
Retrouvailles entre Delphine Jacob (à g.) et Claire Mahé, deux anciennes participantes d’une colonie Pluriel organisée en 1995 près d’Auxerre, mêlant enfants valides et en situation de handicap. ©Stéphane Sisco/CCAS
L’histoire de Claire Mahé et Delphine Jacob commence en août 1995, dans une colo Pluriel près d’Auxerre. Elles avaient 15 ans. Trente ans plus tard, elles se retrouvent enfin, un matin de printemps, au bord du canal de l’Ourcq à Pantin (Seine-Saint-Denis).
Il y a des amitiés qui s’écrivent avant même de se revoir. Pendant trente ans, Claire et Delphine, filles d’agents des Industries électriques et gazières, ont échangé des lettres sans jamais se retrouver.
Ce 21 mars 2026, à Pantin, sous un beau soleil et dans un décor presque trop parfait, elles se reconnaissent instantanément. « Je suis très émue, tu n’as pas changé. Je suis tellement contente ! », lance Claire, arrivée de Nantes. Delphine, elle, était là depuis une heure déjà, impatiente, les lettres de 1995 dans son sac comme des preuves matérielles du temps qui passe et ne rompt rien. « Je suis contente, heureuse, on s’est retrouvée », confie-t-elle, très émue.
À distance, leur amitié n’a jamais cessé de se nourrir de détails ordinaires : « La vie de tous les jours… les vacances, Noël, les anniversaires… » se souvient Claire. « Ça me faisait plaisir de lire », dit Delphine, qui écrivait avec l’aide de son père. Tout est resté là, intact.
« Si je l’avais croisée dans la rue, je l’aurais reconnue »

Retrouvailles entre Delphine Jacob (à g.) et Claire Mahé, deux anciennes participantes d’une colonie Pluriel organisée en 1995 près d’Auxerre, mêlant enfants valides et en situation de handicap. ©Stéphane Sisco/CCAS
Elles rient en constatant qu’elles portent presque la même tenue. « On a un jean, des petites baskets… c’est très drôle », s’amuse Claire. Le temps a fait son œuvre sans laisser de traces. « Ah oui, elle n’a pas changé », glisse Delphine. « Si je l’avais croisée dans la rue, je l’aurais reconnue », confirme Claire.
Leur histoire remonte à cette colonie Pluriel, où enfants valides et en situation de handicap partagent le même quotidien. Une expérience fondatrice. « Claire m’aidait à écrire pour envoyer des lettres à mes parents », se souvient Delphine. « Elle me dictait, j’écrivais », complète Claire. Et très vite, l’équilibre s’installe. « Le jour où je suis tombée de cheval et que c’est toi qui m’as aidée, je me suis dit : on est vraiment dans le partage » assure Claire. Cette réciprocité, elle en a fait une boussole. « Ça a confirmé mon envie de travailler avec des êtres humains. » Delphine, elle, parle moins de trajectoire que de lien : « Je n’ai gardé contact qu’avec Claire. »
Trente ans de correspondance, de photos envoyées, de papiers à lettres choisis avec soin. « Je savais qu’elle aimait recevoir des photos, que ça lui faisait plaisir. » Une fidélité discrète, sans promesse mais sans rupture.
« On s’est déjà ratées à un jour près »

Retrouvailles entre Delphine Jacob (à g.) et Claire Mahé, deux anciennes participantes d’une colonie Pluriel organisée en 1995 près d’Auxerre, mêlant enfants valides et en situation de handicap. ©Stéphane Sisco/CCAS
Se revoir n’allait pas de soi. « On s’est déjà ratées à un jour près », rappelle Delphine. Il aura fallu une décision, presque une urgence. « Ça fait 30 ans, il fallait fêter ça. Cette fois, on allait se revoir vraiment. » Une « bouteille à la mer » lancée via la CCAS, retrouvée, relayée, jusqu’à rendre possible ce moment.
Aujourd’hui, Claire parle d’un « cadeau ». Pas une boucle bouclée, plutôt « quelque chose de nouveau qui confirme et ancre ». Et surtout un message : « On peut être très différent et garder des liens forts pendant aussi longtemps. »
Delphine, elle, va à l’essentiel : « Je voudrais que ça recommence. » Alors elles promettent sans promettre. « On va essayer d’organiser ça », dit Claire. Avant de se quitter, elles s’embrassent longuement. « Prends soin de toi, continue d’être rayonnante » glisse Claire. Et cette phrase, collégiale, comme un pacte : ne plus attendre trente ans.
« J’aimerais qu’on continue »
Delphine Jacob, ancienne participante des colonies CCAS
« J’avais déjà fait des colonies pluriel avant, mais je n’ai gardé contact qu’avec Claire. C’est la seule avec qui ça a continué comme ça. Dans les lettres, je racontais ce que je faisais en vacances, avec papa et maman, la maison, les choses simples. J’aimais bien recevoir ses réponses, ça me faisait plaisir. Je me souviens aussi qu’un jour, elle n’était pas loin de chez votre maison de vacances, dans le Lot. A un jour près, on avait failli se revoir. Aujourd’hui, j’ai envie de voir sa famille, son mari, ses filles. Et puis j’aimerais bien qu’elle vienne chez moi. Qu’on continue, autrement, mais qu’on continue. »
« Pour mes 40 ans, j’ai eu envie d’un cadeau particulier : retrouver Delphine et témoigner de notre histoire. »
Claire Mahé, ancienne participante des colonies CCAS
« Pour mes 40 ans, j’ai eu envie d’un cadeau particulier : retrouver Delphine et témoigner de notre histoire. J’ai donc sollicité ces contacts pour entrer en lien avec la CCAS. J’ai une pensée pour Angel, il se reconnaîtra. C’est quelqu’un qui travaillait à la centrale du Tricastin, un ami de mon père, décédé en 2001. Il m’a aidé à lancer une première bouteille à la mer… et tout s’est aligné.
Je me souviens très bien de cette colo de 1995. Des moments sous la douche, des shampoings où on n’arrêtait pas de rigoler. C’est un souvenir très précis, comme si c’était hier. Et puis ces premiers jours où je me disais que je pouvais lui donner un coup de main, mais où je réalisais aussi qu’elle m’apportait beaucoup.
On s’est écrit pendant des années. J’allais choisir du papier à lettres, je prenais le temps. On partageait les anniversaires, les mariages, tous ces moments de vie. Aujourd’hui, je suis très admirative de Delphine. Sa résilience, tout ce qu’elle a traversé sans jamais voir ça comme un obstacle… c’est profondément inspirant. »
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