Convoi solidaire : une passerelle vers les réfugiés kurdes de Grèce

Décembre 2019, Lavrio (Grèce). Des réfugiés kurdes se rendent à l’hôpital public pour faire don aux soignants de matériel médical et de consommables que leur a apporté le Convoi solidaire. Cette générosité inattendue a été relayée par la presse grecque. ©Jacques Leleu

Le Convoi solidaire, auquel participent plusieurs CMCAS, achemine des dons de nourriture et de matériel au sud d’Athènes. Ceux-ci sont destinés à deux camps de transit hébergeant des Kurdes, où les femmes sont particulièrement actives, et font preuve, à leur tour, de solidarité.

Le soleil inonde la place de la République, en ce dimanche 7 mars, à Paris. Malgré le froid, le rassemblement international pour les droits des femmes est nombreux. Entre une banderole pour les femmes kabyles et une autre dénonçant les féminicides, le Mouvement des femmes kurdes en Europe (TJK-E) déploie ses drapeaux violets. La porte-parole du mouvement, Berivan Firat, remet symboliquement un masque contre le Covid-19 cousu par des Kurdes à des représentants politiques français.

Mars 2021, Paris. Des masques fabriqués par les femmes du camp de transit de Lavrio (Grèce) ont été apportés en France pour être remis à des élus de la République française. Un geste symbolique pour faire connaître la situation de ces Kurdes, réfugiés de guerre ou réfugiés politiques. ©Richard Hannard.

“Ces femmes, déclare la militante, micro au poing, vivent en Grèce dans les camps de transit de Lavrio, abandonnés par le gouvernement grec et l’Union européenne. Elles se trouvent dans un grand dénuement et, malgré cela, pensent aux autres : elles ont ainsi offert de nombreux masques aux soignants et aux enseignants grecs.”

Ces masques sont arrivés en France grâce au Convoi solidaire, un collectif dont Jacques Leleu, 69 ans, haute stature et chevelure immaculée, est le moteur, avec Richard Hannard, retraité également. Tous deux sont militants, le premier à la CMCAS Val d’Oise, le second à la CMCAS Val-de-Marne. Militant CGT de longue date, Jacques Leleu a découvert il y a six ans la situation dramatique de ces camps implantés dans la petite ville balnéaire de Lavrio.

Deux camps de réfugiés non officiels

Printemps 2020, Lavrio (Grèce). Le second site du camp est situé en périphérie de la ville, au milieu de la décharge municipale. Environ 150 familles y vivent dans des conditions très difficiles, ce sont principalement des Kurdes ayant fuit la Syrie à cause de la guerre débutée en 2011. ©Jacques Leleu

Depuis 2017, plus aucune ONG humanitaire n’intervient sur ces camps localisés à environ 50 kilomètres au sud d’Athènes. Le camp principal, situé au centre-ville de Lavrio, a été construit par l’État grec en 1947. Au fil du temps, il est devenu un lieu par où transitent essentiellement des Kurdes. Le deuxième camp, situé en périphérie de la ville, au milieu de la décharge municipale, a été construit par la suite, le premier camp ne suffisant plus pour accueillir tous les exilés.

Près de 500 Kurdes y vivent aujourd’hui : des réfugiés de guerre venus de Syrie, souvent des veuves avec leurs enfants, mais aussi des militants politiques fuyant la répression du régime turc, souvent après avoir purgé une peine de prison, en particulier des élus du principal parti pro-kurde (le HDP). Ces exilés, qui ont l’interdiction de travailler, dépendent entièrement de la solidarité des Grecs, de la diaspora kurde et des organismes caritatifs.

En 2017, sous la pression du chef d’État turc Erdogan, le gouvernement grec modifie l’existence juridique des deux camps qui perdent leur statut de camp de réfugiés. La Croix-Rouge hellène ne recevant plus de subventions de l’Europe, elle quitte aussitôt les lieux. De nombreux militants athéniens, notamment des médecins des centres de santé solidaires, apportent leur soutien aux réfugiés tout en étant eux-mêmes touchés de plein fouet par la crise économique. L’Église orthodoxe grecque, de son côté, fournit une aide alimentaire.


