Gaz et électricité à tous les étages du casino européen

Malgré une large hostilité à son égard, le projet Hercule pourrait aboutir dès cette année. Au grand dam des salarié·es d’EDF. ©EDF – Christophe Guibbaud

Ça bouge dans l’énergie, où les règles d’un marché devenu fou font subir aux entreprises, aux salariés et aux populations, les affres d’un système à bout de souffle. En témoigne “l’affaire Neptune”, du nom d’une ex-filiale d’Engie, premier plan de licenciements secs de la branche des Industries électriques et gazières.

Article co-écrit par Aurélien Bernier et Thierry Marck

Hercule est réapparu dans l’actualité, cette fois à l’Assemblée nationale où se tenait, le 9 janvier dernier, une rencontre à l’initiative du groupe Gauche démocrate et républicaine. Lors de cette réunion, la ministre Élisabeth Borne s’en est strictement tenue à la posture adoptée par le gouvernement depuis la révélation dans la presse des contours du projet Hercule qui consiste à ouvrir les activités régulées d’EDF aux capitaux privés à hauteur de 35 % : le gouvernement fixe des objectifs ; aux dirigeants d’EDF de faire les propositions de restructuration du service public.


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“Nous avons un double objectif, affirmait la ministre : celui d’augmenter la part du renouvelable à 40 % du mix énergétique d’ici à 2030 et de ramener la part du nucléaire à 50 % en 2035.” Et de rappeler que “les investissements dans la modernisation et des réseaux représenteront 33 milliards dans les quinze prochaines années”.

Spirale infernale

Parallèlement, au mois de novembre dernier – comme le révélait la ministre – une négociation auprès de la Commission européenne s’est ouverte afin de revoir le mécanisme des tarifs d’accès régulé à l’énergie nucléaire historique (Arenh). Ce dispositif contraint, depuis la loi Nome de 2010, le service public à tenir annuellement à disposition des concurrents d’EDF quelque 100 Twh au prix fixe de 42 euros le MWh. Un dispositif dénoncé par les fédérations syndicales comme une absurdité mortifère pour le service public et les usagers.

Cette ultime tentative de sortir de cette spirale infernale, où le service public perd à tous les coups, passerait par l’instauration d’un “corridor de prix” comprenant un plancher et un plafond distant de 6 euros qui viendrait encadrer la livraison de l’ensemble de la production d’électricité d’EDF sur le marché concurrentiel. Sans garantie de stabilité de la facture pour les abonnés et de gros risques sociaux pour la branche commerce et ses 8 500 salariés qui basculeraient dans le “Vert” du domaine Hercule.

Pour François Dos Santos, ancien secrétaire du CCE d’EDF : “Nous croyons comprendre que ce projet résulte d’un pacte entre le président de la République et EDF.” La refonte de l’Arenh en échange d’une ouverture des activités régulées au privé. Pour le directeur exécutif du groupe, Christophe Carval : “Sans une réforme préalable de l’Arenh, il n’y a pas d’évolution de l’organisation d’EDF qui soit justifiée”, affirme-t-il tout en indiquant que le projet Hercule pourrait être présenté en milieu d’année 2020, non sans avoir recueilli l’avis des organisations syndicales des Industries électriques et gazières (IEG), qui ont rappelé, avec les salariés d’EDF à l’automne dernier, leur large opposition au projet.

Une femme à la une

Du côté du gaz, c’est l’éviction de la directrice d’Engie, Isabelle Kocher, qui a fait la une de l’actualité fin 2019 et début 2020. Une décision que les administrateurs ont justifiée par un manque de lisibilité de la stratégie du groupe. Le flou dans le projet industriel était pourtant perceptible bien avant sa nomination en 2016, la logique financière prenant le dessus dès la fusion GDF-Suez de 2006.

Pour développer le groupe privé, les nouveaux actionnaires misent sur des activités relativement éloignées du cœur de métier de GDF. Et tout d’abord sur les services : maintenance, performance énergétique des bâtiments, conseils… Dans ces domaines, GDF possédait une filiale du nom de Cofathec. En 2009, elle est regroupée avec Elyo, une autre société de services appartenant à Suez, afin de créer Cofely. Implantée en France mais aussi en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne, en Italie et en Suisse, elle est placée au cœur de la nouvelle stratégie.

En 2010, le groupe affiche des ambitions et se restructure dans le courtage. Là encore, GDF possédait une filiale, Gaselys, qui traitait principalement sur les marchés du gaz. En 2011, GDF Suez la fusionne avec Electrabel Trading pour créer GDF Suez Trading. Elle renforce ses activités sur d’autres marchés : pétrole, charbon, électricité, quotas carbone. En 2016, l’entreprise est rebaptisée Engie Global Markets ; pour la direction, ce nom “reflète à la fois la richesse de sa gamme de produits et services et sa mission d’accompagner Engie dans son développement à l’international”.

“L’affaire Neptune”

Sous la direction d’Isabelle Kocher, Engie finit par assumer pleinement le fait de ne plus être une entreprise gazière. Les trois nouveaux “piliers” du groupe sont les réseaux (électriques et gaziers), les énergies renouvelables et les services énergétiques étiquetés “zéro carbone”. Peu importe si l’impératif de rentabilité éloigne le secteur gazier de son passé de service public. Fin 2019, “l’affaire Neptune” a tristement illustré les mutations en cours.

Au printemps 2017, Engie vendait ses activités d’exploration, de prospection et d’autoproduction à des fonds d’investissement pour un prix dérisoire. Deux ans plus tard, les actionnaires de la nouvelle entité, Neptune Energy, annoncent une réorganisation : ils ferment la branche française et suppriment plus de 100 emplois. En 2020, on assistera donc au premier plan de licenciements secs de la branche des Industries électriques et gazières.

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