Estagel, destination sang et or

Le château cathare de Quéribus à Cucugnan, visible depuis Estagel. ©Éric Raz/CCAS

Au cœur du pays catalan et tout proche du département de l’Aude, Estagel se situe “au carrefour des possibles”. Là où les acteurs contemporains, intrinsèquement liés à leur passé, magnifient les richesses naturelles, vivantes ou figées à jamais, d’une terre de caractère.

À une dizaine de kilomètres d’Estagel, du haut du sommet de Força Réal (forteresse royale), sentier de randonnée pédestre et cycliste, la vue à 360 degrés est imprenable… Là, à plus de 500 mètres d’altitude, face à l’ancienne frontière franco-espagnole, le Canigou (la montagne de fer), ancien haut lieu de l’activité minière, le massif des Corbières et son “mystérieux” Pic de Bugarach, les tours et autres ruines des châteaux “refuges” des cathares, trônent avec majesté sur la plaine qui s’étend jusqu’à la Côte vermeille. Entre légendes et histoire authentique, entre ciel, terre et mer, Estagel et ses alentours s’apprécient sans doute ainsi. En creusant !

Traversées de couleurs et d’histoire, Estagel et sa région regorgent de lieux naturels ou culturels à visiter.

En parcourant ce pays de cocagne, de luttes diverses, de vents contraires et de tradition orale, pour épouser, furtivement, sa culture et goûter pleinement à ce privilège. Être à la fois le témoin averti des stigmates des croisades contre les cathares, à Cucugnan, au pied du château de Quéribus, et spectateur ébahi du village cher à Alphonse Daudet, de son moulin, son église et sa Vierge enceinte (une rareté !) et du petit théâtre municipal… S’incliner, plus loin, sur le sentier des cathares, sans aucun sacrifice, devant l’ermitage Saint-Antoine de Galamus, fruit du travail colossal des moines franciscains, au sein des gorges éponymes, site naturel exceptionnel et terrain d’expression des adeptes du canyoning. Et reprendre la route… pour remonter le temps (dans l’ordre ou le désordre).

Des poteries néolithiques du Musée de la Préhistoire qui documentent la vie des premiers éleveurs-agriculteurs de Bélesta au Musée Catalan des arts et traditions populaires installé dans Le Castillet de Perpignan, la région a son histoire à coeur.

Refaire l’histoire afin de jauger cette terre de contrastes et de contradictions de “l’empreinte humaine”. Passer de Tautavel, berceau de l’homme vieux de 450 000 ans, et surtout Bélesta pour son musée aux poteries préhistoriques impressionnantes, à Rivesaltes et son mémorial de “l’inhumain” (voir encadré) pour mesurer l’écart… comparer la prouesse à la bassesse en tutoyant, du coup, l’improbable et l’inacceptable, l’abject ou l’indicible. Traverser ce pays sanguin et sanguinaire, chaleureux et rebelle, c’est ainsi marcher sur les pas d’ancêtres barbares, glorieux, artistes, révolutionnaires ou irréductibles… Où résonnent encore, dans les vignes (nombreuses) et surtout dans les caveaux, les chants de la révolte des vignerons de 1907. Où en s’approchant des rivages de la Méditerranée, à Port-Leucate, du côté du port conchylicole, de drôles de cabanes à huîtres misent sur le “contact direct” avec les curieux et gourmands. Notamment “Chez Cul d’oursin” (eh oui !), où sous les conseils de Stacy, Sébastien et Christophe, patron ostréiculteur atypique, l’ouverture, la dégustation, la façon de les “mâcher” pour en libérer la saveur, sont aussi précieux que le mollusque.


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Alors, en poursuivant vers la Côte vermeille, poussé par la tramontane, la mer offre une autre saveur. Un autre décor. D’Argelès et son Racou (le recoin), quartier des “cabanons”, à Collioure l’envoûtante, la tranquille, peinte par Matisse, les couleurs du ciel, de la terre et de la mer se confondent pour vous ramener finalement et tout doucement vers “le centre du monde” (El centre del mon), selon Dali. Pour un crépuscule divin. Celui de Perpignan, la catalane, par excellence ! Entre gothique et contemporain, entre ombre et lumière du Castillet (ancienne entrée de la ville), c’est là, à deux pas du monument, devant la statue de François Arago (célèbre astronome entre autres), natif d’Estagel… que l’on peut se demander si le fantasque et génial moustachu a pris le temps de s’éloigner un peu du “centre” pour admirer toutes sortes de pépites qui gravitent autour.


