En Guyane et à Mayotte, pas de vacances pour le Covid-19

Deuxième journée de dépistage massif dans les locaux de la CMCAS pour les agents d’EDF Guyane, le 25 juin 2020. ©Jean-Claude Clet

Si l’épidémie commence à refluer à Mayotte, elle se propage très rapidement en Guyane. Dans les deux départements d’outre-mer, l’état d’urgence a été prolongé jusqu’au 30 octobre. Les Activités Sociales restent aux côtés des bénéficiaires touchés par la crise sanitaire.

La circulation du Covid-19 s’accélère en Guyane et touche désormais toutes les communes. Début mai, le département d’outre-mer ne recensait en moyenne que deux cas par jour. Dimanche 21 juin, alors que les Français de l’Hexagone fêtaient la musique et se réjouissaient de la réouverture des cinémas, pas moins de 278 nouvelles contaminations ont été enregistrées dans ce territoire d’Amazonie comptant 300 000 habitants. Face à cette situation, le gouvernement a décidé de prolonger jusqu’au 30 octobre – en Guyane ainsi qu’à Mayotte – l’état d’urgence sanitaire.

Le 24 juin, la ministre des outre-mer a annoncé depuis Cayenne de nouvelles mesures pour tenter de freiner l’épidémie : fermeture des bars et restaurants, renforcement du couvre-feu, confinement ciblé, durcissement des conditions de déplacement, déploiement de forces de l’ordre supplémentaires. Le pic de l’épidémie est attendu “entre la deuxième et la troisième semaine de juillet”, avait indiqué la directrice de l’agence régionale de santé deux jours plus tôt sur France Info.

Si la courbe ascendante des contaminations en Guyane prend le chemin inverse de celle – descendante – que suit aujourd’hui l’Europe, elle reflète la progression actuelle de la pandémie observée en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie. “La pandémie continue de s’accélérer”, alertait en début de semaine le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le Brésil, qui partage 700 kilomètres de frontière avec la Guyane, est le pays où l’on recense le plus de décès dus au Covid-19 après les États-Unis.

Dépistage massif des agents dans les locaux de la CMCAS Guyane

Les électriciens guyanais, en première ligne dans cette crise sanitaire, ont-ils été touchés par le virus ? À ce jour “quatorze agents l’ont contracté” affirme Jean-Claude Clet. “La plupart sont des collègues de la centrale thermique de Dégrad-des-Cannes”. Pour le président de la CMCAS Guyane, “la direction d’EDF a tout fait pour protéger son personnel. Tout ce que nous avons demandé a été mis en place : masques, gel, panneaux d’information, formation des équipes, lavage des vêtements.”

Mais en raison du risque accru de propagation du virus dans l’entreprise, il fallait aller plus loin, estime l’élu : “Si tous les agents de la centrale de Dégrad-des-Cannes sont touchés, elle ne pourra plus tourner !” En début de semaine, l’UTG éclairage (syndicat majoritaire à EDF Guyane) a donc sonné l’alerte auprès de la Préfecture et de l’agence régionale de santé, qui ont accepté de lancer une campagne de dépistage massif dans les locaux de la CMCAS, à dix minutes du centre-ville de Cayenne. “Nous avons mis à disposition notre centre de vacances afin que tous les collègues puissent être dépistés”, poursuit Jean-Claude Clet. En 48 heures, 176 agents ont déjà pu être testés. Une autre journée de dépistage est prévue la semaine prochaine.

À gauche : un agent d’EDF Guyane lors d’une intervention sur le réseau. À droite : la centrale thermique de Dégrad-des-Cannes, près de Cayenne.

La commission des inactifs toujours sur le pont

Par ailleurs, la CMCAS met à disposition des agents souhaitant s’isoler (pour protéger leurs proches) des chambres au centre de vacances. “Nous venons d’accueillir pendant deux semaines un agent qui avait côtoyé un collègue testé positif au Covid-19 et qui ne voulait pas risquer d’exposer sa famille”, précise Jean-Claude Clet.  A l’issue de sa quatorzaine, il a été testé négatif et a pu rentrer chez lui”.

Parmi ses 2040 bénéficiaires, la CMCAS Guyane, qui a conservé une permanence téléphonique et un accueil physique, a enregistré très peu de situations de détresse – sanitaire ou financière. Après avoir acheté et distribué des masques en tissu aux bénéficiaires les plus vulnérables au début de la crise, les membres de la commission des inactifs poursuivent leur action de proximité auprès des personnes les plus isolées : appels téléphoniques, visites, portage de nourriture…

Électricité de Mayotte : les agents attendent toujours leur prime

À l’autre bout du globe, dans l’océan Indien, l’étau commence doucement à se desserrer autour de Mayotte. Au cours des sept derniers jours, entre 10 et 20 nouveaux cas de Covid-19 ont été enregistrés quotidiennement, soit nettement moins qu’au cours du mois dernier.  Mais le virus circule toujours activement sur cette petite île au taux de pauvreté record (plus de 80 % de la population). Entre 300 000 et 400 000 personnes y vivent, dont 280 salariés d’Électricité de Mayotte (EDM) (1) et leurs familles. Depuis le début de la pandémie, une dizaine d’électriciens ont contracté la maladie. Tous sont aujourd’hui guéris.

Comme en Guyane, les agents mahorais ont assuré la continuité du service public au risque d’être contaminés. Mais ils n’ont toujours pas obtenu de la part de leur employeur la prime tant attendue. Les négociations entre la direction d’EDM et les syndicats butent sur le nombre d’agents éligibles et sur le montant de cette prime. “EDM n’a pas joué la solidarité pendant cette période de crise”, déplore Salim Nahouda, administrateur de la CMCAS Mayotte.

Moharais et Guyanais en vacances… à la maison

En raison du confinement, la CMCAS Mayotte n’a pas pu organiser les activités qu’elle souhaitait afin de mettre un peu de baume au cœur des bénéficiaires. “Nous avons simplement distribué des bons d’achat de 80 euros à chaque famille pour la Fête des mères”, indique Jean Payet, président de la CMCAS.

Alors que les vacances scolaires approchent, les possibilités de quitter l’île demeurent très limitées. Or, sur ce territoire de seulement 374 kilomètres carrés, on ne se sent pas vraiment en vacances si on ne peut pas partir. “Il ne faut que deux heures pour faire le tour de l’île. En juillet et août, les gens ont l’habitude de partir à La Réunion, en métropole ou à Madagascar.” Cet été, ce ne sera probablement pas possible, regrette Jean Payet. Une frustration partagée par Jean-Claude Clet, son homologue guyanais : “Les vacances ? On n’y pense même pas !”

(1) Électricité de Mayotte est entrée au statut des Industries électriques et gazières en 2011. Mayotte est le seul département d’outre-mer où EDF n’est pas en charge de la production.

Deux passagers d’un bateau à destination de Petite-Terre (Mayotte). Cet été, à cause de la pandémie, les Mahorais seront peu nombreux à pouvoir quitter leur île. ©Ali Al-Daher/AFP

 

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