Colo sur mesure : d’une idée folle à un projet de séjour

Les ados de la colo “sur mesure” au travail avec l’équipe d’encadrement pour choisir leur destination l’été prochain. ©Bertrand de Camaret/CCAS

À l’heure où certains adultes préfèrent partir en séjour “all inclusive”, les ados de la “colo sur mesure” dont les préparatifs avaient lieu à Paris du 20 au 26 octobre ne l’entendent pas de cette oreille. Cette colo, c’est la leur, et ils entendent bien décider de tout, de A à Z, ou plutôt de D comme “destination” à T comme “transport”. Récit d’une semaine intense, ou comment devenir un vrai routard en six jours.

“Et si on allait au Kirghizstan ?” Telle est l’une des interrogations auxquelles doivent réfléchir les sept ados de la “colo sur mesure” dont la préparation se tenait à Paris du 20 au 26 octobre dernier. Eux qui rêvaient de road-trips sur la légendaire Route 66 américaine ou d’îles paradisiaques, ils ne s’attendaient probablement pas à devoir répondre à une telle hypothèse au cours de leur séjour.

Ce qui explique sans doute le sigle qu’ils ont choisi pour baptiser leur petite entreprise : P. C. F. Toute ressemblance avec un quelconque parti politique ne serait que pure coïncidence… “P. C. F.” pour “Projet Colo Folle”, dénomination plutôt bien choisie, tant ledit projet sort de l’ordinaire. Il s’agit en effet pour eux de bâtir le voyage qu’ils entreprendront au cours de l’été 2020, ensemble, dans un état d’esprit aussi collectif que possible.

La recherche d’informations, le débat et l’argumentation, éléments fondamentaux de la délibération collective.

Dans la salle de l’auberge de jeunesse Mije Fourcy, située dans le quartier du Marais, l’atmosphère semble aussi studieuse que joyeuse. Les jeunes colons s’esclaffent, s’apostrophent, se taquinent. La séance de travail matinale se termine, leur laissant quelque répit pour se préparer avant de se mettre en chemin pour le restaurant indien dont ils ont repéré l’adresse au préalable, dans le quartier de la gare de l’Est.

Faire le deuil du voyage idéal

Une carte du monde et mille possibilités.

Au mur, une carte du monde, constellée de post-it et cernée par de grandes feuilles recouvertes de notes jetées au marqueur. On peut y lire, ici “Cap-Vert : communiste = union” sous un signe “plus”, là “Algérie : passé colonial ; 47 degrés = été trop chaud !” sous un signe “moins”, ou encore “Chine : culture antique passionnante”.

“Avec le Kirghizstan, la Russie, et le couple de pays Baltes Lituanie-Lettonie, ce sont les pays qui restent en lice au bout du processus, explique Marion Perrin, 34 ans, Rennaise d’adoption, et membre de l’équipe d’encadrement. Nous avons commencé par fixer quelques règles de choix : un budget de 30 000 euros (soit 1 600 euros par personne) un pays dans lequel aucun membre du groupe – adultes compris – n’est jamais allé ; un séjour d’au moins trois semaines, qui privilégie les destinations hors catalogue CCAS et évite les pays classés en zone de vigilance orange ou rouge par le ministère des Affaires étrangères.”

Ce qui a permis d’écarter de nombreux pays. Noé, 15 ans (CMCAS Strasbourg-Sélestat), rêvait d’Australie. Inscrit dans cette colo qu’il a découverte sur le catalogue CCAS, attiré par le caractère totalement nouveau de l’expérience proposée, il a, comme les autres ados, dû abandonner certaines aspirations, car toutes les décisions devaient se prendre à la quasi-unanimité.

Fil rouge du séjour, les temps d’échanges sont nombreux pour résoudre les différents points à trancher. ©Bertrand de Camaret/CCAS

“On a supprimé l’Australie à cause des mygales, dont certains avaient très peur”, déclare-t-il. “Il a fallu mener tout un travail sur le renoncement et le désir, renchérit Marion. Chacun a dû faire dès le départ le deuil de son voyage idéal, personnel, pour que le groupe puisse aboutir à un désir collectif.”