Mémorial de Rivesaltes : les vestiges de “l’inhumain”

Des témoignages d’anciens internés sont accessibles sur des tablettes. Au mur, des films et photos d’archives. ©Éric Raz/CCAS

Ce n’est certainement pas la curiosité la plus attrayante de la région. Mais la visite du Mémorial de Rivesaltes est une étape nécessaire pour comprendre le passé et appréhender le présent, voire le futur, différemment. Camp d’internement des réfugiés de la guerre d’Espagne, des juifs, des Tsiganes, des réfugiés harkis, puis centre de rétention pour immigrés en situation irrégulière jusqu’en 2007, le mémorial symbolise cette politique ignoble envers “les indésirables” quels qu’ils soient. Véritable tour de Babel, le camp ouvert en 1939 et construit par décret sous la IIIe République, a ainsi enfermé diverses nationalités qui se sont côtoyées dans cet espace aride à l’apparence glaçante. Volontairement austère, le bâtiment, inauguré en 2015, est bâti sur les ruines des anciens baraquements en béton, laissant imaginer les conditions de vie de ces populations déracinées. À l’intérieur, photos, récits, documents officiels objets et autres témoignent des grands traumatismes du XXe siècle. Le passé pour réfléchir aux camps présents et à l’avenir. À la condition humaine, à la dignité et aux travers de l’humanité face aux réfugiés actuels, aux sans-papiers, aux demandeurs d’asile…

Site internet : www.memorialcamprivesaltes.eu
S’y rendre : avenue Christian-Bourquin, 66600 Salses-le-Château.
Tarifs : tarif plein 8 €, tarif réduit 5 € (demandeurs d’emplois, étudiants, groupes, pass patrimoine). Gratuité pour les moins de 18 ans, les bénéficiaires de minimas sociaux. Visite libre de l’extérieur du site.


Élisabeth, troubadour d’aujourd’hui

Avec l’association Au contoir du conte, Élisabeth Rouvière conte à l’envi le Sermon du Curé de Cucugnan, rendu célèbre par Alphonse Daudet dans “Les Lettres de mon moulin”.

Elle perpétue quelque part la tradition orale et cette langue d’oc chère aux troubadours. Ceux qui racontaient l’histoire, l’inquisition contre les cathares. Agent d’accueil au théâtre Achille-Mir de Cucugnan, où elle vous installe pour voir et écouter le célèbre sermon du curé, Elisabeth est conteuse. Depuis dix ans, avec sa comparse Véronique, elles organisent le festival du conte de Cucugnan où se mêlent bon nombre de nationalités. Entre improvisations, concours de sermons… et balades contées dans le village, un souffle de légèreté et d’histoires jalonnent cet événement incontournable, au pied du château de Quéribus et de l’histoire cathare. Sans limites, sans retenue mais avec beaucoup de finesse et d’humour, elles osent même parfois investir le centre de vacances d’Estagel voisin, lors des séjours bleus, pour une soirée contes coquins, savoureuse.

Association Au contoir du conte
Site Internet
: contoirduconte.fr
Le festival Cont’en Corbières se déroule durant trois jours à Cucugnan à la mi-juillet.


La vigne dans le sang et en partage

Dégustation du vin de la coopérative Vignobles d’Agly, avec Marylin Fleta, responsable du magasin, et Joseph Jourda, vigneron retraité. ©Eric Raz/CCAS

Plante historiquement fructueuse en pays catalan, la vigne foisonne sur les sols du département. Entre histoire et initiation, aux Vignobles d’Agly, caveau coopératif bio, situé à la sortie d’Estagel, la dégustation prend très vite des allures d’initiation, voire de cours d’histoire magistraux et impératifs pour mieux savourer les cépages et terroirs du coin. Sous la houlette de Marylin, responsable du magasin, et de Joseph, ancien vigneron, fervent défenseur du système coopératif, intarissable sur la révolte de vignerons de 1907 et le “Midi rouge”, les “gourmands, puissants, tanniques…” se dégustent ainsi dans un mélange d’allégresse et de revendication d’un “métier difficile”. La qualité du service, le sens de l’accueil, les explications précieuses de la jeune femme sur “la diversité du terroir, des sols, l’avantage d’être au creux de la montagne”, se marient ainsi parfaitement avec la “générosité fougueuse” du militant. Surtout lorsqu’il vous parle de sa “vie, de la terre, de ces hommes et de ce travail et de ce monde viticole courageux” qu’il défend avec pugnacité. Un vrai régal.

Les Vignobles d’Agly
Site internet
: agly.fr
S’y rendre : avenue Louis-Vigo, Estagel.
À noter : un partenariat existe entre la cave et le centre de vacances d’Estagel pour une dégustation gratuite.

Infos pratiques

Maison familiale d’Estagel, dans les Pyrénées-Orientales. ©Éric Raz/CCAS

Le centre

Situé sur les hauteurs du village d’Estagel, à une vingtaine de kilomètres de Perpignan, le centre de tourisme offre une certaine tranquillité, tout autant qu’une position “stratégique” pour de nombreuses activités. Point de départ de randonnées pédestres ou cyclistes, et base de VTT, il se trouve à proximité de sites naturels remarquables. Plusieurs partenariats culturels, sportifs et de loisirs sont effectifs pour vous faire découvrir toutes les facettes de la région.

Les plus

Entrée gratuite pour les bénéficiaires à la piscine municipale d’Estagel ainsi qu’au festival de théâtre annuel (début août) qui se déroule durant cinq jours dans la commune.

> Voir les séjours proposés au centre de vacances d’Estagel sur ccas.fr

CMCAS Aude Pyrénées-Orientales
Immeuble l’Espadon
1, avenue Gustave-Eiffel
11100 Narbonne

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