Sophie Muffang : “La retraite ? Pas si simple !”

© Julien Millet/CCAS

Sophie Muffang, psychologue clinicienne à Paris © Julien Millet/CCAS

Auteure en 2009 de “La retraite ? Pas si simple !”, la psychologue clinicienne Sophie Muffang anime et conçoit des séminaires de formation à la retraite. 

Faut-il penser à sa retraite à l’avance ?
Cela me paraît indispensable. Je préconise de le faire dans l’année qui précède le départ, mais les plans de formation des entreprises ne le prévoient pas toujours. Certaines personnes éprouvent le besoin d’y penser trois ou quatre ans avant. À mon sens, c’est un peu tôt ; mais elles peuvent en avoir besoin pour se rassurer.

Que faut-il se demander ?
C’est la représentation que chacun a de cette étape de la vie qui compte. En formation, je propose un exercice simple : faire un tableau avec d’un côté ce que l’on imagine gagner et de l’autre ce que l’on craint de perdre. Puis on en discute en groupe, sans chercher le consensuel bien sûr. Il est important d’en parler, car si certaines craintes peuvent se traduire en pertes objectives, d’autres sont subjectives. La vie est bien faite : parler de la joie l’augmente, parler de la peur la diminue. Mettre des mots peut permettre de relativiser ou d’élaborer des stratégies.

C’est important de le savoir à l’avance : on peut alors trouver les ressources, faire des passerelles entre la colonne des gains et des espoirs et celle des pertes et des peurs. Dans la colonne gagner, je m’appuie sur Sénèque : « Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va ! » Si vous ne savez pas où vous voulez aller pendant ces vingt à trente ans, vous allez répondre aux sollicitations des uns et des autres. Et les jeunes retraités peuvent être très sollicités, car ils sont bourrés de compétences. Mais cela ne répond pas à la question de ce que vous, vous voulez faire. J’ajouterai que faire partie d’une grande entreprise peut constituer une part de notre identité sans que l’on en soit forcément conscient et que la retraite peut enclencher la perte de cette identité. C’est parfois encore plus vrai pour les cadres supérieurs ou dirigeants, sur-sollicités, voyageant énormément, etc.

Est-il important de faire un pot de départ ?
Il faut célébrer cette sortie car nous avons besoin de rites pour nous relier à d’autres dans le réel comme dans le symbolique. Un pot au café d’en face avec quatre collègues un soir peut être suffisant. Ou bien un barbecue le dimanche qui suit. Peu importe. Il faut pouvoir dire au revoir, potentiellement merci, ou même faire la paix, sans rancune, en étant tranquille, en posant les choses. Lorsqu’il y a eu souffrance au travail, j’insiste encore plus : faites un pot, ne serait-ce qu’avec deux personnes… Ce n’est pas parce qu’on sort de l’entreprise que l’on sort de la société. On y reste, même si, au regard de la Sécu, il faudra cocher la case inactif.

Faut-il nécessairement avoir des projets ?
Vouloir vivre sereinement avec son environnement peut être un projet. Un bon projet est concret, réaliste et réalisable, personnel et cohérent avec qui je suis et conciliable avec mon environnement personnel. Et surtout il doit être renégociable. Pour avoir un bon projet, il faut aussi rêver, car la pensée est créatrice.

Pour en savoir plus : “La retraite ? Pas si simple ! Comment passer le cap”, par Sophie Muffang, Ellipses, 2009.

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