“Cela va faire drôle quand ils partiront…”

Soudanais et Afghans, les jeunes hommes accueillis à Trébeurden (Côtes-d’Armor) témoignent de leur parcours et envisagent leur avenir.   ©C.Crié/CCAS

En Bretagne comme ailleurs, la CCAS accueille des migrants dans ses centres de vacances, devenus centres d’accueil et d’orientation (CAO). Alors que l’expérience touche à sa fin, une délégation des Activités Sociales de l’énergie s’est rendue dans les Côtes-d’Armor et dans le Finistère, pour saluer l’implication des bénévoles et des salariés dans l’accueil des migrants.

Mercredi 25 janvier, début de journée ordinaire au centre d’accueil et d’orientation (CAO) pour les migrants installé dans le centre de vacances CCAS de Trébeurden (Côtes-d’Armor) depuis fin octobre et jusque fin mars. Certains débutent une partie de baby-foot, d’autres feuillettent un cahier de dessins, à la recherche de leur portrait à l’aquarelle réalisé par un dessinateur rennais lors d’une précédente visite. Youssif découvre le sien en souriant, avec la mention “supporter de l’En Avant de Guingamp”, souvenir du match auquel il a assisté au stade de Roudourou.

Mais aujourd’hui n’est pas tout à fait une journée comme les autres. Des visiteurs viennent rencontrer ces migrants soudanais, érythréens et afghans. Parmi eux, Jean-François Larher, président de la CMCAS Haute-Bretagne, Nicolas Cano, président de la CCAS, Jean-François Coulin, président du Comité de Coordination des CMCAS, et Kléber Arhoul, préfet et coordinateur national de l’accueil des migrants. C’est ce dernier qui a sollicité la CCAS pour la mise à disposition de certains de ses centres de vacances, alors que s’annonçait l’opération de démantèlement du campement de Calais. À l’unanimité, le conseil d’administration de la CCAS a répondu favorablement.

Lire aussi : L’accueil des réfugiés à la CCAS

Aux côtés des réfugiés, l’ensemble des acteurs et actrices de leur accueil, à Trébeurden : salariés de l’association Coallia, bénévoles et délégation des Activités Sociales de l’énergie et préfet missionné par l’État.  ©C.Crié/CCAS

“Notre première valeur, la solidarité”

“C’est tout naturellement que nous avons mis à disposition notre patrimoine immobilisé, car la première valeur qui nous guide est la solidarité”, explique Nicolas Cano :

“Nous avons un point de vue sur la politique européenne à l’égard des réfugiés, sur la position de l’État français, qu’on ne partage pas forcément. Pour autant, nous ne pouvions pas rester les bras croisés devant cette situation.”

Kléber Arhoul souhaite aux migrants “la bienvenue en Bretagne” et exprime “les remerciements de l’État à l’égard de la CCAS, un partenaire formidable pendant tout ce processus”. Grâce à un interprète, un échange s’engage. “J’ai laissé une famille au Soudan ; j’ai trouvé une grande famille ici”, témoigne l’un d’eux. Des 60 adultes qui se sont rendus à l’origine dans les centres CCAS de Trégastel et de Trébeurden, il en reste aujourd’hui 42, regroupés à Trébeurden. Dans les Côtes-d’Armor, la CCAS gère également un CAO pour mineurs à Saint-Cast.

“Une huitième personne a été reconnue comme réfugiée hier”, indique Sébastien Bazin, qui coordonne les CAO de Côtes-d’Armor pour l’association Coallia. Ceux-là devraient obtenir un logement. Trois demandes d’asile sont en cours et treize autres rendez-vous viennent d’être fixés à la préfecture de Rennes. Une fois la demande d’asile effectuée, ils seront réorientés, en fonction des places disponibles, vers un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada), notamment dans le Finistère et le Morbihan.

Autour de la table (de g. à dr.) : Kléber Arhoul, préfet coordinateur national pour l’accueil des migrants, Nicolas Cano, président de la CCAS, Jean-François Coulin, président du Comité de Coordination des CMCAS, et Gilles Chatelain, membre du conseil d’administration de la CCAS en charge des questions internationales. ©C.Crié/CCAS

“La plupart d’entre nous ont un métier”

Mais comment les premiers intéressés voient-ils leur avenir ? “La plupart d’entre nous ont un métier”, répond un migrant. Ils espèrent obtenir le statut de réfugié pour “mener une vie normale, comme des Français”. “Nous sommes un peu angoissés par ce problème de papiers”, ajoute son voisin. L’un travaillait dans la restauration, un autre dans le bâtiment et l’agriculture, un troisième était cordonnier, celui-ci berger, tandis que celui-là se verrait bien “dans la sécurité des magasins”. “Tous ces métiers sont passionnants, il y a de la demande, mais il y a une règle, apprendre le français, condition de la réussite”, note Kléber Arhoul. L’apprentissage du français se fait cependant, ici, uniquement grâce à la bonne volonté des bénévoles de l’association Lire et écrire. Même engagement du côté du collectif Les gens heureux d’accueillir des réfugiés à Trégastel et à Trébeurden, qui s’est spontanément créé.

