JO d’été à Berlin : le compromis du Front populaire

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Du 1er au 16 août 1936 se déroulent à Berlin les Jeux olympiques d’été. Pour les nazis, au pouvoir depuis trois ans, c’est là une apothéose, le symbole du retour de l’Allemagne sur la scène internationale, après le traité de Versailles concluant la Première Guerre mondiale. Pour la gauche française et le gouvernement du Front populaire, c’est un dilemme. Les athlètes français doivent-ils participer aux Jeux, au risque de cautionner par leur présence le nazisme ? Ou doivent-ils boycotter la compétition, au détriment de l’idéal pacifiste et apolitique de l’olympisme ?

Les Jeux olympiques se trouvent ainsi pris en otage de la montée des tensions internationales. Lorsque, en 1931, le Comité olympique international vote par 43 voix contre 16 la tenue des Jeux de 1936 à Berlin, et non à Barcelone, il n’imagine pas le retentissement politique qu’aura cette décision cinq ans plus tard. Berlin est devenu depuis trois ans la capitale du nazisme ; et Barcelone, depuis un mois, le symbole de la résistance républicaine espagnole au coup d’Etat fasciste du général Franco.
Dès l’arrivée au pouvoir de Hitler, des voix s’élèvent en France pour protester contre la tenue des Jeux olympiques à Berlin. Le député socialiste Jean Longuet propose en 1935 à la Chambre des députés de refuser de voter la subvention de 900 000 francs au Comité olympique français. Il avance pour cela deux arguments. D’une part, « le nazisme est contraire à l’idéal olympique par suite de l’élimination du mouvement ouvrier, des démocrates et des catholiques ». D’autre part, participer aux Jeux olympiques reviendrait à « consolider le prestige de Hitler, de Goering » et à tourner le dos à « l’Allemagne de Goethe, de Schiller, de Beethoven, de Kant, de Karl Marx ». Les arguments du député ne sont pas entendus, et la France envoie une délégation sportive aux Jeux olympiques de Berlin.

Pour le Front populaire, la décision n’est cependant pas allée de soi. Déjà, en 1934, la Coupe du monde de football (la seconde de l’histoire) s’est tenue dans l’Italie fasciste. Mussolini ne s’est pas privé d’exploiter l’évènement à des fins de propagande. Hitler fera-t-il de même ? Le Comité olympique international (dont ne fait pas partie l’URSS) assure que les autorités allemandes ont affirmé leur intention de respecter les valeurs olympiques, et en particulier le refus de toute discrimination raciale. Mais faut-il les croire ?

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« Des gladiateurs prisonniers »
Le 9 juillet 1936, la Chambre des députés en débat encore. Pour le communiste Florimond Bonte, partisan du boycott, « ceux qui y concourront feront là-bas, qu’ils le veuillent ou non, figure de gladiateurs prisonniers ». Au nom de la droite et du centre, François Piétri lui répond qu’il est impossible que « la Chambre française empêche de jeunes Français d’aller participer à cette grande compétition internationale. […] Cela ne servirait point cette cause de la paix dont M. Bonte se fait le champion ». Et d’évoquer à l’appui de son propos la tenue des Jeux olympiques d’hiver à Garmisch-Partenkirchen en Bavière, qui se sont déroulés dans le respect des valeurs olympiques, le régime nazi ayant autorisé les sportifs juifs allemands à concourir.
Mais les députés votent cependant la participation française aux Jeux olympiques d’été de Berlin. Le sport pour tous, et en particulier pour la classe ouvrière, est en effet une des valeurs que défend le gouvernement du Front populaire. Le compromis trouvé est aussi subtil qu’ambivalent. Les députés votent une subvention tant aux fédérations sportives se rendant aux Olympiades ouvrières de Barcelone qu’aux Jeux olympiques de Berlin. L’Allemagne nazie en sort grandie. Ses athlètes remportent le plus de médailles, devant les Etats-Unis – avec le célèbre Jesse Owens, vainqueur du 100 mètres, que Hitler refuse de saluer du fait sa peau noire – et la Suède, très loin devant la France.

Chronique de l’année 1936

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Quatre-vingts ans après l’arrivée au pouvoir du Front populaire, le Journal en ligne entame une chronique de cette période qui a marqué l’histoire, et se révèle aujourd’hui pleine d’enseignements.

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