Philippe Arlin : “On peut s’éduquer sexuellement à n’importe quel âge”

Sexologue à Paris et Poitiers, Philippe Arlin intervient aussi dans l’émission radio de Brigitte Lahaie (sur RMC puis Sud radio). ©J.Millet/CCAS

Son plus vieux patient a 83 ans, et vient de tomber amoureux. Sexothérapeute, Philippe Arlin recueille les confidences d’hommes et de femmes en verve, en panne ou en détresse. Son diagnostic : trop de pression ! Dans son livre, “Sexuellement incorrect”, il invite à modifier les représentations étriquées de la sexualité, pour jouir mieux, et plus longtemps.

Cet article est issu du numéro spécial “Senior” du Journal des Activités Sociales de l’énergie

Dans “Sexuellement incorrect”, vous tentez de déconstruire certains mythes sur la masculinité, la féminité et la sexualité. Selon vous, quel est le plus dévastateur ?

Il y a une prédéfinition des rôles et de la sexualité à travers le coït – qui, si on est réaliste, est plus utile pour la reproduction que pour le plaisir. Cela amène à bien plus de problèmes que de solutions. Quand ça fonctionne, c’est génial ! Mais cette fixation sur le coït mène souvent à considérer que s’il n’a pas lieu, c’est qu’on a “joué à touche-pipi”… Or c’est le corps tout entier qui doit être en jeu dans le plaisir, que l’on restreint bien souvent à deux petites zones physiologiques, le pénis et le vagin. Et quand ces deux zones tombent “en panne”, est-ce à dire qu’il n’y aurait plus de sexualité ? Toute la question de la sexualité des seniors est là.

Au-delà de 50 ans, pourquoi vos patients vous consultent ?

Les femmes me consultent pour résoudre les problèmes liés à la ménopause. Parfois parce qu’elles viennent de tomber amoureuses et qu’elles se demandent comment “remonter sur la bicyclette”. Mon plus vieux patient avait 83 ans, et venait aussi de tomber amoureux. J’ai surtout beaucoup d’hommes au-dessus de 65 ans qui consultent pour des problèmes d’érection. Ils attendent de moi une solution : dans leur esprit, s’ils ne bandent pas, ils ne peuvent pas avoir de rapport sexuel. C’est la double peine [pour la partenaire] : si moi je ne peux pas, l’autre n’aura rien ! Mais il faut savoir qu’il est possible de donner et recevoir du plaisir sans cela. Si l’on définit la sexualité comme un échange entre deux partenaires pour se donner du plaisir, jusqu’à la dernière minute, nos corps – sauf s’ils sont perclus de douleurs – seront toujours capables de répondre.

“Embrasser les valeurs du slow sex, et être plus à l’écoute de nos sensations.”

Le déclin de la puissance sexuelle serait une bonne occasion de découvrir d’autres formes de plaisir ?

De fait, on ne peut plus en appeler aux mêmes mécanismes. Or si l’on n’envisage pas une sexualité plus indépendante des organes sexuels, si toute la sexualité se construit autour de la fantasmatique d’une puissance virile, on est mal. Parce que la sexualité à venir est plutôt liée aux caresses qu’à une “présence musclée” et physique. Le fait d’être “senior” conduit à embrasser les valeurs du slow sex, ce sexe au ralenti, moins axé sur la vitesse, la performance et la puissance… qui permet d’être beaucoup plus à l’écoute de nos sensations.

Et si le désir n’est plus là ?

S’il y a une perte réelle de désir – je dis “réelle”, car c’est parfois une manière de se cacher d’autres problèmes – et qu’elle est partagée, alléluia ! Car la sexualité n’est pas obligatoire. Mais si dans un couple, comme c’est le cas majoritairement, la perte de désir n’est pas réciproque, c’est problématique. Et 60 % des consultations concernent une perte de désir chez la femme.

“Il y a des femmes qui considèrent que la ménopause sonne l’heure de la retraite.”

Devant le désir, les hommes et les femmes ne sont pas égaux ?

Mais tout cela est construit ! Dans mon approche en sexothérapie, la femme n’a pas moins de désir du fait de sa constitution biologique, mais de par sa constitution historique et culturelle, qui l’a amenée à ne pas écouter son désir. On a toujours validé le désir de l’homme, mais très peu celui de la femme. Pour une femme, “avoir envie” est toujours stigmatisé. Si en plus vous êtes âgée et que vous aimez le sexe, vous êtes une obsédée ! Alors que l’homme âgé encore actif est juste “vert” (c’est l’expression), et ce n’est jamais péjoratif. D’autre part, il y a des femmes qui considèrent que la ménopause sonne l’heure de la retraite. Leur éducation ne leur a pas appris à rechercher du plaisir, mais à rêver leur désir au travers de l’enfantement…

“La sexualité est riche si on la nourrit !”

Pour bien jouir après 60 ans, il faudrait commencer à s’éduquer sexuellement plus tôt ?

On peut s’éduquer sexuellement à n’importe quel âge. À condition d’accepter d’apprendre, et de remettre en cause le mode d’emploi s’il y a un problème. La sexualité est riche si on la nourrit ! Au lieu de répéter des schémas qui ne sont pas les nôtres, il faut se donner le droit de découvrir la forme que la sexualité peut prendre pour nous. Et ensuite commencer à construire la sexualité du couple, et apprendre à “cuisiner” cette sexualité ensemble.

À quoi ressemble le monde “sexuellement incorrect” que vous appelez de vos voeux ?

Un monde où il n’y a plus de jugement, où l’on ose exprimer ce qu’on ressent et ce dont on a envie indépendamment de son sexe ou de son âge. Des tonnes de stéréotypes nous enferment, et tout le monde en souffre. Alors osez ! Osez, quelle que soit l’idée que vous vous faites de cette envie, peu importe ce qu’elle dit de vous, parce qu’elle ne dit rien.

À lire
“Sexuellement incorrect, Libérez votre désir, le sexe n’a pas de genre !”, préface de Brigitte Lahaie, éd. La Martinière, 2017, 256 p., 17,50 €Site internetwww.arlin-sexo.frConsultations au 28 Rue de Lagny à Paris et au 61 Rue des Feuillants à Poitiers.
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