Sénégal : “La fermeture des marchés a beaucoup fragilisé les gens”

Pour pallier la fermeture des marchés de brousse durant deux mois, l’association Tche Kanam, partenaire de la CCAS, a distribué des denrées de première nécessité aux habitants de Ndiarone, au sud de Dakar. ©Nadine Diop

Quel impact la pandémie a-t-elle sur les partenaires des Activités Sociales et les populations qu’elles soutiennent à l’étranger ? Entretien avec Nadine Diop, fondatrice de l’association Tche Kanam, qui mène depuis 2008 des projets d’accès à l’éducation et à la santé au Sénégal, en partenariat avec la CCAS.

En quoi consiste le partenariat entre Tche Kanam et la CCAS ?

En 2008, la CCAS a cofinancé la deuxième école que nous avons construite. Depuis, nous organisons des voyages solidaires pour permettre aux bénéficiaires de découvrir les actions financées par la CCAS dans les domaines éducatif et médical, et d’apporter une aide aux villageois. Lors de chaque séjour, les vacanciers collectent des fonds pour financer les visites médicales des enfants et participer aux frais d’hospitalisation et à l’achat de médicaments. Les actions de Tche Kanam touchent environ 300 enfants.

Quelles conséquences l’épidémie de Covid-19 a-t-elle eu sur les populations auprès desquelles vous intervenez ?

Dans le village de Ndiarone, au sud de Dakar, où nous avons construit une première école maternelle en 2003, aucun cas de coronavirus n’a été signalé. Dakar et certaines villes ont été touchées, mais pas les autres régions. Il y aura certainement plus de morts du paludisme que du coronavirus cette année.

Au Sénégal, il n’y a pas eu de confinement strict mais un couvre-feu a été instauré et les grands rassemblements ainsi que la circulation entre les régions ont été interdits. On ne pouvait pas aller à Dakar et les gens de Dakar ne pouvaient pas venir à Ndiarone.

Distribution de denrées de première nécessité aux habitants de Ndiarone, au sud de Dakar, durant le confinement décrété au Sénégal.

Quel a été l’impact sur l’économie locale ?

Les grands marchés de brousse, où l’on vient se ravitailler en produits de première nécessité (légumes, céréales, animaux…), ont été fermés début mars. Or, ces marchés, qui regroupent des milliers de personnes chaque semaine, sont le poumon économique des villages. Conséquence : les familles se sont retrouvées sans ressource. La fermeture des marchés a beaucoup fragilisé les gens. Avec Tche Kanam, nous nous sommes donc organisés pour distribuer aux habitants de Ndiarone du riz, de l’huile, du sucre et du savon.

Suite aux protestations de la population, Macky Sall a de nouveau autorisé les marchés et la circulation entre les régions. C’est une bonne nouvelle ?

Oui, la dynamique commence à reprendre et les marchandises se remettent à circuler. Les paysans vont enfin pouvoir vendre leur mil et nourrir leur famille. Mais la reprise est très progressive, car face à ce virus invisible, il y a toujours de l’inquiétude et du stress.

Allez-vous poursuivre la distribution de nourriture ?

Oui. Et si la situation reste difficile pour les familles, nous ferons appel au don. Tout cela s’inscrit dans la continuité de nos activités puisque nous proposons pendant l’année scolaire un petit déjeuner aux enfants des écoles dont nous nous occupons, ainsi qu’un déjeuner dans l’une de ces écoles.

Le tourisme, secteur économique essentiel pour le pays, doit être également très touché.

Le tourisme est en effet l’autre poumon économique du Sénégal. Aujourd’hui, il y a très peu d’avions qui atterrissent ou qui décollent, donc il n’y a tout simplement plus de tourisme. Je suis gérante d’un hôtel sur la côte, le Ben’tenier, qui accueille notamment des voyageurs en séjour solidaire. Nombre de nos clients font partie d’associations qui viennent apporter une aide dans le domaine de l’éducation ou de la santé. Or, à cause de l’épidémie, nous avons dû fermer l’hôtel et nous ne pourrons le rouvrir qu’à partir de juillet pour une clientèle locale. Quant au séjour solidaire prévu avec la CCAS au mois de novembre, il a dû être annulé. Par ailleurs, il y a des structures comme les pouponnières [orphelinats, ndlr] qui comptent beaucoup sur les touristes : ils leur apportent des vêtements ou du lait et parrainent parfois des familles.

Site Internet de l’association : www.tche-kanam.com


Pour aller plus loin :
“Sénégal, des femmes d’exception”

En 2015, la réalisatrice Laurène Renoux a réalisé “Sénégal, des femmes d’exception”, webdocumentaire coproduit par Nadine Diop et cofinancé par la CCAS. Il donne la parole à des Sénégalaises qui se battent pour l’éducation et la santé des enfants, ainsi qu’à des voyageuses solidaires, salariées des Industries électriques et gazières, ayant participé aux activités de l’association Tche Kanam.

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