Une initiative dont se félicite Jean-François Larher :

“Nous avons eu une soirée sur la culture bretonne, une soirée crêpes… Des petites choses qui paraissent anodines mais qui créent beaucoup de lien et de chaleur. Aujourd’hui, un groupe part pour un tournoi de foot dans un lycée agricole de Morlaix.”

La visite est aussi l’occasion de rendre hommage à l’engagement du personnel des centres CCAS. Dix personnes travaillent toute l’année à Trébeurden. La responsable, Colette Houstler, est ravie de connaître une animation qui n’existe pas habituellement, à cette période creuse de l’année. “Cela va faire très drôle quand ils partiront…”, prédit-elle.

Lire aussi : Calais-Trébeurden, reportage auprès des bénévoles

Temps de repas et de repos à Trébeurden.   ©C.Crié/CCAS

“C’était une aventure”

Après deux bonnes heures de voiture, c’est dans le Finistère que se poursuit la journée, au centre de vacances CCAS du Pouldu, sur la commune de Clohars-Carnoët. Jean-François Coulin rappelle que ce CAO pour mineurs a été créé dans l’urgence, début novembre : “Il a fallu qu’on trouve des bénévoles pour monter ce centre en dix heures et vous êtes arrivés le soir en bus.” Le Secours populaire français du Morbihan a fourni des vêtements chauds et une équipe d’encadrement a été constituée. “C’était une aventure, on ne savait pas trop où on allait”, reconnaît Bruno Rathouit, président de la CMCAS Finistère-Morbihan. Dans le département, la CCAS gère également un CAO pour mineurs à Port-Navalo.

Quinze jeunes sont présents dans le CAO du Pouldu, qui ferme ses portes le 31 janvier (lire l’encadré). “Seuls douze d’entre vous ont pu partir [en Grande-Bretagne, ndlr]. Nous ne comprenons pas le gouvernement britannique”, intervient le maire de Clohars-Carnoët, Jacques Juloux. “Pendant tout votre séjour, je n’ai pas entendu un seul mot désagréable vous concernant”, assure-t-il. Certains jeunes ne cachent pas leur déception quand Kléber Arhoul leur explique que “le gouvernement français négocie toujours avec le Royaume-Uni mais uniquement sur des cas particuliers”. Il ajoute que ceux qui seront reconnus majeurs rejoindront un CAO pour majeurs et incite son auditoire à demander l’asile en France : “Le temps d’instruction d’un tel dossier, il y a encore peu, était de deux ans. Le gouvernement a baissé le délai à douze mois. Pour ceux qui viennent de Calais, nous avons demandé que cela soit instruit en deux mois.”

Échange avec les migrants accueillis au CAO du Pouldu, sur la commune de Clohars-Carnoët (Finistère).   ©C.Crié/CCAS

Les dernières heures au CAO du Pouldu

Le 2 novembre dernier, 35 jeunes, en majorité soudanais, sont arrivés depuis Calais au centre de vacances du Pouldu, avec un seul but en tête : faire une pause en Bretagne avant de rejoindre la Grande-Bretagne, où ils ont de la famille ou des amis. Leur séjour était d’abord prévu jusqu’au 31 décembre, avant d’être prolongé au 31 janvier. L’encadrement est assuré par du personnel de la CCAS, des responsables aux cuisiniers, en passant par les éducateurs et les agents de service. “Un engagement de tous les jours, fait de solidarité et d’entraide”, résume Laure Rousseau, responsable de ce CAO pour mineurs.

L’aide venue de bénévoles, de la municipalité, d’associations, et même de professionnels de santé a permis d’organiser des activités (visites, cinéma, bowling, équitation…), ainsi que des consultations de soins. Après la visite sur place du Home Office, département du gouvernement britannique notamment chargé des questions d’immigration, douze jeunes ont été autorisés à rejoindre l’Angleterre, entraînant de la frustration chez les autres. Quelques-uns ont d’ailleurs repris la route depuis, de leur propre initiative.

Par ailleurs, le résultat des évaluations de minorité et majorité, réalisées par le conseil départemental du Finistère, est tombé au lendemain de notre visite sur place. Sur les quinze jeunes, ceux qui ont été reconnus mineurs seront désormais suivis par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et probablement placés en foyer. Les autres rejoindront un CAO pour majeurs dans le Finistère, près de Douarnenez ou de Morlaix. “Les jeunes n’ont toujours qu’une envie, rejoindre leur famille en Angleterre”, confie Laure Rousseau, qui s’attend à des moments difficiles au moment du départ.

1 Commentaire
  1. Linda 2 années Il y a

    Merci et bravo pour cette solidarité qui fait chaud au cœur..

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