“Reformuler les frontières entre le Je et le Nous” : les Activités Sociales au défi de nouvelles mutations

Assemblée générale annuelle des présidents de CMCAS, le 11 octobre 2018 à Montreuil.

Assemblée générale annuelle des présidents de CMCAS, le 11 octobre 2018 à Montreuil. ©Charles Crié/CCAS

Le sociologue Michel Vakaloulis a livré la synthèse de quarante entretiens réalisés en 2017 auprès de professionnels et d’élus de CMCAS, devant l’assemblée des présidents de CMCAS réunis le 11 octobre au siège de la CCAS, à Montreuil. Il a indiqué à la fois les écueils à l’action des Activités Sociales et les nouveaux sentiers que celles-ci devraient emprunter.

Parties intégrantes au contrat de travail des agent·es des Industries électriques et gazières, les Activités Sociales sont confrontées aux grands bouleversements qui traversent la vie des agents et de leurs familles : démographiques, avec l’élargissement des fonctions cadre au sein des entreprises ; managériaux, avec l’individualisation des carrières ; économiques, avec des restructurations multiples qui frappent les entreprises de la branche.

Comme les agent·es, les Activités Sociales sont également placées face à des changements sociétaux : recompositions familiales ; émergence de nouveaux groupes comme les jeunes retraités ou le “grand âge” ; l’utilisation d’un “temps libre” fractionné, et les ressources qui y sont consacrées ; les sollicitations d’un marché de l’offre des vacances, de la culture et des loisirs.

Ces mutations touchent également, note l’auteur, le mouvement syndical dans son ensemble. “Les présidents interviewés sont conscients que la désaffection à l’égard du militantisme représente un obstacle majeur pour préparer l’avenir. Toutefois, la “crise du militantisme” n’est pas une fatalité”, précise Michel Vakaloulis, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’université Paris 8, pour qui il s’agit plutôt d’y voir des manifestations d’une “reformulation des frontières entre le je et le nous”. Le 11 octobre dernier, il présentait aux président·es de CMCAS réuni·es en assemblée générale un rapport de 87 pages intitulé “Les Activités Sociales et culturelles de l’énergie au quotidien”

Rendre lisible l’offre

L’enquête pointe d’autres obstacles aux déploiements des Activités Sociales, tels que l’inadéquation entre le mode de vie des “bénéficiaires non pratiquants” – ceux qui n’utilisent pas les Activités Sociales – et l’offre globale de la CCAS et des CMCAS ; des grilles tarifaires des activités et des services proposés qui “peuvent être dissuasives pour certaines catégories de bénéficiaires”.

Pour y remédier, l’auteur propose quelques pistes de réflexion comme “rendre lisible l’offre”, “déchiffrer les attentes”, voire “segmenter” l’offre en fonction des publics, “le décroisement des activités nationales et/ou locales”. Si la communication des CMCAS est d’informer les bénéficiaires sur leurs droits et les modalités pour y accéder, “la quasi-totalité des enquêtés”, note l’auteur, mentionne, en dépit de vrais progrès réalisés ces dernières années, la persistance de “sérieuses difficultés en matière de communication au niveau des CMCAS”.

Renforcer la communication à l’ère du numérique

Si, par exemple, la mise en service de la billetterie en ligne a incontestablement rencontré le succès, la communication de proximité reste à renforcer, car, indique l’auteur, “l’arrivée du numérique bouscule les modes de communication et de consommation dans la société”. Il s’agit donc, selon lui, “de repenser l’articulation entre proximité numérique, proximité physique et proximité nationale” de façon urgente.

Au fil de cette enquête, il apparaît que les Activités Sociales semblent être partagées entre, d’une part, l’adaptation totale au marché de l’offre concurrentielle des vacances, des loisirs et de la culture, et, d’autre part, le pari, renouvelé, d’une appropriation collective des moyens de l’émancipation individuelle autour de la coconstruction d’activités “par et pour” mises en oeuvre par les électriciens et gaziers et leurs familles. En cela, elles ne sont pas hors des grandes problématiques de leur temps qui voient se disputer des conceptions de la société entre consommation passive et utilisation active. La voie est étroite et, “le risque ici, souligne Michel Vakaloulis, est de subvertir l’existence des Activités Sociales et culturelles dans son principe même, de faire éclater le cadre collectif, de perdre l’envie de faire ensemble”.

En conclusion de cette enquête, Michel Vakaloulis préconise de “s’engager dans la bataille de l’efficacité sociale” et de redéployer l’offre pour cibler aussi les bénéficiaires dans toute leur diversité.

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