée par la vie. “La vie m’a bénie ; j’ai eu beaucoup de chance, juge-t-elle. Alors je me dois d’aider en retour.” Née à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en janvier 1944 à Marly, tout près de Valenciennes, Mauricette est victime d’une rupture d’anévrisme à 13 ans. Elle s’en sort indemne. “Un miracle !” La vie comme un cadeau…

Elle en gardera une reconnaissance inaltérable, qu’elle concrétise dans l’engagement solidaire bénévole auprès d’associations caritatives, tels les les Restos du cœur et Emmaüs… Coanimatrice des Chœurs du Cœur du Valenciennois, Mauricette organise régulièrement des concerts dont les recettes sont versées pour les actions des compagnons d’Emmaüs. Celle qui “voue une profonde admiration à l’abbé Pierre, pour son humilité et sa tolérance” – elle a eu le privilège de le rencontrer – s’attache à appliquer sa doctrine “faire pour, avec, mais pas à la place de…”

Les fondatrices des Mamies tricoteuses de Marly. ©Charles Crié/CCAS

“En se rendant utile, en aidant les autres, on se guérit aussi souvent soi-même. C’est ce qui se passe dans notre club. On fait de la tricothérapie !”, constate-t-elle. Mettre ses compétences au service des autres, apporter du réconfort à ceux que la vie a lésés, leur rendre la vie un peu plus douce, Mauricette n’est pas près de s’arrêter. Alors, elle et ses amies tricotent, encore et toujours, des pulls, des ponchos, des écharpes, des moufles… donnés aux enfants démunis ou vendus lors de kermesses ou de marchés de Noël, toujours au profit des associations locales. Son rêve ? “Que des ateliers de tricot pour habiller les prématurés se créent partout en France, comme celui qui vient d’ouvrir à Mâcon.”


Vous souhaitez aider ?

Si vous souhaitez apporter votre soutien à Mauricette et à ses copines tricoteuses, pour des dons de laine, d’aiguilles, de petits boutons, ou si vous voulez tricoter pour l’atelier de l’Amicale laïque de Marly, vous pouvez la contacter au 03 27 29 31 03 ou sur la page Facebook Les mamies tricoteuses de Marly.

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