Retraites : répartition contre capitalisation, ou la société que nous voulons

Des ouvriers cassent la croûte lors d’une pause, 1932, Mondial Photo-Presse. Source : gallica.bnf.fr/BNF

Issu du Conseil national de la Résistance, le système de retraite par répartition tient en principe les pensions des travailleurs à l’écart des aléas politiques et financiers. Un système avec lequel les gouvernements successifs tentent de rompre. Mais à quel prix ?

“Une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours” : telle est la formule, aussi sobre qu’efficace, qu’avait retenue le Conseil national de la Résistance dans son programme adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944. Ce droit à la retraite était un élément d’un “plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État”.

C’est ce plan qui va être mis en œuvre par le ministre du Travail communiste Ambroise Croizat dès la Libération. Ses ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 créent en France un système obligatoire de Sécurité sociale, qui instaure en particulier un droit à la retraite.

Un droit à préserver

Ce système repose sur deux principes. D’une part, un financement partagé entre employeurs et salariés, par le biais de cotisations obligatoires prélevées sur les salaires. C’est là le fondement du système de retraite par répartition : les actifs paient la retraite de leurs aînés. D’autre part, une gestion paritaire des caisses de retraite, administrées par les représentants des salariés (majoritaires) et ceux des employeurs. La philosophie du système est de tenir l’État à l’écart tant du financement que du fonctionnement des caisses de retraite, de manière à éviter les aléas politiques. La retraite est un droit, et doit donc pouvoir être garanti quelle que soit la politique menée.


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Dans ses grandes lignes, ce système né des idées de la Résistance et reposant sur la solidarité entre générations est toujours en vigueur. Certes, les gouvernements qui se sont succédé depuis le début des années 2000 s’efforcent d’encourager la retraite par capitalisation, qui fait que chaque salarié épargne individuellement pour ses vieux jours. Mais l’attachement au système de répartition reste d’autant plus profond que des épisodes récents – comme la crise des subprimes aux États-Unis en 2008 – ont montré la fragilité des systèmes de retraite par capitalisation, à la merci d’un retournement des marchés financiers.

Le serpent de mer des réformes

Pourquoi réformer un système qui marche ? Du plan Juppé de 1996 aux actuels projets d’Emmanuel Macron en passant par la réforme Fillon de 2010, l’argument est toujours le même : l’augmentation de l’espérance de vie et l’arrivée de plus en plus tardive sur le marché du travail font qu’il y a de moins en moins d’actifs qui travaillent pour payer les pensions des retraités. Le ratio est aujourd’hui de 1,7 actif par retraité, mais diminuerait à 1,5 d’ici à trente ans selon les projections démographiques. L’argument semble imparable, mais oublie que le financement des retraites est avant tout une question de partage entre salariés et actionnaires des richesses créées… et donc un choix de société.

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