La petite tribu a ensuite dressé pour chacun des six pays restants une liste d’arguments, pour et contre. Avec débats et recherches à l’appui, sur le climat, la situation politique et économique, les sites touristiques, la cuisine, etc. “Les Maldives offraient des paysages magnifiques, mais on a appris qu’il y avait de nombreux immigrés pauvres, et je n’avais pas envie de me faire servir par des “esclaves” bangladais”, poursuit Noé.

Fort heureusement, ces séances d’intense réflexion collective sont entrecoupées durant la semaine d’activités plus ludiques, histoire de s’aérer les neurones, et d’aplanir les légères tensions : visite du Sacré-Cœur, escape game, rencontres de cinéastes ou d’artistes pop-rock lors de cafés-concerts, balades dans les quartiers, tour du monde culinaire, avec toujours la même démarche sous-jacente : amener les jeunes à creuser sous la surface des choses.

“Ils veulent changer le monde, mais sans savoir comment”

Toute la subtilité du travail d’Anaïs Meyer, 34 ans, de Simon Bauloz, 24 ans, et de Marion Perrin, qui composent l’équipe pédagogique de la colo, réside en effet dans le principe suivant : inciter les jeunes à se tourner vers des domaines qu’ils ne connaissent pas, peu attirants de prime abord, sans tenter de les influencer, en privilégiant toujours le débat et le respect des arguments de chacun.

Tous trois fils et filles d’agents, ils baignent dans l’univers de la CCAS depuis toujours, avec la démarche d’éducation populaire de l’organisme chevillée au corps, et le souci de déconstruire les représentations. “Ces espaces de discussion leur permettent de prendre conscience de certaines réalités politiques, des inégalités qui peuvent exister, confie Anaïs. Ils veulent changer le monde à leur niveau, mais sans savoir comment. Tout cela leur fait aborder en douceur la notion d’engagement.”

Construit de A à Z, le séjour sera fabriqué sur mesure pour le petit groupe déjà soudé. ©Bertrand de Camaret/CCAS

“Et la question démocratique, renchérit Marion, que ces débats nous ont fait travailler en filigrane toute la semaine.” “On leur demande de nous accorder leur confiance pour certaines choses, explique Simon, mais l’ensemble des décisions prises reste celles du groupe.”

Finalement, la petite troupe opte pour le Cap-Vert, choix qui satisfait tout le monde, encadrants compris, qui ne s’attendaient absolument pas en début de séjour à aboutir à ce résultat. “On vit dans un monde pourri par le capitalisme ! J’ai envie de comprendre la vie, j’ai envie de me prendre une claque !” Prononcé lors de la dernière réunion de travail, ce vibrant plaidoyer de Benjamin, 15 ans, bénéficiaire de la CMCAS Loire-Atlantique Vendée et fervent partisan d’un voyage aux États-Unis au départ, illustre assez bien le chemin qu’il a parcouru, en même temps que Solenn, Swann, Axel, Océane, Maïwenn et Noé. Ils n’envisagent pas de partir autrement qu’avec des associations locales (pas question qu’on les prenne pour des “c… de  richoux de touristes” !), peut-être dans le domaine du spectacle vivant ou de l’éducation populaire.

La première phase du projet est maintenant terminée. Dans un second temps, discussions et recherches sur la mise en place matérielle du séjour se poursuivront sur le Net, avant un autre week-end de préparation en mai, qui permettra aux autres ados intéressés par cette aventure de trouver leur place au sein du groupe.

“Ce qui est sûr, c’est qu’on construira un séjour qui ne ressemblera à aucun autre !” s’exclame Solenn, 15 ans, bénéficiaire de la CMCAS Finistère-Morbihan. Et que les sept adolescents auront mûri de plusieurs années en quelques mois.

lien vers site jeunes

Colos, soutien scolaire, BAFA… Tout pour les jeunes et leur famille dans la rubrique Jeunes du site ccas.fr

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