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Quant à la diaspora kurde et au Soleil Rouge (équivalent de la Croix-Rouge), leurs moyens limités sont en priorité consacrés aux zones du Kurdistan touchées par la guerre. La solidarité internationale à laquelle participe le Convoi solidaire, constitue en fait un soutien vital pour ces réfugiés. Le Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) estime qu’une solution serait que la Grèce, poussée par les pays européens, rende son statut officiel aux camps de Lavrio pour que leurs habitants bénéficient à nouveau d’une aide humanitaire.

Une longue chaîne de solidarités

En six ans, le Convoi solidaire a collecté et acheminé là-bas 60 tonnes de riz, de lentilles et d’autres denrées de base, du matériel médical et scolaire, sans oublier du tissu et du matériel de couture. Chaque convoi mobilise des participants très différents : la CCAS et plusieurs CMCAS y participent, ainsi que l’Union syndicale solidaire, le Secours populaire du Val d’Oise, l’association Enfants Solidaires ou encore les catholiques d’Entraide internationale.

Octobre 2019, Lavrio (Grèce). Après avoir parcouru 2 600 kilomètres depuis la France, le camion du Convoi solidaire arrive au camp des réfugiés kurdes. Les cartons contiennent surtout des dons alimentaires et du linge donnés par des particuliers et des organisations, dont la CCAS. ©Jacques Leleu

Sur place, la répartition des dons et la vie quotidienne en général est organisée par le mouvement kurde. Les femmes en sont partie prenante. “Dans la culture kurde, hommes et femmes dansent main dans la main, témoigne Berivan Firat, à Paris. Cela a un effet sur leurs relations dans la vie de tous les jours : c’est différent de ce qu’on voit ailleurs au Moyen-Orient. De plus, l’engagement des femmes dans la résistance kurde est très ancien. Elles savent s’organiser entre elles.”

En Turquie et en Syrie, plus largement, le mouvement kurde tente de mettre en place l’égalité hommes-femmes, notamment en appliquant le principe des co-maires : un homme et une femme sont élus ensemble à la tête d’une municipalité. À Lavrio, contrairement à la plupart des camps de réfugiés, la sécurité des femmes est assurée, rapportent plusieurs témoins.

“La lutte des femmes traverse le temps et les pays”

Il y a un an, les femmes ont monté un atelier de couture. Depuis le début de la pandémie, elles manifestent leur solidarité avec les Grecs en donnant des masques. Cet élan inattendu est venu contrer la campagne xénophobe du maire de Lavrio qui veut obtenir la fermeture du camp. Les couturières de Lavrio ont également offert 500 masques aux habitants du camp de réfugiés de Sounio, non loin de là. Depuis peu, un atelier de production de sacs et de robes au crochet a également vu le jour.

Mars 2021, Paris. Au rassemblement pour les droits des femmes, place de la République, des militantes du Mouvement des femmes kurdes en Europe dansent sur des morceaux de la chanteuse Aynur Dogan. Elles sont rejointes par une militante algérienne. ©Richard Hannard

Place de la République, le 7 mars, on pouvait voir flotter une banderole aux couleurs du Kurdistan, rouge, blanc et vert, fabriquée par les femmes de Lavrio. À côté du portrait de la fameuse communarde Louise Michel, celui d’Anna Campbell, jeune Britannique engagée dans l’armée Unité de Protection de la femme, morte au Rojava syrien en 2018 et Havrin Khalaf, Kurde de Syrie, militante pour la paix assassinée par les djihadistes en 2019. “Cette image est un beau symbole pour dire que la lutte des femmes traverse le temps et les pays”, résume Jacques Leleu. Celui-ci prépare le chargement d’un nouveau convoi qui apportera notamment des machines à coudre neuves aux femmes kurdes réfugiées de Lavrio.


Pour aller plus loin

Pour contacter le Convoi solidaire, joindre Jacques Leleu : jacques.leleu0449@orange.fr.

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